Le 17 juillet, le pape Léon XIV recevait à Castel Gandolfo une délégation de pèlerins orthodoxes et catholiques américains. Devant eux, il a redit sa ferme intention de se rendre dans les prochains mois à Iznik, en Turquie, pour participer à une "commémoration œcuménique". Comme son prédécesseur François, qui avait évoqué ce voyage à de nombreuses reprises, le Saint-Père veut visiter l’ancienne Nicée où s’est terminé, le 25 juillet 325, même si la date est historiquement contestée, le premier concile œcuménique. Loin d’être un simple intérêt pour le passé, cet anniversaire rappelle que les Pères réunis ont légué un héritage qui ne cesse d’être actuel.
"Le concile de Nicée est une pierre milliaire dans l’histoire de l’Église expliquait ainsi le pape François dans la bulle d’indiction du Jubilé 2025 Spes non confundit. Son anniversaire invite les chrétiens à s’unir dans la louange et l’action de grâce à la Sainte Trinité et en particulier à Jésus-Christ, le Fils de Dieu, “consubstantiel au Pèreˮ, qui nous a révélé ce mystère d’amour". Effectivement, le premier et plus substantiel legs de Nicée, d’une actualité perpétuelle, est la meilleure compréhension du Salut offert par le Christ. Si le Fils est vraiment Dieu, contrairement à ce que soutenait la théologie arienne, il a vraiment sauvé les hommes en leur permettant d’accéder à la divinité.
Un héritage pour 2,5 milliards de chrétiens
Cette vérité de foi a été exprimée dans le fameux symbole, exposé synthétique de la Révélation, validé et précisé par les conciles successifs, en particulier celui de Constantinople, en 381, d’où son nom, "Nicée-Constantinople". Il est aujourd’hui récité chaque dimanche dans les églises du monde entier, et partagé par tous les chrétiens malgré la dissension, qui a nourri le schisme de 1054, sur le filioque contesté par l’Orthodoxie. 2,5 milliards de chrétiens à travers le monde peuvent encore redire ce que les Pères nicéens ont défini comme l’héritage de la foi transmise depuis les apôtres. Parler de ce concile de 325 revient ainsi à "recevoir un nouvel élan pour l’unité des chrétiens" comme l’explique le document "Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur" publié le 16 décembre 2024 par la Commission théologique internationale.
Les théologiens qui ont rédigé ce texte très développé invitent aussi à "percevoir comment le Concile nourrit et guide la vie chrétienne quotidienne" en particulier par la contemplation de "l’événement Jésus-Christ lui-même, dont l’irruption dans l’histoire offre un accès inouï à Dieu et introduit une transformation de la pensée humaine". Mais le document approuvé par François insiste surtout sur "l’événement ecclésial" que fut Nicée. Dans une formule qui semble évoquer le Synode sur la synodalité, l’historienne Claire Reggio parle même d’une "expérience de l’union des âmes à l’écoute de l’Esprit" dans son ouvrage fort didactique intitulé simplement Nicée, 1700 ans d’histoire (éditions du Cerf).
Les quelque 250 évêques de l’oikoumène (318 selon la tradition, pour correspondre au nombre de serviteurs d’Abraham dans la Genèse) ont ainsi inauguré une manière de recevoir le message évangélique et de le transmettre dans un "moment ecclésiologique" qui "permet de démontrer qu’effectivement, ils continuent à conserver, chacun, cette doctrine unique [des apôtres] et de vérifier qui a cessé de la conserver" explique Xavier Morales dans un livre très fouillé, 325, Le Grand et Saint Synode de Nicée (éditions du Condottiere).
Un langage remis au goût du jour
Pour ce faire, ils ont eu recours au langage de leur temps, celui de la philosophie hellénistique, d’où ce fameux homoouios rendu en français par "consubstantiel" et remis au goût du jour par la traduction du Missel romain entrée en vigueur pour l’Avent 2021. Ce fut une vraie révolution, parce que le mot n’était pas présent dans les Écritures, mais cela entame une longue stimulation entre ces dernières et ce que l’on appela plus tard la Tradition, les deux étant, d’après Dei Verbum, l’une des constitutions dogmatiques de Vatican II, l’unique source de la Révélation dans un dialogue fructueux d’explicitation et d’approfondissement du mystère divin.
"Il fallut encore plusieurs décennies, voire des siècles, avant que toutes ces subtilités ne fussent comprises" note Claire Reggio à propos des débats théologiques et de la formule de foi conciliaire, se demandant même : "le sont-elles vraiment aujourd’hui ?" Le temps a permis d’accueillir les fruits, le contenu (qui dépasse largement l’aspect dogmatique et va de la date de Pâques à des règles pour le recrutement des clercs), la méthode, la forme, de la réunion des évêques de 325, mais Dieu continue de dépasser l’entendement humain. Ce dont les Pères ont alors pris conscience, et qui vaut pour toujours : l’Église ou un concile est "plus qu’une institution humaine. À travers les hommes, c’est Dieu lui-même qui agit."










