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La discrète et petite église Saint-Yves-des-Bretons, située à quelques centaines de mètres de l’église Saint-Louis-des-Français, voit défiler depuis le début du Jubilé des jeunes de nombreux pèlerins portant des drapeaux bretons et français, mais aussi des curieux venant de territoires plus inattendus, de la Hongrie au Canada en passant par la Nouvelle-Zélande. Au centre de l'attention : une petite croix composée de fleurs, exposée sur un autel latéral de l’église, et qui témoigne d’une histoire bouleversante que l’ambassade de France près le Saint-Siège et les Pieux établissements ont voulu mettre en avant durant le Jubilé, dans le cadre de la promotion des "jeunes figures de sainteté".
Au printemps 1944, des jeunes Français qui participaient au STO (Service du Travail Obligatoire) en Allemagne furent arrêtés pour avoir tenté d’apporter un soutien spirituel à leurs compagnons d’infortune, une action strictement interdite par la Gestapo à partir de décembre 1943. Parmi ce groupe de jeunes détenus dans la ville de Gotha se trouvait Marcel Callo, qui fut emprisonné avec 11 autres camarades, parmi lesquels un jeune prêtre, le père Jean Lecoq.
Ils n’avaient aucun objet de culte, aucun crucifix, mais en août 1944, un membre de ce groupe, Camille Millet, parvint, durant ses travaux forcés chez un maraîcher, à cueillir discrètement une poignée de fleurs "immortelles", qui ne se fanent pas. Il composa ainsi cet objet en forme de croix devant lequel ce groupe de 12 "apôtres" put se réunir pour prier en cachette.
En octobre 1944, la dispersion des membres du groupe vers différents camps de concentration allait conduire à la mort de huit d’entre eux. Néanmoins, le dernier prisonnier resté à Gotha, Fernand Morin, parvint à transmettre en cachette cette croix à un autre prisonnier breton, qui la ramena en France après la fin de la guerre. Le père Jean Lecoq, rescapé des camps, la récupéra, puis la confia à Fernand Morin, lui aussi survivant, avant que la fille de celui-ci ne le transmette au diocèse de Rennes. Il s’agit de la seule "relique" témoignant de la tragique aventure spirituelle vécue par ce groupe, puisque les corps des martyrs n’ont jamais pu être retrouvés.
"Un exemple de courage"
Parmi les nombreux jeunes défilant dans l’église, beaucoup connaissent déjà l’histoire de Marcel Callo mais découvrent avec étonnement cet objet de dévotion qui a traversé de nombreuses tribulations. Guénolé, dont la troupe scoute porte le nom du bienheureux Marcel Callo, voit en lui "un exemple de courage et de force", et un modèle dans le sens de l’amitié, à l’image de Pier Giorgio Frassati. "Marcel Callo était très actif pour les groupes de jeunes. Il est parti en Allemagne dans un contexte très dur mais avec un esprit missionnaire, c’est vraiment un modèle de foi", souligne le jeune homme originaire du diocèse de Vannes.

Barbara, de nationalité mexicaine, est venue elle aussi avec le diocèse de Vannes, car elle vit actuellement une expérience missionnaire en Bretagne. Elle apprécie de voir le respect des jeunes Bretons pour leur histoire, notamment celle de Marcel Callo. "Je vois que parmi les Bretons, il y a beaucoup de respect pour les figures de l’histoire, pour ceux qui ont donné leur vie pour permettre aux générations suivantes de vivre librement. Je ne connaissais pas l’histoire de Marcel Callo mais je vois que les jeunes l’aiment beaucoup, c’est très intéressant et très touchant. Malheureusement au Mexique, nous n’avons pas ce respect des racines", relève la jeune fille.
Le père Nicolas Esnault, recteur de Saint-Yves-des-Bretons, voit dans Marcel Callo "une figure qui invite à une résistance spirituelle". Il voit aussi dans ce jeune homme qui était fiancé une figure incarnant à la fois "la fidélité à Dieu", "la fidélité à la personne à laquelle on a promis de donner sa vie dans le cadre des fiançailles et du mariage", et aussi "un sain patriotisme". "Son refus de déserter s’est transcendé en une occasion d’évangélisation", explique-t-il.

"Thomas Gueydier, postulateur de la cause de canonisation de Marcel Callo et auteur d'un livre de prière sur lui, se réjouit profondément de la prochaine béatification de 50 autres martyrs du STO, mêlant différents états de vie, puisqu’ils étaient laïcs, prêtres, séminaristes, novices ou religieux. L'auteur du livre "Prier 15 jours avec Marcel Callo" explique qu'en 1987, lors de la béatification de ce jeune militant de la JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne), certains s'étaient posé la question : "Pourquoi lui et pas les autres ?". Il voit dans le décret autorisé par Léon XIV le 20 juin dernier une nouvelle opportunité de faire connaître cet épisode méconnu de la résistance, et remarque que le vaste travail mené pour conduire à cette nouvelle béatification a permis de mettre en lumière de nouveaux profils auxquels les jeunes peuvent s’identifier, notamment les couples fiancés ou mariés."

"La fiancée de Marcel Callo ne s’est jamais mariée, elle a passé toute sa vie dans le souvenir de son ‘petit Marcel’, comme l’ont montré ses lettres exposées lors des JMJ de Lisbonne", explique Thomas Gueydier. Il se souvient du voyage à Rome de cette "fiancée du bienheureux", qui était encore en vie lors de la béatification de Marcel Callo. Un exemple d’amour et de fidélité qui transcende les aléas de l’histoire et apporte une inspiration aux jeunes pèlerins découvrant cette aventure étonnante.











