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Investir dans les cryptomonnaies, est-ce bien catholique ?

Investir dans les cryptomonnaies, est-ce bien éthique ?

La boussole de tout chrétien qui investit dans les crypto-actifs doit être celle de tout investissement répondant aux critères de la doctrine sociale de l’Église via la notion de bien commun.

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Hubert de Vauplane - publié le 09/07/25
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Blanchiment d’argent sale, achat de produits illicites… les usages contraires à l’éthique des cryptomonnaies ne sont pas contestables, mais il y a aussi un usage éthique des crypto-actifs défend Hubert de Vauplane, enseignant le droit bancaire et financier international à l’IEP de Paris. Selon lui, c’est moins la chose elle-même qui est bonne ou mauvaise que l’usage que l’on en fait.

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Pourquoi s’interroger sur l’éthique des cryptomonnaies ? Le développement des crypto-actifs est lié à l’émergence d’une nouvelle technologie, les protocoles décentralisés de blockchain [chaînes de blocs ou bases de données permettant de soutenir des transactions, Ndlr]. Mais ces crypto-actifs sont-ils des "choses bonnes", c’est-à-dire en adéquation avec les principes d’agir de la vie chrétienne ? Existerait-il des crypto-actifs éthiques et d’autres non ?

Des bonnes et des mauvaises crypto ? 

La question de l’éthique des crypto-actifs peut se poser autrement : certains crypto-actifs sont-ils plus éthiques que d’autres ? Avant de répondre à cette question, il est nécessaire de revenir à l’origine même de la création des crypto-actifs, et du premier d’entre eux, le bitcoin. Créé le 3 janvier 2009 par une personne se faisant appelée Satoshi Nakamoto ou un groupe de personne restées toujours anonymes jusqu’à ce jour, le bitcoin répond à un objectif simple : face à la crise financière mondiale et la gestion par les banques centrales de cette crise qui ont injecté des milliards de dollars et d’euros dans l’économie mondiale, provoquant ainsi un excès de liquidités monétaires et un risque de perte de valeur des monnaies légales, le Bitcoin doit être un refuge contre cette vision d’une économie d’endettement et permettre à ses détenteurs de posséder un actif totalement autonome des gouvernements et systèmes bancaires, facilement transférable à un coût quasi égal à zéro sans être affecté par les aléas politique, économiques et monétaires. Politiquement parlant, le bitcoin s’affirmait comme une réponse libertarienne face aux démocraties parlementaires ou équivalentes. Si les caractéristiques techniques du protocole Bitcoin demeurent inchangées, la dimension libertaire originelle des utilisateurs a aujourd’hui quasiment disparu du fait du mouvement de démocratisation quant à l’utilisation du Bitcoin.

Le caractère "pseudonyme"

L’une des caractéristiques du Bitcoin, comme de la plupart des crypto-actifs, est son caractère pseudonyme. Non pas anonyme (bien qu’il existe quelques crypto-actifs totalement anonymes), mais dont l’identité du porteur du crypto-actif ne peut pas être rattachée à la connexion à l’adresse privée internet permettant de "détenir" (accéder) le portefeuille de crypto-actifs. De ce point de vue-là, les crypto-actifs se rapprochent dans une certaine mesure du fonctionnement des médias sociaux où les personnes agissent via des avatars. À la différence que pour les crypto-actifs, personne ne peut attribuer une identité à une adresse sans l’accord préalable du détenteur de cette adresse Internet. Il y a là une première interrogation si l’on considère que le caractère occulte de l’identité constitue un indice pour apprécier la qualité éthique des crypto-actifs. Les thuriféraires des cryptos répondront que l’argent liquide présente la même particularité.

L’empreinte environnementale

Une autre interrogation, qui n’est pas propre aux crypto-actifs, est la question de l’empreinte environnementale du fonctionnement des réseaux de protocoles blockchains. Pour simplifier à l’extrême, disons que ces réseaux fonctionnent de manière parallèle, tous ensemble, car ils sont décentralisés. En conséquence de quoi, la puissance de calcul nécessaire pour résoudre l’équation cryptographique permettant de valider chaque bloc de transactions pour que celui-ci puisse être rattaché à l’ensemble des blocs précédents (tout le nom blockchain…) est significative. Selon la technologie utilisée (on parle de méthode de consensus) par chaque protocole blockchain, le besoin de calcul est plus ou moins important.

Les détracteurs du Bitcoin et des cryptos mettent en avant que l’énergie nécessaire au fonctionnement du Bitcoin est plus ou moins équivalente à la consommation d’énergie d’un pays comme le Portugal ou l’Irlande et que cette énergie serait mieux utilisée à faire fonctionner l’économie. Mais n’est-ce pas là le sujet de toute notre économie numérique ? Ainsi l’envoi d’un courriel, l’interrogation de ChatGPT, le visionnage de films via son smartphone nécessitent des besoins énergétiques colossaux (3 à 4 % des émissions de gaz à effet de serre). Sauf à refuser cette évolution, la blockchain ne s’inscrit ici que dans un cadre plus large de la dépendance énergétique de la numérisation de nos sociétés.

