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Cisjordanie : le feu, arme de terreur contre les chrétiens

TAYBEH-PALESTINE-ISRAEL-AFP

diplomates et hauts représentants de la chrétienté en Terre Sainte se sont rendus ce lundi 14 juillet à Taybeh (Palestine).

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Jean-Baptiste Noé - publié le 15/07/25
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Taybeh, le dernier village chrétien de Cisjordanie, est attaqué depuis plusieurs semaines par des incendies volontaires lancés par des colons israéliens. Le géopoliticien Jean-Baptiste Noé raconte comment ce dernier noyau chrétien de Palestine tente de résister aux haines et aux guerres.

Les champs sont brûlés, les flammèches de l’incendie ont léché quelques maisons, menaçant même de détruire l’église Saint-Georges, église byzantine du Ve siècle. Au milieu des champs en cendre, les oliviers se dressent toujours, résidus d’ombre et de verdure dans des paysages désolés. Les incendies ont été allumés les 7 et 11 juillet dernier par des colons israéliens. Une arme de terreur destinée à faire fuir les quelques centaines d’habitants de Taybeh, derniers Arabes chrétiens de Cisjordanie, dont les ancêtres ont été évangélisés par les apôtres et qui vivent sur ces terres depuis plus de 2.000 ans. Située à une cinquantaine de kilomètres de Jérusalem, la ville subit une intense pression des colons qui cherchent à faire fuir les habitants pour récupérer leurs terres. Des vexations orchestrées d’abord par le bétail : les colons font paître leurs vaches sur les terres du village, pour marquer leur occupation et pour empêcher les villageois de se rendre dans les champs d’oliviers. Des vaches qui endommagent les troncs des arbres, alors que la production d’huile d’olive est l’une des rares ressources des habitants.

Le soutien du patriarche

Comme cela n’a pas suffi, il y a l’arme du feu. Une première fois le 7 juillet signalait VaticanNews, une deuxième le 11. Des incendies dans des lieux où la végétation est sèche et l’eau rare afin de créer le maximum de dégâts, obligeant les villageois à des rondes régulières, les soumettant à un stress quotidien. L’armée laisse faire et ferme les yeux, créant une situation où les chrétiens de Cisjordanie se voient contraints à l’exil.

C’est pour les soutenir et faire pression sur le gouvernement israélien que le patriarche de Jérusalem, le cardinal Pizzabella s’est rendu dans le village de Taybeh le 14 juillet. Il était accompagné du patriarche gréco-orthodoxe et de plusieurs diplomates, dont le consul de France. La visite visait à apporter un soutien moral aux habitants, à faire connaître les attaques qu’ils subissent et mettre le gouvernement israélien face à ses responsabilités et ses devoirs de protection des populations civiles. C’est là l’un des leviers de la diplomatie du Saint-Siège : faire connaître les souffrances oubliées et occultées, mettre en lumière les injustices et mobiliser les diplomaties mondiales pour la défense de ces causes.

Les derniers chrétiens de Palestine

Les chrétiens de Taybeh sont parmi les derniers de Palestine. Comme tous les chrétiens d’Orient, ils ne sont pas un kyste ou des immigrés ; ils sont la population d’origine, évangélisée dès les premières décennies du christianisme, héritiers d’une théologie, d’une liturgie et d’une histoire qui a irrigué l’ensemble du monde chrétien. Le risque est de réduire ces chrétiens à du folklore, à des résidus dans des ensembles géographiques qui ont bien changé depuis l’époque romaine, à s’habituer à leur minorité et à leurs souffrances, qui ne vont pourtant pas de soi.

Léon XIV dénonce une « véhémence diabolique »

Dès le 26 juin, recevant une délégation de représentants des chrétiens d’Orient, Léon XIV a tenu à les réconforter et à évoquer leurs souffrances afin que les autorités internationales puissent intervenir. Le Pape a notamment souligné qu’"aujourd’hui, la violence belliqueuse semble s’abattre sur les territoires de l’Orient chrétien avec une véhémence diabolique jamais vue auparavant". Le terme de "diabolique" ne doit pas ici être pris à la légère. C’est bien le diable qui intervient, c'est-à-dire à la fois celui qui divise et celui qui opère un mal sans fin, comme les incendies déclenchés en juillet en sont l’une des illustrations. 

Poursuivant ses observations Léon XIV a fait remarquer que "la force du droit international et celle du droit humanitaire ne semblent plus contraindre, remplacées par le prétendu droit de contraindre les autres par la force", et c’est bien de cela qu’il est question à Taybeh : obliger les villageois par la violence pour qu’ils quittent leurs terres et que d’autres s’en emparent. Une situation dramatique qui repose sur la haine, mais aussi sur les fausses nouvelles. À cet égard, le Pape a eu des mots très rudes contre ceux qui font usage des mensonges pour déclencher des guerres, invitant à "évaluer les causes de ces conflits, à vérifier celles qui sont réelles et à essayer de les surmonter, et à rejeter celles qui sont fallacieuses, fruit de simulations émotionnelles et de rhétorique, en les démasquant avec détermination". Démasquer et dénoncer les situations émotionnelles parce que les populations "ne peuvent pas mourir à cause de fausses nouvelles".

C’est pourtant ce qui risque de se passer dans le village de Taybeh, victime des injustices et de la folie de quelques colons déterminés à effacer les dernières traces de l’histoire chrétienne.

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