L’abbé Louis Favre est un jeune prêtre de 30 ans en 1940. Il fait partie d’une génération qui a grandi dans le souvenir de la première guerre mondiale, lui encore plus que d’autres car son père meurt sur le front en 1917. Épris d’art et de musique, passionné par l’enseignement, le jeune prêtre exerce ses talents d’éducateur au collège salésien de Ville-la-Grand, bourgade située en Haute-Savoie, le long de la frontière franco-suisse. La situation géographique de cet établissement, appelé le Juvénat, est déterminante pour la future activité de l’abbé Favre. En effet, l’école possède un jardin dont le mur est construit sur la frontière même. Une fois ce mur franchi, on se retrouve dans le canton de Genève. Cette position privilégiée en temps de guerre fait basculer le destin de Louis Favre, et même celui de l’établissement tout entier.
Sous l’impulsion du jeune prêtre, le Juvénat devient un centre de passage vers le pays de liberté qu’est la Suisse. Les premiers bénéficiaires de cette filière sont de jeunes Hollandais qui ont réussi à fuir leur pays envahi. Ce sont ensuite des pilotes alliés abattus qui passent le fameux mur de l’école, puis des résistants dont l’activité a été découverte par l’ennemi, et des réfugiés juifs. En tout, presque 2.000 personnes sont sauvées par la filière de l’abbé Favre, dont de nombreux enfants et adolescents juifs.
Esprit de charité et détermination
Certains de ses confrères sont tout d’abord circonspects face à cette activité pour le moins risquée, mais ils sont rapidement convaincus par l’esprit de charité et la détermination qui animent le jeune prêtre. Et finalement, grâce à l’implication de l’ensemble du corps enseignant, tous prêtres ou frères, le Juvénat devient l’un des principaux centres de résistance de toute la région.
L’activité d’exfiltration se double par la participation à un réseau de collecte de renseignements. Ainsi, l’abbé Favre est à la fois un agent de renseignements pour la résistance française, mais aussi pour les services secrets suisses. Il collabore étroitement avec l’antenne genevoise des services helvétiques de renseignements. Cette activité d’espion l’oblige à se rendre lui-même régulièrement à Genève. C’est sans doute lors de ces déplacements qu’il est repéré par la Gestapo.
Emprisonné et torturé
Le 3 février 1944, des troupes nazies pénètrent dans l’école à la recherche de l’abbé Favre. Ce dernier trouve refuge au fond d’un débarras pendant que sa cellule est saccagée. Cependant, les soldats deviennent de plus en plus brutaux et frappent les autres prêtres afin de les faire parler. Voyant cela, Louis Favre décide de se rendre afin de ne pas mettre ses confrères en danger. C’est une arrestation importante pour les nazis car l’abbé est l’un des promoteurs de la résistance dans la région ; son appartenance à plusieurs réseaux l’a mis en contact avec de nombreux autres résistants.
Alors que le Juvénat est définitivement fermé par la Gestapo, Louis Favre est emprisonné pendant presque six mois. Malgré les séances de torture répétées, ce prêtre d’une trempe exceptionnelle ne parle pas, ne divulgue aucun nom. Mieux encore, il soigne et réconforte les autres détenus après chaque passage à tabac. Il réussit également à faire sortir clandestinement dix-sept messages griffonnés sur des feuilles de papier, grâce au courage de sa jeune sœur Marie qui lui rend régulièrement visite. Dans ces messages adressés au service de renseignements genevois, l’abbé Favre refuse la tentative d’évasion que les Suisses veulent mettre en place pour lui. Il craint en effet que sa fuite n’entraîne des représailles sur les autres résistants arrêtés en même temps que lui. Louis Favre est finalement fusillé le 16 juillet 1944 dans une clairière non loin d’Annecy, un mois avant la libération de la ville.
L’action héroïque de ce jeune prêtre a été reconnue par la France et par Israël. Il reçoit à titre posthume la Légion d’honneur, la Croix de guerre 1939-1945 et la Médaille de la résistance. Israël lui décerne, à lui et à quatre autres religieux du Juvénat, le titre de Juste parmi les nations. Résistant car patriote et catholique, l’abbé Louis Favre eut le courage de suivre jusqu’au bout l’exemple du Christ et d’offrir sa vie pour protéger les siens.










