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Affaire Spina : Mgr de Kerimel explique sa décision

Mgr Guy de Kerimel, évêque du diocèse de Toulouse.

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Mathilde de Robien - publié le 11/07/25
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Dans un communiqué daté du 10 juillet, Mgr Guy de Kerimel, archevêque de Toulouse, explique sa décision de nommer l’abbé Dominique Spina, prêtre condamné pour viol il y a 20 ans et actuel vice-chancelier, chancelier du diocèse. Il revient sur les points qui ont créé une vive polémique ces derniers jours.

Le décret de nomination date du 2 juin mais il n’a commencé à faire polémique que début juillet. Indiquant avoir pris "le parti de la miséricorde", Mgr Guy de Kerimel a nommé un prêtre condamné il y a 20 ans pour viol sur mineur chancelier et délégué épiscopal aux mariages pour le diocèse de Toulouse. L’abbé Dominique Spina a été condamné en 2006 en appel à Tarbes (Hautes-Pyrénées) alors qu’il était prêtre du diocèse de Bayonne à cinq ans de prison, dont un avec sursis, pour le viol d’un lycéen de 16 ans commis en 1993. Cette nomination a provoqué une onde de choc et d'incompréhension parmi les fidèles, et la colère d’associations représentant les victimes d’abus.

Par un communiqué publié sur le site du diocèse, Mgr Guy de Kerimel a souhaité répondre aux nombreuses réactions qu’a suscité sa décision. Il insiste d’abord sur la fonction, administrative, qu’occupe l’abbé Spina. Il explique qu’il ne s’agit pas, pour lui, d’une "promotion", comme le passage de vice-chancelier à chancelier le laisse pourtant entendre, mais "de la poursuite et de l’extension d’un service qu’il accomplissait déjà pour une large part".

Répondant ensuite implicitement à la crainte que le prêtre soit au contact des jeunes du diocèse, l’archevêque explique que depuis que lui-même est à Toulouse, "le père Spina s’occupe des archives de catholicité". En tant que vice-chancelier, il "gère les notifications de baptêmes, de mariages ; les extraits de baptême pour les paroisses qui le demandent. Il trie, archive, numérise des documents." En raison de la démission du chancelier actuel, Mgr de Kerimel indique avoir choisi de "maintenir la continuité de mission". "En tant que chancelier et comme avant, il continuera à travailler dans son bureau à l’archevêché ; il n’a donc aucun contact avec les jeunes, et vit de manière très discrète. Le chancelier est un homme de l’ombre dans un diocèse", écrit l’archevêque, montrant par là qu’il veille à ce que la réinsertion et le suivi des prêtres condamnés par la justice se fassent de manière sûre et encadrée.

Cette affaire met en lumière la délicate question de la place à accorder aux prêtres condamnés par la justice civile et qui ont purgé leur peine. "La société comme l’Église doivent désirer et veiller à la réinsertion, en sécurité, des condamnés", affirme Mgr de Kerimel. Et de rappeler que dans le cas de l'abbé Spina, "la victime a été reconnue, elle a obtenu justice, le crime a été dénoncé et le père Spina a passé quatre années en prison". Et à Rome, le Dicastère de la Doctrine de la foi ne l’a pas renvoyé de l’état clérical, estimant qu’il pouvait encore accomplir un ministère, notamment avec des fonctions administratives.

Le choix de la miséricorde

À la critique qui a été faite envers le diocèse d’aller à l’encontre du Droit canonique qui prévoit que le chancelier doit être "de réputation intègre et au-dessus de tout soupçon" (Can. 483 - § 2), Mgr de Kerimel répond en invitant à croire à la conversion des âmes. "Je pense que l’on peut dire cela aujourd’hui du père Spina, si toutefois nous croyons, comme la foi chrétienne et la simple humanité nous y invitent, que la conversion d’une personne est possible", déclare-t-il, soulignant les signes de conversion dont il est témoin. "Faire miséricorde à un prêtre qui a péché gravement il y a 30 ans, et qui, depuis, fait preuve d’abnégation et d’intégrité dans son service et son rapport à ses supérieurs et ses confrères, est-ce possible ?"

Dans un premier communiqué transmis le 7 juillet à l’Agence France Presse (AFP), l’archevêque de Toulouse expliquait déjà avoir "pris le parti de la miséricorde". Il développe davantage sa vision de la miséricorde, qui "ne s’oppose pas à la justice, mais va plus loin". "S’il n’y a pas de miséricorde, alerte-t-il, nous sommes les plus malheureux, car il n’y a de salut possible pour aucun d’entre nous. Ne pas faire miséricorde c’est enfermer l’auteur de l’abus dans une mort sociale ; c’est rétablir une forme de peine de mort".

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