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Quand l’inattendu vient bousculer notre vie professionnelle

JOIE AU TRAVAIL

Un homme reçoit une bonne nouvelle au travail.

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Pierre d’Elbée - publié le 09/07/25
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Au travail, des événements imprévus peuvent être féconds. Plus surprenant, note le consultant en entreprise Pierre d’Elbée, l’inattendu négatif peut se transformer en événement positif. Si l’on sait dans sa vie professionnelle demeurer dans une culture de la résilience et du rebond.

Une vie professionnelle réussie est souvent associée à la maîtrise des événements, une progression continue, des résultats anticipés et ambitieux… Ainsi la performance paraît-elle peu compatible avec l’imprévu ! Le "zéro défaut" représente l’antithèse d’un parcours aléatoire. Et pourtant, ce n’est pas si simple : un récent article du journal scientifique La Recherche montre que "les découvertes inattendues sont omniprésentes dans la recherche. 58% des publications scientifiques issues de projets biomédicaux contiennent des résultats imprévus, soulignant l’importance du hasard dans l’innovation". Le concept de sérendipité ne nous rappelle-t-il pas que de grandes découvertes sont en effet liées au hasard ? Mais nous restons encore proches de la recherche et de l’innovation. Cela serait-il également vrai dans la vie professionnelle courante ? Peut-elle intégrer cette idée que des événements imprévus soient féconds ? 

Une première chose est sûre : au travail comme ailleurs, les événements imprévisibles sont légion. Une étude de 2022 montre que 60% des managers "ont indiqué avoir vécu un événement fortuit significatif ayant influencé leur carrière". Comme quoi tout ne résulte pas de la stratégie, de la préparation, d’un diplôme ou de l’expérience : le facteur "chance" garde toute sa place, même si on l’évoque peu, en préférant présenter la cohérence de sa carrière plutôt que les circonstances favorables que l’on n’a pas vraiment méritées.

Mieux. Si 60% des responsables reconnaissent avoir connu des événements imprévisibles avantageux, environ 16% signalent des événements imprévisibles négatifs. Pourtant, il est étonnant d’observer que, parmi ces malchanceux, les trois quarts admettent que finalement, ils en ont tiré profit. À l’instar de ce jeune trader qui occupait un poste convoité à Londres : licencié au moment de la crise financière, il a dû accepter un poste à Aix-en-Provence, "moins prestigieux et moins rentable". Mais, remarqué par sa direction pour l’excellence de son travail, le voilà promu avec une rémunération meilleure qu’à Londres dans un cadre de vie bien plus agréable ! 

Résilience et culture du rebond

Quand l’inattendu négatif débouche sur l’inespéré, il devient alors un kairos — un moment opportun — qui déclenche un changement positif, même si celui-ci n’est pas immédiatement perceptible. Cela arrive dans 3 cas sur 4, si l’on se fie au témoignage des cadres interrogés dans cette étude. Comment est-ce possible ? Il faut sans doute commencer par distinguer l’événement lui-même et comment réagit la personne concernée. Les réactions spontanées — plainte, colère, découragement, résignation… — ne sont pas les meilleures devant l’imprévu : il arrive qu’on ne puisse pas faire autrement. Mais la personne humaine peut aussi faire preuve d’une extraordinaire capacité de résilience. Si elle ne reste pas prisonnière de ce qui s’oppose à ses projets, elle s’ouvre alors aux possibles, continue de chercher… Son état d’esprit est un mélange de lâcher-prise (pour se libérer de ce qu’elle ne peut pas changer) et d’ouverture au monde. Selon l’adage, il n’y a pas de gens chanceux, il n’existe que des personnes qui savent saisir les opportunités. 

Ensuite, il est utile de noter les différences culturelles sur le sujet : quand les Anglo-saxons disent take a chance, les Français parlent de prendre un risque. Dans la Silicon Valley, on vante le "fail fast, learn fast" : échoue vite, apprends vite. En France on privilégie le "fast track" : mets-toi vite sur de bons rails. Ces expressions expriment une différence de culture devant le risque ou l’échec, que l’on peut facilement étendre à une situation inattendue — a fortiori négative : là où certains cherchent à l’éviter à tout prix, d’autres y consentent assez naturellement. Que nous le voulions ou non, nous sommes largement modelés par notre culture. Résilience personnelle et culture du rebond favorisent une attitude plus sereine et féconde vis-à-vis de l’inattendu. 

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