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Ils rallient Paris à Compostelle, l’incroyable pèlerinage père-fille de Cyprien et Philippine

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Anna Ashkova - publié le 24/07/25 - mis à jour le 29/07/25
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Il a fallu six ans et plus de 2 000 kilomètres à Cyprien et sa fille Philippine, atteinte de trisomie 21, pour atteindre les portes de Santiago. Un incroyable périple qui a commencé au pied de Notre-Dame de Paris.

Aux portes de Santiago sur le parvis de la cathédrale espagnole de Saint-Jacques-de-Compostelle, en Espagne, un groupe de personnes applaudit deux pèlerins pas comme les autres : Cyprien, 48 ans et sa fille, Philippine, 14 ans. La particularité de ce duo ? En 2019, ils se sont lancé le défi de parcourir les 2.000 kilomètres qui séparent Paris de Saint-Jacques-de-Compostelle en plusieurs tronçons afin de faire connaître la trisomie dont est atteinte Philippine. Une aventure de six ans qui s'est terminée le 24 juillet, la veille de la fête du saint Jacques le Majeur.

En partant chaque année en moyenne une quinzaine de jours, le père et la fille ont parcouru sept tronçons : le premier de Paris à Vézelay puis de Vézelay à Bénévent L’Abbaye, le second de Bénévent L’Abbaye à Sainte- Foy-la-Grande, le troisième de Sainte Foy la Grande à Roncevaux, puis de Roncevaux à Nàjera en Espagne où ils ont dû s’arrêter prématurément suite à la casse de leur chariot l’été dernier. Ils ont parcouru 300 kilomètres l’été 2024 entre Ventosa et León et cet été ils ont enfin terminé le chemin jusqu’à Saint-Jacques-de-Compostelle. Un périple fait de rencontres au gré des chemins, des opportunités, des joies et des galères (qu’ils espèrent limitées !).

Soutenus par les proches et les pèlerins 

"Je voulais faire le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle depuis très longtemps mais comme beaucoup de personnes, j’attendrais le jour où j’aurais du temps. Et puis, tout a changé à la naissance de Philippine, il y a 14 ans", confie à Aleteia Cyprien. L’annonce du handicap de sa fille ainsi que sa cardiopathie, dont elle a été opérée à 3 ans, a bouleversé les perspectives de ce père de famille nombreuses. "Ça a changé le rapport que j’avais à moi-même, à mon épouse, à mes enfants. C’est là, avec le temps, que l’idée de faire ce chemin avec Philippine a émergé en moi. En dépit, ou plutôt grâce, à son handicap nous nous sommes mis en chemin le 30 juin 2019, en partant de Notre-Dame de Paris", explique ce coach et consultant. Afin de pouvoir financer leur pèlerinage et le chariot spécial pour transporter Philippine, Cyprien a fait appel à la générosité des gens. Leur projet a touché de nombreuses personnes et ils ont pu obtenir une somme légèrement supérieure ce qu'ils espéraient. Ce qui a donné l’idée à Cyprien de réaliser par la suite un documentaire sur cette aventure, qui devrait bientôt voir le jour. "Je veux montrer aux gens ce que nous avons pu vivre grâce à eux", note Cyprien, qui depuis le début de leur chemin publie sur sa page Facebook Compostelle Père Fille un journal de bord.

À l’époque, il était loin de s’imaginer que ce projet aller réellement aboutir. "Lorsque nous sommes partis pour la première fois, on s’est mis en chemin sans savoir si on allait y arriver. Je ne savais si j’allais parvenir à pousser le chariot de 70 kg ou si ça sera trop compliqué pour Philippine, qui avait 8 ans à l’époque." Physiquement, c’était dur. Outre faire face à la pluie et aux grosses chaleurs, ils ont dû franchir des endroits difficilement accessibles en chariot. "L’ensemble du dénivelé équivaut à quatre fois l’ascension de l’Everest. Je me souviens au sommet de la Cruz del Fierro où il y a beaucoup de pierres, j’ai eu du mal à passer avec le chariot et Philippine avait les larmes aux yeux. Je me demandais : "Comment va-t-on se débrouiller ?", se souvient Cyprien.

Philippine est une battante, elle a la capacité de se fixer un objectif et de tout faire pour y arriver. C’est très inspirant !

Dans ces moments difficiles, le duo père-fille pouvait compter sur la solidarité des pèlerins. Avec certains, ils ont marché quelques minutes, avec d’autres quelques jours. Et puis, il y a ceux qui sont devenus leurs amis. Des personnes qu’ils retrouvaient sur le chemin d’année en année. "Notre projet marque les gens. Ils s’arrêtent, discutent. Ils sont étonnés. C’était l’occasion de parler du handicap, de la force que ça donne aux proches, aux parents, aux frères et sœurs, sans nier les difficultés qui sont à la hauteur du bonheur et de la puissance que Philippine nous donne dans la vie quotidienne", précise Cyprien, également père de Timothé 22 ans, Dimitri 20 ans et Agathe 17 ans.

Le duo a aussi été soutenu par les Internautes, mais aussi leurs amis et les membres de leur paroisse, l'Immaculée Conception dans le 12e arrondissement de Paris. Sans compter les prières de leur curé, père Étienne Givelet. Venu spécialement les soutenir dans les derniers kilomètres et marcher à leurs côtés. "Chaque année, nous publions leur itinéraire sur le site de la paroisse. Je suis très heureux de partager cette aventure avec eux, c’est une joie !", confie-t-il à Aleteia.

L’énergie de Philippine qui donne des ailles 

Et puis, il y a eu aussi l’"effet Philippine". Année après année, la petite fille prenait du plaisir à partir en voyage avec son père. "Elle n’a pas la capacité d’exprimer facilement ses émotions. C’est compliqué, elle ressent beaucoup de choses. J’apprends beaucoup d’elle sur le fait de suivre son cœur", note Cyprien. Et d’avouer : "C’est son énergie qui me donnait la force et le courage tout au long de ces 2.200 km. Une énergie qu’elle sait transmettre. Philippine est une battante, elle a la capacité de se fixer un objectif et de tout faire pour y arriver. C’est très inspirant !".

Compostelle : l’incroyable pèlerinage père-fille de Cyprien et Philippine

Si cette aventure a renforcé leur relation père-fille, elle a également nourri leur foi. "La marche a quelque chose de salvateur. On dit bien marcher sur les pas du Christ. C’est mettre à l’unisson le physique, le cœur, et le mental. La marche est propice à la contemplation, à la méditation", affirme Cyprien, qui assure également que sa foi a évolué aussi sur l’aspect de "l’incarner" et de la "vivre".

Six ans après, sept tronçons et 2.200 kilomètres parcourus en France et en Espagne, Cyprien et Philippine sont fiers d’avoir relevé leur défi. "Nous avons prouvé que le handicap ne doit pas être un frein", se réjouit Cyprien, entouré de sa famille sur le parvis de la cathédrale espagnole. Une expérience que ces deux aventuriers espèrent remettre bientôt à bord d’un vélo-cargo. Cette fois-ci, ils vont conquérir les routes de l’Europe, qu’ils pensent traverser du Nord au Sud.

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