Avec 1,4 million d'abonnés sur Facebook, 856.000 sur YouTube et 404.000 sur Instagram, François-Joseph Reno, dit Franjo, est devenu en dix ans une étoile montante du stand-up. L'humoriste dont la carrière s'est envolée pendant le confinement de 2020 avec des vidéos hilarantes où il remettait en cause les absurdités de la situation, toujours avec humour et bienveillance, remplit aujourd’hui les salles en France comme à l’étranger. Un succès qui ne lui monte pourtant pas à la tête. Produisant lui-même ses tournées, écrivant ses textes et réalisant ses créations vidéo, le comédien est en permanence sur tous les fronts et s’attèle à tout avec passion. Pour Aleteia, le stand-upper est revenu sur ses débuts, son travail, sa vision de la société, mais aussi sur sa foi.
Aleteia : À quel moment vous êtes-vous dit que faire rire était votre voie ?
Franjo : C'est venu progressivement. Je crois que ça remonte au collège, quand j'ai découvert que même si tout le monde se moquait de moi, je les faisais rire et ça me procurait pas mal de bonheur. Même si ça avait ce mauvais côté de passer pour un abruti, ce qui est toujours d'actualité parce que quand tu fais rire les gens tu n’es pas toujours pris au sérieux. Mais ça a mis un peu de temps à vraiment émerger. Avant de me lancer dans l’humour, j’ai joué au poker pour gagner ma vie pendant trois ans. Ensuite, j'ai essayé le théâtre. Un soir, il y avait une scène ouverte au SoGymnase Comedy Club à Paris. Il fallait faire cinq minutes de blagues. Je suis allé voir un ami, Lyes Arkoun, et j’ai fini par m’inscrire aussi. Trois semaines plus tard, je faisais mes premières blagues tout seul sur scène, et j'étais beaucoup moins marrant que ce que je pensais. Depuis, j'ai travaillé pour être plus marrant et je travaille encore pour l’être.
Pensez-vous apporter de la joie aux gens ?
J'ai du mal à voir que je procure vraiment un moment de joie aux gens car j'ai un gros syndrome de l'imposteur. J'ai l'impression d'être parfois un peu une arnaque. Mais j'ai des très bons retours des gens après mes spectacles. Ils disent “ça m'a fait du bien sur plusieurs jours, voire sur une longue période, de voir ce spectacle”. Je ne me rends pas compte que l’effet est aussi bon. Donc je pense qu'on peut dire avec un peu d'arrogance que je distribue un peu de joie à certaines personnes.
Vous ne faites pas que faire rire les autres, vous élevez aussi un peu à la réflexion ?
J'essaye. Je sais que les gens me reconnaissent parce qu'ils aiment bien quand je traite un sujet, que j'ai plusieurs points de vue différents et que je les confronte souvent. J'aime bien faire un abruti, un mec pour, un mec contre. J'adore jouer à l’abruti parce que c'est vraiment là que je me reconnais le plus. Ce n'est vraiment pas un rôle de composition. Souvent on me demande mais lequel des trois tu es ? Parfois je suis un peu les trois parce que je trouve que chacun a des arguments qui sont intéressants. Actuellement, on a du mal à se dire qu’on peut penser des choses opposées ou des choses qui sont contradictoires, parce que dans chaque camp, il y a des arguments pour et contre qui tiennent. Et les gens veulent absolument te dire soit tu es contre, soit tu es pour. Il n’y a plus trop de nuances actuellement et c'est pour ça que ces vidéos plaisent. On peut avoir un avis qui n'est pas forcément blanc ou noir, mais qui est juste gris. Je pense qu'on est nombreux à être frustrés de ne pas pouvoir être représentés, nous les gris.
Vous bousculez aussi un peu le public. Vous n'avez pas peur pour votre carrière ?
Si je ne fais pas de mauvais gestes, logiquement je devrais réussir à m'en sortir. Bien sûr, j'ai eu des problèmes à l'époque du vaccin contre le Covid parce que j'aime bien remettre les choses en question. Ce n’était même pas anti-vaccin ou pro-vaccin, c'était juste pour rigoler parce qu'il y avait des polémiques autour, savoir ce que c’était vraiment la solution, etc. Mon compte X a été fermé à l'époque. Donc oui, il y a quelques risques parfois à prendre une position et surtout remettre en question des choses qui sont impossibles à discuter actuellement.
Actuellement, on a du mal à se dire qu’on peut penser des choses opposées ou des choses qui sont contradictoires, parce que dans chaque camp, il y a des arguments pour et contre qui tiennent. Et les gens veulent absolument te dire soit tu es contre, soit tu es pour.
J'ai sorti dernièrement une vidéo sur l'avortement. Je sais que c'est hyper “touchy” mais pour moi ce sont des sujets qui doivent être abordés. Et ça me plaît d'aller chercher des sujets qui sont dans la pensée commune ou la pensée unique. Je trouve ça intéressant de se dire : “Ce qui est supposé être acquis, est-ce que c'est forcément bien ?” Moi j'aime bien aller là-dedans, j'aime bien remettre en question les choses.
Vous faites rire les autres, vous leur apportez de la joie, vous les pousser parfois à la réflexion. Mais vous, qu'est-ce que cela vous apporte personnellement ?
Faire rire les gens, c'est très gratifiant. Il y a une récompense émotionnelle énorme. Je ne sais pas si je peux dire que je rends les gens plus heureux, mais en tout cas, je les fais rire et leur fais passer un bon moment. Sur Internet, il y a des commentaires de gens qui me soutiennent. C'est une forme de reconnaissance. Ça apporte beaucoup de joie de voir que les gens aiment mes vidéos et mes spectacles. En tant qu’artiste, je ne suis peut-être pas le seul à avoir un énorme égo, être en quête de reconnaissance et d’une certaine valeur. Dans mon écriture, ça me fait beaucoup réfléchir. Le but c'est toujours essayer d'aller vers la pertinence. Et il y a peu de métiers finalement où on peut réfléchir à un sujet et savoir si c'est bien ou mal. Qu'est ce qu'il y a de vrai dans ce sujet ? Qu'est ce qui est pertinent ? Et moi, ça fait partie de mon travail et ça m'apporte beaucoup.
Vous avez reçu une éducation catholique. Est-ce que la foi a une place dans votre vie aujourd'hui ?
Oui. D’ailleurs dernièrement, j'ai traité un peu le sujet de la foi sur scène et en vidéo. J'ai écrit une vidéo qui s'appelle Religions, où il va y avoir trois représentants de différentes religions qui vont s'affronter avec des arguments différents. Ce sont des questions que je me pose encore, à savoir est-ce que j'ai la foi ? Si oui, sinon, qu'est ce que ça m'apporte et quelle est la place de ma religion par rapport à mon entourage et par rapport aux gens qui ont une autre religion etc. Donc c'est vraiment des réflexions que j'ai encore maintenant sur le catholicisme.
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