À la fin du mois d’août, le père Bernard Planche, du diocèse du Puy-en-Velay, conclura cinq années de mission en tant que conseiller ecclésiastique au sein de l’ambassade de France près le Saint-Siège à Rome. La responsabilité qu’il a assumée est unique en son genre : celle d’un prêtre au service de la diplomatie française.
Selon la fiche de poste du ministère des Affaires étrangères, le conseiller ecclésiastique "conseille le chef de la mission diplomatique sur les questions nécessitant un éclairage religieux", sur le fonctionnement du Saint-Siège et de l’Église en France. Il est nommé pour quatre (voire cinq) ans en tant que collaborateur privilégié de l’ambassadeur. Pendant cette période, il est un authentique représentant de la diplomatie française.
Il existe aussi un poste de "conseiller aux affaires religieuses" au consulat de Jérusalem. Depuis 2024, il est cependant occupé par une laïque, l’ancienne journaliste de Radio Vatican Manuella Affejee. De sorte que le conseiller ecclésiastique de l’ambassade de France près le Saint-Siège est l’unique prêtre employé par le ministère des Affaires étrangères. La France, en revanche, n’est pas le seul pays à disposer d’un conseiller ecclésiastique à Rome. Une quinzaine de pays, tels que l’Allemagne, la Belgique ou l’Espagne, emploient aussi un prêtre-diplomate.
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Bénéficiant d’une connaissance concrète de la vie sacerdotale et du fonctionnement de la hiérarchie catholique, le conseiller ecclésiastique joue un rôle clé dans les relations avec les responsables de la Curie romaine, l’administration qui entoure le pape. Le père Planche souligne son rôle d’interface : "Il s’agit de veiller à ce que l’information que l’ambassade fait remonter soit bien comprise, expliquée et accessible, que ce soit pour les institutions au service de l’État à Paris ou pour les autres ambassades du réseau diplomatique français. C’est vrai aussi dans l’autre sens : le travail diplomatique consiste parfois à expliquer la politique française, intérieure ou étrangère, pour qu’elle soit bien comprise par le Saint-Siège".
Un relais dans les échanges avec la communauté catholique française
Le conseiller ecclésiastique est aussi un relais essentiel dans les échanges avec la communauté catholique française, notamment celle de Rome. Celle-ci évolue dans les cinq églises que la France compte à Rome, mais aussi dans le séminaire pontifical français, ou dans certaines congrégations religieuses ou universités pontificales romaines. Le conseiller ecclésiastique facilite aussi l’accueil de représentants catholiques français de passage à Rome.
Pendant toute sa mission, le prêtre-diplomate réside à Rome, où la France lui finance un appartement. Tous les jours, il travaille dans les bureaux de l’ambassade de France, à la villa Bonaparte, avec la petite équipe qui entoure l’ambassadeur. Il lui arrive même de représenter ce dernier lors de certains événements.

Une des missions du conseiller ecclésiastique concerne les nominations d’évêques en France : il informe la diplomatie française du choix du pape, apportant un éclairage sur le profil du nouvel évêque et sur la réalité ecclésiale du diocèse qui lui est confié. Avant que la nomination soit rendue publique, le gouvernement français dispose d’un délai d’environ un mois pour émettre d’éventuelles réserves – mais "il ne s’agit pas d’un droit de veto", souligne le père Planche. Une autre mission consiste à suivre de près les procès de béatification et de canonisation qui concernent des Français.
Le conseiller ecclésiastique a aussi la charge de l’organisation de toutes les célébrations pour la France. Cela implique notamment, chaque 31 mai, la préparation de la "messe pour la France" en la basilique Saint-Pierre de Rome à l’occasion de la Sainte Pétronille, patronne de la France et des Français à Rome. Le conseiller organise aussi une autre messe "pour le bonheur et la prospérité de la France" en la basilique Saint-Jean-de-Latran chaque 13 décembre à l’occasion de la Sainte Luce. Cette tradition remonte au règne d’Henri IV, qui, faisant un don au chapitre des chanoines de cette basilique, avait obtenu pour lui et ses successeurs le titre de "chanoine honoraire" – encore porté aujourd’hui par le président de la République.












