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Cet été et dans la vie, le pouvoir des mots

Cet été et dans la vie, le pouvoir des mots

Sur les chemins que vous emprunterez cet été, munissez-vous d'un livre et laissez les mots qu'il renferme vous planter doucement des ailes dans le dos.

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Michel Cool - publié le 13/07/25
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Emmanuel Godo, Marlène Dietrich, le pape François, Adolphe Geshé… Cet été, laissez-vous emporter par le pouvoir des mots des artistes, poètes ou théologiens qui vous aideront à penser juste en vous révélant la saveur de la "chose vue". Mieux, assure notre chroniqueur, l’écrivain Michel Cool, ils vous révéleront à vous-même.

Ce fut peut-être un non-événement de la semaine. Mais beaucoup de lecteurs ont, comme moi, ressenti un gros pincement au cœur en lisant le salut de l'artiste. Un chroniqueur à La Croix a déposé sa plume après trois ans de bons et loyaux services. L'écrivain et poète Emmanuel Godo, pour ne point le nommer, a achevé sa collaboration en signant une chronique enlevée, émouvante et haletante — rédigée en une seule et longue phrase dépourvue de phrases ponctuées ! — en rendant un sublime hommage à "tous ceux qui œuvrent, chaque jour, dans les écoles, les collèges, les lycées, les universités, les musées, les bibliothèques, à ce que l’esprit et la déchirante et limpide beauté aient encore leur place dans le monde, comme antidotes au simulacre, à la facilité et à l’artifice, ces trois cancers galopants d’aujourd’hui, et singulièrement saluer les professeurs, puisqu’il convient de les nommer par leur nom digne et pas à travers ce diminutif de “profs” ou cet euphémisme d’"enseignant" ayant pour but d’en faire des agents de la démission spirituelle, non, les professeurs, qui croient encore à la connaissance, à la culture, à la vertu du haut langage…" Nous laisser ainsi emporter par le pouvoir de ses mots, dont celui de dessiller nos yeux rompus jusqu'à la lassitude d'habitudes de voir, n'est-ce pas ce qu'un écrivain peut nous offrir de plus magnifique ?

Le tempérament de Marlène

Un autre pouvoir des mots : celui de faire toute chose nouvelle. Depuis quelques jours je marche avec bonheur sur les pas d'une des plus grandes artistes internationales du XXe siècle en lisant ses mémoires, heureusement rééditées chez Grasset : Marlène Dietrich. Cocteau disait que "son nom débute comme une caresse et s'achève par un coup de cravache". Et Malraux surenchérissait : "Marlène Dietrich n'est pas une actrice, comme Sarah Bernhardt ; elle est un mythe, comme Phryné." Je ne soupçonnais pas à quel point cette femme extraordinaire, à la voix rauque et brisée de "Lili Marlène", avait tendrement aimé sa mère, la musique, la France, Paris, la solitude et puis les livres qu'elle lisait sans modération et avec un esprit critique acéré. Je ne savais pas… et ce sont là encore les mots de son autobiographie qui m'ont révélé ce pan ignoré de son existence tellement éblouie par les spotlights des studios d'Hollywood et des salles de concert les plus prestigieuses du monde.

Et puis j'ai découvert et surligné cette citation, cette devise qu'elle a gardé toute sa vie, un peu comme un talisman, après l'avoir expérimentée pendant son enfance orpheline de père tombé au combat pendant la Grande Guerre : "N'ouvre pas la bouche si tu n'as rien d'intéressant à dire, ne te contente jamais de détruire ce que tu n'aimes pas. La Vie n'est pas un champ de roses, elle n'est ni tout miel ni tout sucre, mais la Vie est bonne si tu luttes pour qu'elle le soit." Malgré la guerre, confie-t-elle, son enfance fut "merveilleuse". Comment cela fut possible ? Outre la chance et malgré ses défauts, reconnaît-elle, ses leçons de piano et de violon, ses nombreuses lectures lui enseignèrent certaines "bonnes choses" et lui apprirent à "garder les pieds sur terre". Forte de cet apprentissage, Marlène sut affronter l'une des épreuves capitales de son existence : s'exiler quand son pays natal, l'Allemagne, se livra corps et âme au Méphistophélès nazi. On qualifie souvent de "trempé" ce genre de caractère déterminé et incorruptible. Mais "trempé" dans quoi ? S'agissant de Marlène, son tempérament fut précocement "trempé" dans l'encrier d'auteurs et de compositeurs qui lui balisèrent un voyage intérieur dont elle ne se départit jamais plus.

Les mots du pape François

Les mots nous font voyager autour de la terre, mais aussi et surtout au fond de nous-mêmes. Ils nous rappellent le sens profond de notre existence, de notre pèlerinage terrestre. L'écrivain Charles Wright est l'auteur de la magnifique préface d'une anthologie de textes du pape François, qui vient de paraître, et intitulée La foi est un voyage. Méditations pour les voyageurs et les pèlerins (Équateurs). Il souligne deux aspects importants du magistère du pape François, malheureusement souvent éclipsés : d'abord le style littéraire de sa prédication. Les mots du pape argentin avaient de la saveur, du croquant parce qu'ils étaient des fruits de l'expérience, des "choses vues" comme disait Victor Hugo. Le pape argentin se méfiait des concepts et des abstractions dont se gargarisent à satiété les idéologues. Il leur préférait les "récits de saveurs familières", pour reprendre le titre éloquent du dernier ouvrage paru d'Erri de Luca.

Papież Franciszek o śmierci. Jeden z ostatnich tekstów

Le second aspect de l'enseignement de François discerné par Charles Wright, c'est de rappeler que la vie humaine est un pèlerinage. Nous sommes tous de passage. Et ce que nous pouvons laisser de plus beau et éternel derrière nous, ce sont nos actes et nos mots d'amour. Eux, à la différence de nos pauvres carcasses ensevelies ou consumées, ne disparaîtront pas du cœur et de la mémoire de nos survivants. À cause de gestes et de paroles profondément humains, qui ont fait tressaillir nos entrailles, le pape François ne sombrera pas dans l'oubli.

Le désir de penser juste

Pour finir ce bref éloge des mots dont l'intensité est capable de rivaliser avec la lumière des plus beaux étés, comment ne pas évoquer le grand théologien belge francophone Adolphe Geshé (1928-2003). Pour penser Dieu, il pensait avec les mots et l'écriture des hommes et des femmes de lettres. Toute son œuvre est ainsi obsédée par le désir de penser juste et d'apprendre à bien penser. L'Évangile était en sorte la grande bibliothèque vivante de la pensée juste et bonne. "Ouvrir un livre, c'est souvent recevoir la visite d'un ange", écrit Geshé. En lisant actuellement un de ses ouvrages Les Mots et les Livres, c'est une véritable envolée d'anges qui m'accueille, m'enchante et m'entoure tandis que je chemine avec sa pensée. Sur les chemins que vous emprunterez cet été, munissez-vous d'un livre et laissez les mots qu'il renferme vous planter doucement des ailes dans le dos. Vous vous sentirez plus légers, plus libres, plus vous-mêmes aussi. Mais surtout, vous ferez l'expérience d'un miracle que les amoureux de la lecture connaissent et recherchent avidement : les mots se mettent soudain à chanter en vous, comme s'ils vous révélaient une part de vous-même. La meilleure part, sans nul doute.

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