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Malheur sur le Tour de France 1995 avec la mort de Fabio Casartelli. La 15e étape, annoncée comme la plus belle de l’édition, reste associée à un terrible drame. Un drame qui s’est joué dans la descente du col de Portet-d’Aspet et qui endeuille encore aujourd’hui la Grande Boucle. Nous sommes le 18 juillet 1995. Le peloton part pour une étape de 206 kilomètres entre Saint-Girons (Ariège) et Cauterets (Hautes-Pyrénées). Au menu, de nombreuses ascensions et trois départements traversés. Après un premier sprint matinal, le peloton attaque l’ascension du col de Portet-d’Aspet qui doit lui permettre de redescendre dans la vallée. Nous sommes au kilomètre 34, il est 11h50. Les coureurs descendent la route sinueuse, lancés à plus de 80 km/h. En quelques dixièmes de seconde, la course vire au drame. Une chute collective, cet aléa que tous les coureurs redoutent, fauche littéralement le peloton.
Le bilan est très lourd. Très lourd. Cinq coureurs sont sérieusement blessés. Parmi eux, l’Italien Fabio Casartelli gît en position fœtale, son sang macule la route : son visage vient de heurter un plot en béton. Fabio Casartelli est héliporté en urgence au CHU de Tarbes. Il est dans le coma. Après trois arrêts cardiaques, il succombe à ses blessures. Annalisa, sa jeune épouse est impuissante devant la télévision où elle a tout vu. Apprenant son état grave, elle prie avec sa belle-mère, qui a un terrible pressentiment, et une cousine de Fabio. Mais l’appel tant redouté arrive. Oui, Fabio Casartelli est mort, il avait seulement 24 ans. Les coureurs sont en pleurs en apprenant la nouvelle. Ils resteront silencieux les huit heures de l’étape du lendemain.
Marié deux ans plus tôt
Ce drame s'abat sur un jeune ménage. En effet, Fabio et Annalisa Casartelli s'étaient mariés deux ans plus tôt dans l’église d’un village de Forli. Ils avaient à peine 23 ans : "Beaucoup pensaient que c'était trop tôt et que nous aurions pu attendre encore un peu. Mais Fabio et moi étions fatigués de se voir à peine quelques jours par mois et de faire tous ces kilomètres pour être un peu ensemble, confie aujourd'hui sa veuve à Aleteia. Pour nous, il a été naturel d'arriver plus tôt que d'autres au mariage." Annalisa s’installe chez lui, dans la région de Côme. Et même si son métier le fait trop voyager alors qu’ils apprécient leur simple compagnie réciproque, un enfant vient bientôt les combler. Marco naît au printemps 1995, quelques semaines avant le départ du Tour de France. Son père garde précieusement sa photo sur lui : "Il pensait déjà au moment où il pourrait jouer un peu avec lui. Il voulait gagner une étape du Tour de France pour rapporter à Marco la peluche mascotte de la course," se souvient Annalisa.

Son coéquipier et ami, Davide Cassani, confie comment sa paternité semblait le transformer : "Il m’avait dit qu’il se sentait une autre personne depuis la naissance de son fils Marco. Il était troublé, se désolait d’avoir si peu vu son enfant qui avait deux mois avant de partir sur le Tour". L’ancien journaliste et commentateur du tour Jean-Paul Ollivier se souvient aussi : "Il me parlait de son fils qui venait de naître, juste avant le départ du Tour de France, et il souhaitait que la course se finisse vite pour retrouver sa femme et son enfant". Fabio avait prévu de faire baptiser Marco dès son retour.
Annalisa, sera finalement seule pour le faire baptiser. Pas n’importe où d’ailleurs. À la chapelle Madonna del Ghisallo, patronne universelle des cyclistes, près du lac de Côme. Elle y remet également le vélo cabossé sur lequel est mort son époux à ce sanctuaire si cher au cœur des cyclistes. On l’y trouve encore. Et l’on trouve au sanctuaire Notre Dame des cyclistes, son équivalent français dans les Landes, son maillot de champion olympique. À son fils qui grandit et qui l’interroge sur son père, Annalisa explique que Fabio roulait à vélo et qu’un jour, sur une course, il a fait une grosse chute. Mais qu’avant qu’il ne souffre, un ange est arrivé et l’a pris avec lui au Paradis. En grandissant, Marco a beaucoup ressemblé au père qu’il n’a jamais connu.
La foi de Fabio
L’émotion suscitée par la disparition de Fabio Casartelli, aussi près de Lourdes, n’a pas épargné le peloton. Elle a rapidement suscité un langage mystique pour évoquer sa mémoire. "Rappelé à Dieu" souligne ainsi Gérard Holtz pour parler de lui. Bientôt des coureurs assurent ressentir son aide pour gagner une course quand ils ne lui dédient pas une victoire, index pointé vers le Ciel. Tous les ans, une messe est dite pour lui non loin du lieu de sa disparition. Et cette année, pour les 30 ans de sa mort, un prêtre a honoré son souvenir à la Madonna del Ghisallo : "Chaque jour de notre vie doit être compté, c’est-à-dire vécu en plénitude. C’est ce que Fabio a fait : il a donné de la valeur à ses jours, il les a vécus en plénitude, il ne les a pas gaspillés. Sa vie a été un don qu’il a reçu."
Fabio Casartelli portait un crucifix à chacune de ses courses. Une large croix qui orne sa poitrine sur son podium triomphant aux Jeux Olympiques de Barcelone en 1992, et qu’il portait autour du cou le jour de son accident. "Il avait aussi ses petits défauts, comme tous les garçons de 24 ans", admet aujourd’hui sa veuve qui ne se lasse pas de décrire sa profonde humilité et son altruisme, y compris en course. Mais avec les années, des signes singuliers sont apparus. En 2014, Rosa, sa maman, a révélé la démarche de personnes pieuses, et pas seulement superstitieuses. On lui a confié prier son fils en demandant son intercession. Comme l’on s’adresse à un saint pour être exaucé.
La protection de Fabio Casartelli
Le jeune italien a un héritage visible, d’abord à travers les actions de la Fondazione Fabio Casartelli notamment destinées à la jeunesse. Sa mort a aussi conduit à rendre obligatoire le casque sur le Tour, ce qui a sauvé des vies, et à une plus grande sécurisation du Tour de France et de son parcours. Mais il y a aussi ces mystérieuses histoires où Fabio Casartelli semble agir comme ange gardien. Parmi elles, l’histoire de Fabio Jakobsen. Le 31 août 1996, une Néerlandaise touchée par le drame qui s’est produit l’année précédente prénomme son enfant… Fabio. Il s’agit de Fabio Jakobsen. Il deviendra cycliste professionnel.
Souvenez-vous, c’est lui, lors du Tour de Pologne 2020 qui chuta lourdement lors d’un sprint final, bousculé par un coureur lancé à pleine vitesse contre les barrières. La violence du crash est inouïe. Fabio Jakobsen baigne inconscient dans son sang, les os brisés : "Je me souviendrai jusqu’à ma mort de l’appel du docteur Vanmol. Il était en Pologne, il a pleuré et m’a dit que Fabio allait mourir", a raconté son manageur. Fabio Jakobsen est dans le coma, son pronostic vital est engagé. Son réveil sonne comme un premier miracle. Ses multiples opérations y ressemblent aussi. mais le voilà qui marche à nouveau, se rétablit complètement et reprend même le guidon… Revenu au plus haut niveau, il s’offre même une victoire sur le Tour de France ! Comme si le Ciel l’avait voulu.












