Dans le but de "rééquilibrer les comptes publics", le Premier ministre François Bayrou propose notamment la suppression du caractère férié du 8 mai et du lundi de Pâques. Le principe est le même que pour la "journée solidarité", autrement dit une journée de travail non rémunérée. L’obligation de travailler sans être payé n’a rien d’anodin. Dans l’ex-Union soviétique, c’était la défunte "Journée du Parti communiste". Ce glissement symbolique interroge. On change en profondeur le sens même de la solidarité.
Des ballons d’oxygène pour le lien social
Sur le plan économique, le mécanisme consiste en un prélèvement de 0,3% sur la masse salariale. En l’espèce, ce taux atteindrait 0,9%. Vous noterez que les seules journées ne rapportant rien à l’État, sont celles non rémunérées, 0,9% de zéro étant toujours égal à zéro tant que l’arithmétique existera. Plus grave, dans une société qui se désagrège, une société envahie par le matérialisme, nous avons un besoin vital de périodes de respiration permettant de conserver ou de retisser le lien social. Avec le dimanche, les jours fériés font partie de ces temps indispensables qui favorisent l'épanouissement de la vie familiale, personnelle, associative et spirituelle. Subsidiairement, ce sont des ballons d'oxygène pour bien des activités économiques, souvent situées loin des grandes métropoles.
Pour mémoire, avec onze jours fériés, la France est dans la fourchette basse de l’Union européenne, Union pour laquelle notre contribution est en augmentation de 7 milliards d’euros cette année. Doit-on, au nom de l’indispensable lutte contre les déficits, gommer notre histoire et nos traditions ? À l'heure où l'antisémitisme se répand, est-il utile de priver les enseignants d'une occasion d'expliquer l'horreur du nazisme et de mettre en avant ces justes qui ont combattu la "bête immonde" ? Ne sommes-nous pas redevables à tous ceux qui se sont battus et parfois ont sacrifié leur vie pour que "vive la France" ? Est-ce de trop que leur consacrer un 8 mai et un 11 novembre ?
Les marqueurs de notre histoire commune
Quant au lundi de Pâques, Aleteia rappelle que ce "lundi de l’Ange" a été introduit dans la liturgie chrétienne dès le IVe siècle. Le caractère férié de ce premier jour de l’octave de Pâques, n’est en réalité qu’une compensation : celle de la suppression des huit jours chômés qui suivaient autrefois l’anniversaire de la Résurrection du Christ.
Comment faire nation lorsque les marqueurs de notre histoire commune sont peu à peu effacés ? Comment aimer, et faire aimer la France, si l’ambition de nos dirigeants est de la transformer en une simple zone économique, ignorante de nos traditions et de nos coutumes ?