L’éthique d’un bien dépend de son usage

Ceci étant posé, comment apprécier les crypto-actifs au regard des principes de la doctrine sociale chrétienne ? Pour le dire autrement, les crypto-actifs sont-ils de la bonne ou mauvaise "monnaie" ? Ou pour reprendre la distinction classique, de la bonne ou mauvaise chrématistique, la seconde n’étant motivée que par la recherche du profit à travers la spéculation, alors que la première est liée au fonctionnement de la société, et en particulier l'oïkos (la famille élargie, au sens de communauté). Vu sous cet angle, le débat n’est pas différent entre l’achat de bitcoins ou celui d’action Air Liquide ou autres : cet achat de bitcoin est-il lié à un objectif d’investissement long terme via la constitution d’un patrimoine, ou bien de spéculation court terme ? Tout investissement à court terme n’est pas forcément non éthique, mais il convient de placer celui-ci dans une dimension d’investissement dit « responsable ». Ce qui est non éthique, c’est la spéculation vue comme une fin exclusive : "La spéculation par laquelle on agit pour faire varier artificiellement l'estimation des biens, en vue d'en tirer un avantage au détriment d'autrui" (Catéchisme de l’Église catholique, 2 409).

BITCOIN

La principale critique portée à l’encontre du Bitcoin et des autres crypto-monnaies et qu’il ne s’agirait pas d’un investissement responsable, contrairement à l’achat d’une action ou d’une obligation qui permettent de financer une entreprise et ainsi plus largement l’économie. Les détracteurs des crypto-actifs estiment que ceux-ci ne reposent sur aucune activité économique et que dès lors, leurs prix ne reflètent qu’une spéculation sans lien avec le réel. C’est faire fi de ce qu’est la blockchain elle-même. De manière très simplifiée, tous les protocoles blockchains permettent d’apporter une réponse technologique à la question de la fiabilité des informations circulant via Internet. Non pas que la blockchain permette de détecter les fake news ; mais elle assure avec une fiabilité quasi parfaite que l’information qui est transférée entre un point A et un point B n’a pas été altérée par un tiers malveillant. Ainsi, toutes les informations intégrées dans un bloc rattaché à la blockchain sont assurées de ne pas avoir été modifiées. Que l’information contenue dans ce bloc soit exacte ou fausse, c’est là un autre sujet. Ainsi, la "promesse" de la blockchain vise à apporter plus de sécurités techniques aux réseaux d’informations. Ce qui a de la valeur en soi. Le prix ou le cours du Bitcoin (comme de la plupart des autres crypto-actifs) dépend alors de sa valeur d’usage : plus le Bitcoin est utilisé par les entreprises, les administrations, les citoyens, plus le réseau bitcoin aura de la valeur. Un peu comme une ligne de chemin de fer : une ligne TGV a plus de valeur qu’une ligne secondaire ouverte uniquement pendant l’été.

L’usage éthique des cryptos

Cela dit, on peut relever plusieurs usages éthiques des crypto-actifs. Sans être exhaustif, on peut citer l’utilisation comme transfert d’argent dans les pays ne disposant pas d’un réseau bancaire très étoffé, ou bien dans des régions en guerre où la circulation monétaire est dangereuse, ou encore dans les pays à forte inflation permettant de payer sans considération de la baisse de la valeur de la devise nationale (comme au Liban par exemple). Les crypto-actifs ont aussi une dimension d’inclusion financière, permettant de programmer des paiements d’allocation ou de subvention en fonction de critères sociaux-économiques. Dans nos pays dits avancés, les crypto-actifs permettent aux commerçants d’être payés sans avoir à régler des commissions importantes aux grands réseaux de systèmes et de cartes de paiement. Enfin, le Bitcoin comme les autres crypto-actifs peuvent être utilisés comme élément de preuve juridique de paiement du fait du caractère inaltérable de l’historique des transactions.

Les usages non éthiques des crypto-monnaies 

À côté de ces usages éthiques, il existe aussi des utilisations non éthiques des crypto-actifs. On a déjà parlé de la spéculation, mais qui n’est pas propre au bitcoin. Il y a bien sûr l’utilisation du Bitcoin ou des autres crypto-actifs comme un mode de paiement largement utilisé dans tout ce qui touche aux activités illicites ou interdites : qu’il s’agisse d’achats de produits ou substances sur le dark web, de blanchiment d’argent sale ou de financement du terrorisme, sans même parler comme l’actualité récente l’a encore montré, du paiement de rançons suite à des enlèvements crapuleux. Mais là encore, ces situations ne sont pas propres aux crypto-actifs puisque les délinquants recourent encore massivement à l’argent liquide qui, contrairement au Bitcoin et autres, n’est pas traçable. Quant aux crypto-actifs qui sont techniquement anonymes, c’est-à-dire qui ont été programmées pour que jamais le nom de l’utilisateur soit reconnu, ou encore les techniques dites de « mélangeurs » qui conduisent à mixer l’adresse Internet avec d’autres adresses pour éviter de recouper avec la localisation du détenteur d’une adresse internet, ces utilisations doivent être regardées comme présentant a priori un caractère non éthique.

Les critères de la doctrine sociale de l’Église

Que retenir de ce panorama ? Que là comme ailleurs, c’est moins la chose elle-même qui est bonne ou mauvaise que l’usage que l’on en fait. La boussole de tout chrétien qui investit dans les crypto-actifs doit être celle de tout investissement répondant aux critères de la doctrine sociale de l’Église via la notion de bien commun. Sur ce sujet, on se reportera utilement à P.-A. Dumont et J.-R. Lanavère, La Vocation de l’investisseur à la lumière de la doctrine sociale de l’Église (Salvator, 2 022).

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