À la faveur de l’année jubilaire, qui court depuis le 24 décembre dernier et jusqu’au 6 janvier prochain, nombreux sont les "pèlerins d’espérance" qui vont arpenter les rues de Rome. Pour, évidemment, puisque telle est la traditionnelle démarche, pour passer les quatre portes saintes des basiliques majeures (Saint-Pierre du Vatican, Saint-Paul-hors-les-Murs, Saint-Jean du Latran et Sainte-Marie-Majeure). Mais la Ville éternelle est riche d’un patrimoine très varié et parfois inattendu qui réveille la foi, loin des sentiers les plus connus.
Deux guides, parmi d’autres, différents mais complémentaires, peuvent aider le voyageur à découvrir Rome autrement. Le premier, un Guide de Rome : aux sources de la civilisation chrétienne et occidentale, publié chez Salvator en avril. Alain Deblock, son auteur, directeur de l’agence de voyage Terralto, fort d’innombrables déambulations dans la cité papale et d’une curiosité insatiable, tâche de décrypter les symboles, de faire prendre conscience à chacun de la profondeur historique et spirituelle des sites visités. Le second, réédité et actualisé en mai par les éditions Jonglez, Rome insolite et secrète : le guide écrit par les habitants et qui permet de devenir plus intime avec une ville aux milles anecdotes, d’incarner sa découverte. D’après ces lectures, voici une liste, forcément subjective, des dix lieux, moments ou balades qui font grandir dans la foi à Rome.
1Les fouilles de Saint-Pierre

En dessous de l’église la plus importante de la chrétienté se cache l’un des trésors les plus stimulants pour la foi. Bien qu’il soit difficile de visiter les "fouilles" de Saint-Pierre, ou "Nécropole", l’expérience vaut le coup. On descend dans la ville romaine du Ier siècle grâce aux travaux archéologiques entrepris depuis Pie XII, jusqu’à parvenir au niveau du chœur de la basilique, sous le baldaquin, pour se recueillir devant un tombeau qui est très probablement celui de saint Pierre.
2L’abbaye de Tre fontane
Pour le Jubilé, nombreux sont les pèlerins, si ce n’est tous, passent la porte sainte de Saint-Paul-hors-les-Murs, église construite sur la sépulture de l’apôtre Paul. Mais son martyre eut lieu à un autre endroit, pas si loin. Privilège de citoyen romain, Paul fut décapité. L’on raconte que sa tête rebondit trois fois sur le sol, et que trois sources d’eaux jaillirent, d’où le nom de Tre fontane, "trois fontaines". Le domaine est depuis le Moyen âge une abbaye cistercienne, qui produit de la bière, avec, au fond, la basilique construite à l’emplacement de cet apparent miracle.
3Le Forum romain

Peut-être s’étonnera-t-on de voir apparaître dans cette liste le Forum, à la fois très connu et rarement considéré comme un lieu de pèlerinage. Pourtant, la lecture des pages que lui consacre l’auteur du Guide de Rome : aux sources de la civilisation chrétienne et occidentale redonne son sens à cette visite (qui peut se faire de l’extérieur, sans payer de droit d’entrée). Il s’agit là de (re)découvrir la vie de la société dans laquelle a germé la foi au Christ avec l’arrivée de Pierre et Paul dans la capitale impériale. Et de comprendre comment et pourquoi ce "marcottage" a fonctionné… au point de parvenir jusqu’à nous.
4La basilique Sainte-Pudentienne

À quelques encablures de Sainte-Marie-Majeure, on ne perd pas son temps à aller admirer la mosaïque, trop peu connue, qui recouvre le haut de l’abside de la basilique Sainte-Pudentienne, du nom de la fille d’un sénateur disciple de Pierre, Pudens. Les restes de la sœur de Praxède, qui a elle aussi sa basilique à proximité, ont été transférés ici, au-dessus de la maison familiale, quand le culte chrétien a été autorisé dans l’Empire. D’apparence plus moderne, car réaliste, que les habituelles mosaïques de style byzantin, cette œuvre est d’art romain, à la fin du IVe siècle. Elle témoigne de la foi affirmée par les premières communautés avec le Christ en majesté et une croix glorieuse, signe que la mort a été vaincue et que le Ciel est ouvert par la résurrection.
5La basilique Saint-Martin des Monts

