separateurCreated with Sketch.

Soirées d’adolescents : le code a changé

whatsappfacebooktwitter-xemailnative
Mathilde de Robien - publié le 14/07/25
whatsappfacebooktwitter-xemailnative
L’omniprésence des téléphones portables a transformé la manière de faire la fête des adolescents. Invitations illimitées, mobilité déconcertante, partages de vidéos… Le smartphone et les réseaux ont changé les codes.

CAMPAGNE DE NOËL 2025

Pour qu'Aleteia poursuive sa mission d'évangélisation, faites un don déductible à 66% de votre impôt sur le revenu.
Ainsi l'avenir d'Aleteia deviendra aussi le vôtre.

Je donne en 3 clics

"Viens, on s’en va, ça a l’air mieux là-bas !" A l’ère numérique, l’information circule à une vitesse fulgurante, et il n’est pas rare que certains adolescents fassent la fête dans des lieux différents au cours d’une même soirée. Cela peut tenir à la musique, aux personnes présentes, à l’alcool plus ou moins limité… Une mobilité qui déconcerte quand on n’a pas les codes, et qui peut blesser. "Tout à coup, une vingtaine de jeunes ont ramassé leurs affaires et ont claqué la porte de la maison, comme si une mouche les avait piqués", raconte Valérie, 45 ans, qui a organisé une fête pour les 16 ans de sa fille chez elle, à Lyon. "Caroline a encaissé, en trouvant cela normal mais je trouve cette attitude très dure envers la personne qui reçoit et qui s’est donné du mal pour tout préparer !", confie-t-elle.

La mère de famille n’en était pas à sa première déconvenue. Alors qu’elle avait donné son accord pour inviter une trentaine d’amis, elle a vu débarquer une cinquantaine d’adolescents dans leur petit appartement. En effet, aujourd’hui, une invitation peut devenir virale en quelques minutes via les réseaux sociaux. Une soirée s’organise via une story Snapchat, un événement Facebook ou encore un groupe WhatsApp et les adolescents réunissent parfois plusieurs dizaines de personnes en un temps record. Être conscient de ces nouvelles habitudes permet d’y mettre le holà et d’imposer ses propres codes en tant que maître du lieu. Il va de soi que selon l’âge et la maturité de son enfant, être présent pendant la soirée n’est pas superflu.

Faire la fête derrière son téléphone

Même en soirée, certains adolescents ont du mal à décrocher de leur téléphone. Le smartphone sert à filmer, prendre des selfies et partager en direct sur Instagram ou TikTok. Ces nouvelles habitudes changent profondément l’ambiance. L’attention est divisée entre les conversations réelles et les notifications, entre la musique, l’instant présent et les messages. "Aux soirées, c’est vrai que certains sont là sans être là", reconnaît Nicolas, 17 ans, qui vient de décrocher son bac et s’apprête à faire une école de commerce. "Ils filment, et partagent les vidéos en direct avec leur communauté, ou alors ils sont assis dans un coin en train de scroller."

Un constat partagé par Amandine, mère de quatre enfants âgés de 13 à 18 ans et habitant La Réunion. "Nous avons organisé plusieurs fêtes, certains jeunes ont tenté de sortir leur téléphone mais ils les ont rangés dès que nos enfants le leur ont demandé. Chez nous, les ados mettent leur téléphone dans une boîte dans l'entrée, et les amis qu'ils invitent sont priés de faire pareil et ils ne s'en offusquent jamais", explique Amandine.

Même la fête n’est plus vécue que derrière l’écran‚ qui oblige à rester extérieur à l’événement.

Le jeune essayiste Baptiste Detombe, interviewé récemment par Aleteia, souligne dans son livre L’Homme démantelé. Comment le numérique consume nos existences (Artège) combien le sentiment d’appartenance à une "vraie" communauté est mise à mal par l’omniprésence des téléphones. "Il devient de plus en plus difficile de sentir un entourage, l’existence d’une communauté autour de soi", alerte l’essayiste. "Le numérique nous fait perdre le goût de l’aventure sociale en nous en donnant un avant-goût‚ qui apparaît pour beaucoup comme un tout. Même la fête n’est plus vécue que derrière l’écran‚ qui oblige à rester extérieur à l’événement", regrette-t-il.

S’afficher sur les réseaux

Outre le fait de passer à côté de l’instant présent, filmer pour un oui ou pour non modifie les comportements en soirée. Savoir que l’on peut à tout moment être exposé sur les réseaux n’est pas sans influence. Certains adolescents vont se prêter à davantage d’exubérance ou d’excès, dans le but de choquer ou de "faire le buzz", quand d’autres vont au contraire s’autocensurer par peur d’être filmés à leur insu. "Les contenus virtuels deviennent si communs qu’ils parviennent à nous donner l’illusion qu’il est convenable et naturel de publiciser des simples effusions émotionnelles, jusqu’aux émois les plus personnels", constate Baptiste Detombe.

Une exposition potentielle sur les réseaux, une difficulté à faire la différence entre la sphère privée et la sphère publique, qui, selon l’essayiste, mettent en danger les jeunes générations. "C’est bien pour les plus jeunes que la capacité à placer le curseur entre le privé et le public est le plus difficile. Les conséquences d’un affichage entier de soi ne les rebutent plus. Les derniers blocages anthropologiques, ceux qui mettent en avant une certaine pudeur et la retenue, se dilapident en bloc", analyse-t-il. Car cette exposition permanente rend vulnérable : une simple absence de like est parfois vécue comme une trahison. Sans compter les informations juteuses captées par les plateformes.

Lendemains de soirée

Et le lendemain, la fête continue sur les réseaux. Car nombreux sont ceux qui postent des photos ou des vidéos de la soirée de la veille. Amandine évoque en ce sens une "surenchère de photos sur les réseaux". "Cela donne parfois l’illusion qu’on a passé une super soirée, cela peut montrer que l’on sort souvent, avec le risque de blesser ou d’exclure ceux qui ne sont pas invités", analyse la mère de famille.

Partager, témoigner, oui, mais à condition de témoigner de choses qui élèvent l’âme ! "Que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux" (Mt 5,16), dit le Christ.

Vous avez aimé cet article et souhaitez en savoir plus ?

Recevez Aleteia chaque jour dans votre boite e−mail, c’est gratuit !

Vous aimez le contenu de Aleteia ?

Aidez-nous à couvrir les frais de production des articles que vous lisez, et soutenez la mission d’Aleteia !

Grâce à la déduction fiscale, vous pouvez soutenir le premier site internet catholique au monde tout en réduisant vos impôts. Profitez-en !

(avec déduction fiscale)