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Le chrétien André Vingt-Trois

Le cardinal André Vingt-Trois lors d'une procession sur le parvis de Notre-Dame, 2010.

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Jean Duchesne - publié le 22/07/25
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L’ancien archevêque de Paris, rappelé à Dieu le 18 juillet, a réussi à aimer en servant, sans chercher à se faire aimer en s’imposant. Pour l’essayiste Jean Duchesne qui évoque en particulier son enseignement, c’est ce qui fait de lui un modèle non seulement de prêtre, mais pour tout baptisé. Ses obsèques doivent être célébrées à Notre-Dame de Paris ce mercredi 23 juillet à 10h.

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Celui qui fut l’archevêque de Paris pendant douze ans, de 2005 à 2017, vient d’être rappelé à Dieu. Ses obsèques vont être célébrées à Notre-Dame de Paris le 23 juillet à 10h. Les évocations et bilans de sa carrière et de son pontificat ne manquent pas. Les commentateurs reconnaissent son travail à Paris et son influence au-delà (comme président de la Conférence des évêques de France de 2007 à 2013, et président délégué des deux synodes romains sur la famille en 2014 et 2015). Il est cependant présenté comme un "second couteau", "bon administrateur" certes, mais sans la "flamboyance" de son prédécesseur et mentor Aron Jean-Marie Lustiger. On lui concède juste que son "habileté politique" (au service d’une orthodoxie sereine) était assaisonnée d’un sens décapant de l’humour.

Sans états d’âme

En un mot, André Vingt-Trois n’était pas une vedette et n’a rien fait pour imposer sa personnalité, bien que son rang excitât la curiosité. Il est vrai que rien n’a été tragique ni sensationnel dans ses origines et son itinéraire. S’il s’est fait respecter comme "patron" et a toujours clairement exposé et fermement maintenu les positions de l’Église dans les débats "sociétaux", ce ne fut jamais dans un style confrontationnel. Et surtout, il n’a pas étalé d’états d’âme, de souffrances, d’indignations ni d’angoisses intimes, sans pour autant ignorer les épreuves du prochain ni les menaces pour tous.

On peut dire qu’il a toute sa vie cherché non pas à se faire aimer, mais à aimer, sans rien demander en retour, en servant, dans un don sans réserve de soi, Dieu et — indissociablement ! — celles et ceux auxquels il était envoyé. Que cet effacement ou cette transparence n’ait pas été celle d’un vide se vérifie à travers les multiples initiatives qu’il a lancées et animées pour mobiliser les paroissiens de ses diocèses dans un élan missionnaire. Il suffit de voir la liste de ces actions, aujourd’hui rappelées dans ses biographies publiées dans la presse.

Un enseignement substantiel

Sa priorité a donc été non seulement de transmettre, mais encore de veiller à ce que la transmission se poursuive, s’inscrivant ainsi dans la dynamique de la Vie même de Dieu. Ce qui a été de la sorte reçu par lui, à l’exacte mesure où il le passait et propageait, ne revendique bien sûr rien d’original, puisque tout cela découle des sources de l’Écriture et de la Tradition. Le cardinal Vingt-Trois l’a inlassablement distillé dans sa prédication au fil des circonstances et du calendrier liturgique. Une bonne partie de cet enseignement, toujours clair et concret, demeure accessible dans la quinzaine de livres qu’il a publiés, reprenant des interventions qui n’ont rien perdu de leur pertinence.

Cette petite bibliothèque permet de suivre une pensée fondée sur une information à jour et approfondie en matière profane aussi bien que religieuse, des analyses aiguisées et l’expérience d’une humble familiarité avec Dieu. Dans cet ensemble, trois ouvrages sont des interviews où l’archevêque de Paris, forcé à parler de lui-même, se livre en montrant qu’il n’a rien à cacher et évoque la force qui l’anime. Ce sont La Liberté dans la foi (entretiens avec Michel Cool, France Cuture-Éditions de l’Aube, 2008), Une mission de liberté (entretiens avec Pierre Jouve, Denoël, 2010) et, une fois émérite (à l’occasion de ses 80 ans), La Joie du Seigneur est votre rempart (entretiens avec Philippine de Saint-Pierre, KTO-CLD, 2023).