Alors que l’Église célèbre le concile de Nicée, il n’est pas inintéressant de pénétrer dans cet édifice construit sur des restes des thermes de Trajan aménagés en lieu de culte chrétien sous le pape Sylvestre Ier. Ce successeur de Pierre est le contemporain de l’empereur Constantin, qui convoqua la première réunion œcuménique en 325. Le pape ne s’y rendit pas en personne mais fut représenté. Avant cela, une assemblée préparatoire eut lieu dans les sous-sols de l’actuelle église, plus tard dédiée à saint Martin de Tours.
6La basilique Saint-Clément du Latran

Certes, la basilique Saint-Clément, entre le Colisée et le Latran, n’est pas totalement inconnue des circuits touristiques. Alain Deblock a raison de s’y arrêter longuement dans son guide. Outre sa mosaïque d’abside, splendeur de l’art byzantin médiéval, l’intérêt de l’édifice réside dans la superposition monumentale. En descendant dans les sous-sols de l’église du XIIe siècle, on découvre une basilique du IVe et, même, les restes d’anciens bâtiments civils romains d’époque impériale et du culte rendu à Mithra, religion à mystères venue d’Orient. Car le christianisme n’est pas arrivé dans une société vierge, mais par inculturation, transformant les structures sociales de l’intérieur comme l’Esprit-saint transforme les cœurs.
7 La table de Grégoire le Grand

Le guide des éditions Jonglez conduisent nos pas dans un quartier qui n’a rien de secret mais dont la visite est plus rare, par manque de temps. Pourtant, une découverte insolite attend celui qui visite Saint-Grégoire du Celio (l’une des sept collines de Rome), près du Colisée. Avant l’église, sur la gauche, trois petits oratoires Renaissance avec de belles fresques. Le site est connu comme celui de la maison natale de Grégoire le Grand, pape du VIe siècle. Dans l’oratoire de gauche, dédié à sainte Barbe, une grande table de marbre. La tradition veut qu’elle servait tous les jours car le saint pape recevait douze pauvres à déjeuner. Un jour, un treizième convive se présenta, un ange qui sembla représenter Judas et la nécessité de pardonner. Jusqu’en 1870, les papes organisèrent donc à cette table un repas tous les Jeudis saints.
8Sur les pas des saints

La foi chrétienne est par essence incarnée. D’où l’intérêt, pour le pèlerin d’aujourd’hui qui veut vivre saintement, de marcher sur les pas de ceux qui vécurent la charité et la mission dans les rues de la Ville éternelle. Que ce soit le Poverello dans le Trastevere ou saint Ignace et saint Philippe Néri dans la Rome baroque, les deux guides rappellent qu’ils ont laissé de nombreuses traces, au-delà de leur aura spirituelle, et que l’on peut visiter leur "chambres", c’est-à-dire les pièces où ils ont vécu et prier sur leurs tombeaux. Beaucoup d’autres saints pourraient intégrer la liste, mais l’auteur de ces lignes en ajoute un seul : saint Benoît-Joseph Labre, mendiant de Dieu venu du nord de la France et enterré à Sainte-Marie-des-Monts, titre cardinalice de Mgr Jean-Marc Aveline. Via dei Serpenti se trouve la pièce où il mourut.
9Le mémorial des martyrs

Avant d’aller dans le Trastevere, quartier prisé des touristes, on peut s’arrêter avec profit à l’église Saint-Barthélemy-en-l’Île. Depuis le Jubilé de l’an 2000, cet édifice un peu à l’écart est le sanctuaire dédié aux martyrs contemporains, ces chrétiens qui, à travers le monde, dans le dernier siècle, ont témoigné de la foi au Christ jusqu’à la mort. Au sous-sol, un tout récent et petit musée a été aménagé avec des souvenirs de ces figures proches de nous. On contemple avec émotion le bréviaire du père Jacques Hamel, on lit avec effarement les chiffres des persécutions nazies ou communistes, on prie dans la chapelle aménagée au milieu d’un parcours qui n’oublie aucun continent.
10La messe en araméen de Santa-Maria in Campo Marzio

Autre moment original et ragaillardissant : participer à la messe dans cette église située à proximité de la Chambre italienne des députés. Sanctuaire du Patriarcat syriaque-catholique à Rome, la liturgie y est célébrée en rite antiochien. Un moyen de se rappeler, au cœur de la Ville éternelle, qui vit au rythme des papes, que l’Église est universelle et pas seulement latine. Elle vit aussi d’un poumon oriental. Avant Rome, c’est à Jérusalem que tout a commencé.













