Ce sont les images iconiques d’une époque, retraçant la vie d’un pape dont l’histoire se souviendra encore dans plusieurs siècles : Jean Paul II, homme dont même les adversaires reconnaissaient le puissant charisme, a révolutionné le rapport de l’Église catholique à la communication, en ouvrant la voie à une nouvelle représentation de l’autorité papale.
Gianni Giansanti, décédé précocement le 18 mars 2009 à seulement 52 ans, fut le témoin privilégié de ce pontificat qui dura plus d’un quart de siècle et bouleversa la marche du monde. Ce photographe italien aux passions éclectiques a notamment travaillé auprès des champions de Formule 1 Ayrton Senna et Jacques Villeneuve, et fut primé pour des reportages sur des sujets aussi divers que le Palio de Sienne, les académies militaires en URSS, ou encore la vie des tribus de la vallée de l’Omo en Éthiopie.
En 1978, il devient célèbre à 22 ans quand il réussit à photographier le corps de l’ancien chef du gouvernement italien Aldo Moro, retrouvé dans le coffre d’une voiture au centre de Rome après avoir été l’otage des Brigades rouges durant 55 jours. Cette année dramatique est aussi marquée par les décès des papes Paul VI et Jean Paul Ier. En octobre 1978, l’élection de Jean Paul II marque un nouveau tournant dans la carrière de Gianni Giansanti, qui entrera dans l’intimité du premier pape non-italien de l’histoire contemporaine.
Documenter “sans forcer la scène”
Il obtient notamment le droit d’effectuer un scoop qui fera le tour du monde : la photo de Jean Paul II, sur son lit d'hôpital, quelques jours après l’attentat du 13 mai 1981. Une photo digne, montrant un pape au visage serein, mais dont les perfusions traduisent, pour la première fois, une expression de vulnérabilité qui allait devenir l’un des marqueurs de ce pontificat.
Jusqu’à la mort du pape polonais en avril 2005, Gianni Giansanti est admis dans le cercle rapproché de Jean Paul II, à Rome comme dans ses voyages. La quarantaine de photos exposée au Château Saint-Ange montre la diversité de ses visites sur les terrains les plus difficiles, de la Papouasie-Nouvelle-Guinée à la Terre sainte en passant, bien sûr, par sa Pologne natale. Ses rencontres avec le leader cubain Fidel Castro ou avec le Palestinien Yasser Arafat montrent le charisme de Jean Paul II en tant que chef d’État, qui faisait bouger les lignes et remettait certains pays peu connus au centre de l’actualité mondiale.
"En parcourant les moments saillants du pontificat de Jean Paul II, l’exposition offre un regard privilégié sur une époque de grandes transformations : la fin de la Guerre froide et l’entrée du monde dans l’ère globale." Ilaria Schiaffini, professeur d’histoire de la photographie.
En marge de l’inauguration de l’exposition, Andrea Giansanti, le fils du photographe, s’est souvenu “d’un père qui apparaissait et disparaissait toujours avec ses appareils photos en bandoulière”. Il a expliqué que “la discrétion était au cœur de sa méthode : être là sans projeter d'ombre, documenter sans jamais forcer la scène”. Dans le cadre de cette exposition, “chaque cliché raconte l'histoire de deux hommes liés par un profond respect et une mission commune : raconter la foi à travers l'objectif”.
De la petite histoire à la grande Histoire
Le travail de Gianni Giansanti passait aussi par des photographies de moments de la vie quotidienne du pape, ce qui lui vaudra de recevoir un World Press Award en 1988. L’exposition montre notamment une photo prise en 1986, lors d’un déjeuner privé du pape dans ses appartements avec le cardinal-archevêque de Séoul, Stephen Kim. On y aperçoit Jean Paul II, entouré par ses secrétaires Stanislaw Dziwisz et Emery Kabongo, en discussion avec ce cardinal qui jouera un rôle central, quelques années plus tard, dans le renversement de la dictature militaire alors au pouvoir en Corée du Sud. L’appui fidèle de Jean Paul II à son égard, qui passait aussi par ces rencontres à caractère informel, a été décisif pour inciter l’Église locale à œuvrer en faveur de la démocratisation et de l’ouverture de ce pays asiatique qui est passé, en quelques décennies, d’une extrême misère à un dynamisme économique et culturel remarquable.
“En parcourant les moments saillants du pontificat de Jean Paul II, l’exposition offre un regard privilégié sur une époque de grandes transformations : la fin de la Guerre froide et l’entrée du monde dans l’ère globale”, explique Ilaria Schiaffini, professeur d’histoire de la photographie à l’université romaine de la Sapienza. En cette année jubilaire organisée dans un monde inquiet et instable, cette exposition montre à quel point la papauté demeure une institution d’une grande puissance symbolique, qui peut aider l’humanité à trouver un cap et une espérance.











