La Révolution de 1848 marque l’abdication du roi Louis-Philippe Ier et la chute de la Monarchie de Juillet. La République qui se met en place commence par exclure les militaires du suffrage universel masculin, avant de leur accorder le droit de vote un an plus tard (15 mars 1849). Ils conservent ce droit jusqu’à la chute du Second Empire et l’instauration de la IIIe République. La loi Cissey du 27 juillet 1872 prononce, dans son article 5, l’interdiction du vote pour les militaires en activité : "Les hommes présents au corps ne prennent part à aucun vote."
On assiste ainsi au début de la IIIe République à un basculement intéressant. L’armée avait été exaltée pendant la période révolutionnaire où l’on mettait en avant la figure du soldat citoyen. Désormais, l’armée est devenue suspecte aux yeux des républicains. En effet, à un moment où le nouveau régime est encore bien fragile, les hommes politiques n’oublient pas le soutien que les militaires avaient apporté au Second Empire. En effet, c’est grâce à l’armée que le futur Napoléon III, neveu de Napoléon Ier, avait réussi son fameux coup d'État du 2 décembre 1851. Désireux de rompre avec le régime précédent, les républicains de 1872 voient dans la loi Cissey un moyen d’écarter un électorat dont ils ne sont pas sûrs. Cette neutralité imposée est une façon de forcer le loyalisme de l’institution militaire envers la République.
La « Grande Muette »
Déchus d’une partie de leur droit civique, les militaires n’ont désormais plus la possibilité d’approuver ou de contester la politique du pays. L’armée, silencieuse dans les urnes, se voit attribuer le surnom de "Grande Muette". Les institutions de la IIIe République n’ont jamais souhaité revenir en arrière, même après la Première guerre mondiale, pendant laquelle les militaires de carrière ont pourtant largement prouvé leur attachement à la patrie.
Sans doute n’est-ce pas un hasard si le droit de vote des militaires (tout comme celui des femmes) fait partie des priorités du général de Gaulle à la fin de la deuxième guerre mondiale. L’ordonnance du 17 août 1945 abroge la loi de 1872 et stipule que les militaires sont électeurs dans les mêmes conditions que les autres citoyens. Ils sont ainsi restaurés dans l’entièreté de leur droit civique. Cette anecdote méconnue révèle comment parfois le corps politique ne cherche pas tant à faire vivre la démocratie qu’à déterminer le corps électoral en fonction de ses intérêts.

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