Le succès de la pétition contre la loi Duplomb autorisant l’usage d’un pesticide interdit en France mais autorisé en Europe, interroge sur la manipulation d’une opinion désinformée, dénonce Jean-Étienne Rime. Consultant en entreprise et éleveur dans le Maine-et-Loire, il s’inquiète de la facilité avec laquelle des influenceurs attise des peurs irrationnelles, masquant les vrais dangers.
Il s’est passé quelque chose de vraiment inquiétant ces derniers jours : une pétition a réuni 2 millions de Français pour dénoncer l’autorisation d’utiliser une molécule visant à traiter les betteraves. Ce n’est pas tant le mobile de la pétition qui est grave que la façon dont les pétitionnaires ont signé sans savoir, sans analyser, subissant une vraie désinformation orchestrée par la haine d’une minorité. Que connaissent-ils à la culture de betteraves sucrières ? Rien, pour l’immense majorité, mais ils ont signé dans un réflexe de peur, de haine de l’agriculture, telle qu’elle est présentée par certains médias et responsables politiques hors-sol, sans savoir qu’ils consomment tous les jours des produits importés qui ont reçu ce traitement comme le sucre venant d’Ukraine.
Une société qui ne pense plus
Faut-il revenir sur le fond du sujet ? Tout a été dit pour expliquer que les abeilles butinent les fleurs et que les betteraves n’en ont pas, que l’acétamipride est utilisé à haute dose pour les colliers de chien ou que la France fait exception avec des règles intransigeantes alors que nous importons des aliments traités par des pesticides et insecticides, l’agriculture française étant étranglée par un lobby qui s’affirme écologiste sans l’être. Le plus grave est ce vaste mouvement moutonnier qui a conduit à cette pétition caractéristique d’une société qui ne pense plus. On agit par peur, par réflexe de défense, on oublie de s’informer, de réfléchir, de penser.
Soutenez Aleteia
La conjonction de plusieurs phénomènes a conduit à cette folie pétitionnaire, à commencer par l’intensité médiatique et le mensonge organisé. La loi Duplomb vise un ensemble de mesures pour simplifier la vie des agriculteurs. C’est une loi de terrain, mais l’on ne parle que d’une molécule utilisée partout en Europe et dans le monde, on gâche tout ce qui peut simplifier la vie de ceux qui nous nourrissent chaque jour parce que l’on attise les peurs, on cible ce pauvre inconscient et stupide paysan. C’est vendeur dans les médias, c’est aussi vendeur pour les politiques qui pensent ainsi donner des gages à l’écologie et "sauver la planète".
Silence sur les vrais dangers
Plus insensé, on ne priorise pas les dangers. Les risques du produit visé pour l’homme ne sont pas prouvés alors que tant de produits utilisés tous les jours dans l’alimentation sont dangereux. Les signataires de la pétition ont-ils conscience des conséquences de la malbouffe, des risques pour la santé de produits trop raffinés aux teneurs en sucres et graisses saturées qui augmentent les risques cardiovasculaires ? On s’empiffre de hamburgers et de pizzas industrielles et l’on dénonce les agriculteurs français qui seraient des empoisonneurs alors qu’ils nous nourrissent avec des produits de proximité, cultivés ou élevés avec professionnalisme et respect. Mais cela, on ne le dit pas.
Le monde agricole est en détresse et il est présenté comme le bouc émissaire, ce sont les agriculteurs qui polluent, qui détruisent un bien commun. On oublie que c’est leur bien, qu’ils le cultivent et l’entretiennent avec savoir-faire et dans le sens de l’économie rentable car il faut bien nourrir nos contemporains — mais l’on fait l’autruche. Pour "sauver la planète", il faut d’abord se nourrir et comprendre comment cela arrive sur notre table.
Les professionnels de la peur
La peur crée une absence de culture et avant tout de curiosité. Si les signataires avaient tout simplement tenté de connaître et comprendre la réalité des cultures, l’impact et les conséquences sur la production française, seuls les donneurs de leçons qui ne quittent pas leurs beaux quartiers auraient signé, pas les Français dont le bon sens culturel est battu en brèche par ces professionnels de la peur, de la désinformation, du mensonge, ceux qui attisent la haine des paysans présentés comme de pauvres ploucs avides de subventions, lesquels finissent par haïr ces élus et ces urbains idéalistes qui ne quittent pas leur macadam.
Ces "influenceurs" ont un impact terrible, on le voit dans tous les spectacles de l’été où il est de bon ton d’agiter le seul drapeau palestinien devenu le symbole de toutes les revendications woke, tandis que les Français moyens, considérés comme des beaufs ne s’y trompent pas, faisant flotter aux vents du Tour de France les drapeaux de toutes les nations du monde (à ce sujet d’ailleurs, la question du Proche-Orient est bien plus grave que la molécule des betteraves) !
Une note de joie
Ces peurs sont les conséquences de l’absence de références. Il n’y a plus d’espérance et l’on compense par une vénération, la planète, qui fait office d’un dieu bien inquiétant. Le bon sens mêlé à la curiosité, la connaissance, la réflexion et la recherche de la vérité sont des évidences bien oubliées en ces temps troubles. Certains pourtant savent où est "le chemin, la vérité, la vie" (Jn 14, 6) et le crient avec joie au Jubilé des jeunes. Terminons sur cette note de joie.












