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Est-il vraiment moral de gagner beaucoup d’argent ?

UN HOMME RICHE REGARDE SA MONTRE

Un homme regarde sa montre dans la rue.

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Pierre d’Elbée - publié le 17/07/25
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Une question candide, mais toujours brûlante : est-ce moral de gagner plus d’argent qu’autrui ? Le consultant en entreprise Pierre d’Elbée donne quelques clés pour poser justement la question, et montrer comment l’enrichissement peut-il être éthique (ou non).

Cette question ingénue est posée par un jeune diplômé d’une grande école qui prend conscience qu’il peut vite gagner beaucoup d’argent. Il est vrai que certains sont devenus milliardaires très tôt : à 19 ans, alors étudiant au MIT, l’américain Alexander Wang fonde sa start-up Scale AI ; à 28 ans, sa fortune est estimée à 3,6 milliards de dollars. Lucy Guo, talentueuse cofondatrice de la même start-up, devient la plus jeune femme milliardaire avec une fortune estimée aujourd’hui à 1,2 milliard de dollars. Austin Russel n’a que 17 ans quand il fonde Luminar Technologies qui produit des LIDAR, une technologie qui permet à un véhicule de "voir" son environnement en 3D en mesurant sa distance avec les objets qui l’entourent à l’aide de rayons laser. Décidément, la "valeur " n’attend pas le nombre des années !

L’approche "morale" de cette question est assez simple : elle porte sur "comment" cet argent a été gagné, et sur l’usage que son propriétaire en fait, le comment et le pour quoi ne pouvant jamais être tout à fait séparés pour légitimer une fortune. En ce qui concerne le comment, posons une question provocatrice : "Sur le dos de qui ?" L’analyse marxiste voit en effet dans la plus-value produite par les salariés un profit confisqué par le propriétaire, d’où une forme d’injustice inscrite dans le système capitaliste. Une autre vision est pourtant possible, par laquelle le capital et le travail sont complémentaires, et non structurellement opposés. D’une façon générale, le gain est légitime à condition d’être fondé sur le traitement juste et — pourquoi pas — généreux, des collaborateurs. Comme quoi ce qui est légal mérite d’être complété par des critères éthiques. 

L’argent, pour quoi faire ?

En ce qui concerne l’usage d’une fortune accumulée, Andrew Carnegie (1835 – 1919), magnat américain de l’acier (Carnegie Steel) nous laisse une formule saisissante : "Un homme qui meurt riche meurt déshonoré !" De fait, il a fait don de 90 % de sa fortune pour construire plus de 2500 bibliothèques publiques dans le monde, et financer la Fondation Carnegie pour la paix, la science, l’éducation. L’argent acquis selon le "toujours plus" perd son sens quand il a pour unique horizon l’accumulation de richesses. Il constitue selon l’adage "un bon serviteur et un mauvais maître" : le vrai maître de l’argent est le service du bien commun

Un autre point mérite d’être mentionné dans le fait de gagner (rapidement) beaucoup d’argent. L’argent possède un immense pouvoir symbolique et émotionnel. Même s’il est gagné honnêtement, il peut provoquer chez les autres des sentiments violents d’envie et de suspicion, caractéristiques de ces "passions tristes" dont parle Spinoza. René Girard montre de façon lumineuse que sans repères éthiques, on est facilement prisonnier du désir mimétique : on jalouse le riche, on cherche des prétextes pour le discréditer, les tartuffes invoquent la morale pour masquer leur ressentiment !

Du sens à l’enrichissement

Dans le monde professionnel, nous ferions volontiers appel à trois vertus essentielles pour gérer sainement l’argent : d’abord l’honnêteté qui respecte toujours le critère de la justice, légale certes, mais également morale, comme ce chef d’entreprise qui accorde à ses collaborateurs davantage que ce qui est légalement exigé en signe de reconnaissance. La tempérance ensuite, cette vertu qui régule les émotions et les désirs : en sortant du "toujours plus", les plus riches peuvent librement viser le service d’autrui, véritable destination des biens en surplus. La tempérance est aussi une vertu de l’élégance qui inscrit de la mesure dans le rapport personnel à l’argent, aux antipodes de la cupidité. La magnificence enfin, qui consiste à oser dépenser de grandes sommes pour des causes nobles, de manière belle et ajustée. Cette vertu ne vise pas l’ostentatoire qui frise le ridicule, mais le service objectif d’une cause incontestable pour le bien de tous. C’est sans doute la signification la plus profonde et universelle du bénéfice : "faire du bien". 

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