Liberté sans complexe

Il est remarquable que les titres (choisis par les interlocuteurs du cardinal) des deux premiers de ces livres autobiographiques comportent le mot "liberté". La même aisance dans une franchise sans complexe, une fidélité qui émancipe, une confiance pétrie de modestie, une indépendance dans l’esprit critique et une lucidité sans agressivité se retrouvent dans le troisième, qui est aussi comme un testament. André Vingt-Trois y parle également, sans détours et sans se plaindre, de la maladie qui l’a handicapé avant même que le pape accepte sa démission à l’âge prévu, fin 2017.

Les autres livres signés d’André Vingt-Trois répondent à des besoins pastoraux. Connaître la foi catholique (Le Sénevé-CERP, 2000, du temps où il était à Tours) est un instrument pour la "Nouvelle Évangélisation", de même que Les Signes que Dieu nous donne (Parole et Silence, 2007) est une catéchèse à partir des sacrements et de la liturgie de l’Église. Croire, espérer, aimer (Presses de la Renaissance, 2007) et Quelle société voulons-nous ? (Pocket, 2012) rappellent l’espérance et la mission des chrétiens dans le monde, en pointant les enjeux moraux et spirituels des débats politiques et médiatiques des débuts du XXIe siècle.

Un enseignement centré sur l’essentiel

Deux livres sur La Famille (sous-titrés 15 questions à l’Église, Plon-Mame, 2003 — déjà à l’époque de Tours —, et Un bonheur à construire, Parole et Silence, 2011) manifestent l’importance reconnue pour l’avenir à cette "cellule de base" des communautés humaines. Évêques, prêtres et diacres (Médiaspaul, 2009) aborde la question des ministères ordonnés, plus sensible que jamais pour la vie de l’Église à l’heure aujourd’hui de la synodalité. Enfin, Prier. Pourquoi ? Comment ? (Pocket, 2010) est un stimulant petit manuel d’encouragement à s’engager dans l’essentiel : la relation personnelle avec Dieu.

Les quatre dernières années de l’épiscopat d’André Vingt-Trois ont chacune vu préparer la publication chez Salvator de recueils d’homélies sur les évangiles de Matthieu (Dieu ouvre des chemins, 2015), Marc (Découvrir Jésus, 2016), Luc (La Parole s’accomplit, 2017) et Jean (La Pédagogie du disciple bien-aimé, 2018). On a là de précieux commentaires, collectés au fil des ans, des passages de quatre évangiles qui figurent dans le lectionnaire des messes dominicales. À chaque fois, l’explication de texte et les leçons pratiques qui en sont tirées sont des ressources qui ne se démodent pas du tout.

Un modèle précieux

Ces pages font partie d’un legs singulier et en même temps exemplaire, en ce sens qu’il constitue un modèle pour la foi commune, ordinaire, quotidienne, partageable. Le tempérament qui en ressort dessine comme le prototype du prêtre dont on perçoit que, par-delà ses particularités individuelles, qui le rendent plus moins convaincant ou attachant, il est porté par plus grand que lui, fait passer bien plus qu’il ne contient, joue un rôle décisif auprès de nombre de ceux qu’il croise, est remplaçable pourtant et a en tout cas des successeurs, mais s’épanouit déjà dans un ordre qui n’est pas celui des réussites humaines visibles, mesurables et périssables.

On trouve même, chez André Vingt-Trois tel qu’on peut le rejoindre dans le souvenir et à travers sa parole transcrite et toujours disponible, un exemple pour non seulement le ministère sacerdotal en général, mais encore la vie chrétienne sans doute la plus répandue : celle de simple baptisé, où l’authenticité ne revendique rien d’exceptionnel, de simpliste ni d’exalté, et où la confiance en Dieu s’avère libératrice, avec quelque chose de contagieux.

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