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En juillet 903, un moine bénédictin est élu sous le nom de Léon V. Environ un mois plus tard, il est déposé par un certain Christophore, resté dans l'histoire comme un antipape, puis est probablement assassiné. Que s'est-il passé ? La question est un des épisodes les plus funèbres de ce que le cardinal Cesare Baronio, au XVIe siècle, a appelé le "Saeculum obscurum" - le siècle sombre - et reste encore aujourd'hui un mystère pour les historiens.
Pour mieux comprendre ce bref pontificat, il faut revenir quinze ans auparavant, en 888, année de la mort de l'empereur d'Occident Charles III le Gros. Ce dernier, héritier de son grand-père Charlemagne, laisse un empire divisé. Son successeur, Eudes, n'est plus en mesure de confirmer l'élection du pape, comme c'était alors la pratique. Le Saint-Siège devient un enjeu de la reconfiguration politique, qui voit émerger la puissante famille des ducs de Spolète. Le pape de l'époque, Étienne V, est ainsi forcé de couronner Guy de Spolète roi d'Italie puis empereur.
À la mort de Guy de Spolète en 894, le nouveau pape, Formose, refuse de couronner le successeur désigné, un certain Lambert, et décide de sacrer à la place Arnulf, roi de Germanie. Une façon pour lui de se libérer de la tutelle d'une partie de l'aristocratie romaine, surnommés les "Spolétains". Le conflit s'envenime les années suivantes, donnant lieu à l'épisode scabreux du concile cadavérique en 897, quand le défunt Formose est exhumé par Boniface VI à la demande des Spolétains et excommunié avant que son cadavre ne soit jeté dans le Tibre. Mais les partisans d'une plus grande autonomie papale n'ont pas dit leur dernier mot, et seront connus dès lors comme les "Formosiens".
Spolétains contre Formosiens
Les papes suivants vont d'ailleurs réhabiliter Formose, mais la pression de la maison de Spolète et d'autres familles romaines ambitieuses se maintient. C'est de cette situation explosive dont Léon V semble avoir été la victime. Bien que non-membre du clergé romain, il aurait été choisi en raison de sa réputation de sainteté – mais possiblement aussi, selon certaines sources, pour ses affinités avec le camp formosien.
Celui qu'on considère souvent comme son assassin, Christophore, aurait été un formosien convaincu, le chapelain de Léon V et son protégé. Selon le moine Herman Contract, chroniqueur allemand du siècle suivant, Christophore l'aurait néanmoins trahi, le jetant en prison avant de le faire étrangler, puis l'aurait remplacé. Quelques mois plus tard, cet antipape semble avoir subi le même sort de la part des partisans de Serge III (ou aurait été exilé), qui est élu en janvier 904.
Certains chroniqueurs, notamment le formosien Eugenio Vulgario, envisagent que ce soit en fait Serge III, spolétain et soutenu par la puissante famille romaine des comtes de Tusculum, qui commandita les deux meurtres. Une hypothèse difficile à prouver, mais qui semble avoir été renforcée par la réputation effroyable de Serge III, premier pape de la "pornocratie pontificale" - période de grave déclin qui doit à son nom l'influence supposée d'anciennes prostituées sur le trône de Pierre. Clin d'œil de l'histoire : Christophore n'est officiellement pas reconnu dans la succession pétrinienne, mais apparaît sur la frise des papes de la basilique Saint-Paul-hors-les-murs, entouré par Serge III et l'éphémère Léon V.












