Imposé par le Saint-Empire romain germanique pour mettre fin à plus d’un siècle de décadence, Léon IX (1049-1054) est un grand pape réformateur. Originaire d’Alsace-Lorraine, il fut aussi l’initiateur du grand schisme avec l’Orient en 1054.
Au début du XIe siècle, le Saint-Siège se trouve aux mains de grandes familles romaines qui se déchirent pour son contrôle. Malgré les tentatives de l’empereur Otton Ier de mettre fin à ce système, la papauté sombre dans l’anarchie après l’élection de Benoît IX en 1032. Ce pape d'une vingtaine d'années est déposé par un candidat rival, Sylvestre III, mais reprend sa charge et la revend à son oncle Grégoire VI en 1045. L’empereur Henri III décide alors d’intervenir en forçant la tenue du synode de Sutri en 1046, qui dépose les trois papes. Il nomme pape un évêque allemand, Clément II, qui, malade, doit rapidement abdiquer. Benoît IX tente un retour, mais Henri III le chasse et nomme un autre évêque allemand, Damase II, qui meurt de la malaria après 17 jours de pontificat. Comme pour Clément II, certains contemporains évoquent des rumeurs d'empoisonnement.
L’empereur se tourne alors vers son cousin, l’archevêque de Toul, Bruno von Eguisheim-Dagsburg, homme austère et pieux connu pour avoir encouragé la réforme clunisienne dans les monastères bénédictins du Saint-Empire. Guibert de Toul, biographe de celui qui prend le nom de Léon IX en 1049, raconte que l’évêque lorrain a tenté de refuser la charge, avant de céder.
Un précurseur de la "réforme grégorienne"
Habilement, Léon IX fait valider son élection par le peuple de Rome. Cela renforce sa légitimité et lui permet d’initier un vaste chantier de réforme de l’Église. Cette période de moralisation anticipe la "réforme grégorienne", lancée lors du pontificat de Grégoire VII (1073-1085), car Léon IX impulse le mouvement en s’appuyant sur des intellectuels tels que le moine italien Hildebrand de Soano, le futur Grégoire VII.
Pour légitimer son action, Léon IX n’hésite pas à quitter Rome à plusieurs reprises pour voyager en Occident, visitant notamment Reims, Bratislava et Cologne et participant à plusieurs synodes. Il encourage les Normands et les Pisans à lutter contre les invasions barbaresques qui ravagent les côtes méditerranéennes depuis plus d’un siècle. Mais s’il renforce considérablement la stature papale et arme l’Église contre les hérésies et l'islam, il ne parvient pas, sur le plan politique, à imposer sa volonté dans le sud de l’Italie, terres de l’Empire romain d’Orient où s’étaient établis les Normands. Il est même vaincu et fait prisonnier par ces derniers en 1053. Après neuf mois de captivité, il revient très malade à Rome, où il meurt le 19 avril 1054.
Mais ce n’est pas tout, puisque le 16 juillet de la même année, son émissaire à Constantinople, Humbert de Moyenmoutier, prend la liberté de déposer sur le maître-autel de la basilique Sainte-Sophie une bulle excommuniant le patriarche Michel Ier Cérulaire et tous ses collaborateurs. En réponse, l'émissaire de Rome et son escorte sont aussi excommuniés par Michel Ier : c'est le "grand schisme". Pendant tout le pontificat de Léon IX, les tensions étaient devenues vives entre les deux parties. Michel Ier, très hostile à Rome, avait auparavant condamné la présence du filioque dans le Credo - controverse théologique sur le rapport entre Dieu-Père et Dieu-Fils.




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