Ah ! comme il est beau ce Tour de France. C’est le mois de juillet. Oubliées les tensions, les insondables querelles politiques, les difficultés quotidiennes, on se passionne pour le joli Tour de France avec ses coureurs, les arrivées au sprint ou les ascensions de cols impossibles. On se balade dans les plaines, les vallons et les montagnes, on longe ici un fleuve et là une forêt obscure, la caravane traverse un village construit voilà des siècles ou une centrale atomique qui n’effraie personne. La France est en vacances, libérée de ses contraintes et de ses tensions le temps d’une vingtaine d’étapes au soleil ou dans le brouillard des sommets sur le bord de la longue l’arène ou devant un écran, un verre à la main.
Le Tour de France des nourritures au quotidien
Ce monument de notre culture contemporaine associe les coureurs aux décors de notre France si belle, si variée et riche de notre passé et notre avenir. Les paysages qui semblent si naturels sont aussi le lieu de travail, le bureau et l’atelier de tout un monde que l’on feint d’ignorer et que nombreux urbains écologistes bien-pensants dénoncent : ces agriculteurs sont des pollueurs, on connaît la chanson. Et pourtant, ils nous nourrissent tout en assurant ce paysage si beau, si varié et respectueux des saisons, ils travaillent bien, avec un vrai savoir-faire, une passion intacte et un investissement de tous les jours, tous ces « teurs » : agriculteurs, sylviculteurs, éleveurs, arboriculteurs, apiculteurs, pisciculteurs, horticulteurs et autres pêcheurs et ostréiculteurs.
La Grande Boucle est un hommage vivant à tous ceux qui ont les mains dans la terre et en récoltent des richesses indispensables.
Garé le long des routes ou devant leur poste de télévision, les spectateurs profitent d’un paysage magnifique qui est en réalité beaucoup plus qu’une toile de fond d’un sport passionnant. Ce décor est une réalité économique, humaine, un réservoir de biodiversité et un capteur essentiel de CO2, il est si utile, indispensable pour maintenir les grands équilibres et surtout garnir notre garde-manger au quotidien. Ces architectes du paysage aux métiers si variés sont des producteurs qui chaque jour nous nourrissent et beaucoup d’autre choses encore : construction avec l’arbre des forêts, médecine avec tant de plantes aux vertus curatives, énergie des jaunes tournesols et des biocarburants, soins et cosmétique et beaucoup d’autres applications que nous offre généreusement la nature avec l’aide expert de ces hommes et femmes, grands professionnels des soins à la nature. La Grande Boucle est un hommage vivant à tous ceux qui ont les mains dans la terre et en récoltent des richesses indispensables.
La France de la culture du beau et du bon goût
Si l’homme recrée indéfiniment au gré des saisons une nature généreuse, il a aussi au fil des temps bâti l’intemporel des églises et chapelles, des manoirs et humbles fermes aux lauzes bien alignées, il a construit des ponts et posé des calvaires aux carrefours, chaque génération a marqué son temps par des murs et des toitures aux fonctions multiples, en les harmonisant de symboles et de mémoires.
Et si nous en profitions pour apprécier et valoriser ceux qui nous nourrissent, et si cela pouvait inspirer architectes et maîtres d’ouvrage pour récréer le beau ?
Oublions les horreurs de notre siècle et ces boîtes à chaussures criardes aux sorties des bourgs et des villes, elles seront vite détruites par le temps ou la lassitude des hommes. Regardons plutôt cette France des siècles harmonieux qui se déroule devant nos yeux à la vitesse d’un vélo de course. Oublions un instant ces éoliennes soi-disant construites à des fins écologiques. Doutons-en d’ailleurs : béton dans la terre arable, pales chinoises non recyclables et surtout atteinte à l’esthétique, même si elles ne se voient pas beaucoup du haut de l’hélicoptère qui capte de si belles images. Regardons ce qui est beau. Quand on habite la Cité des 4000 à La Courneuve, une triste banlieue défigurée, ou ce village dont on a détruit la charmante mairie Napoléon III pour construire un cube de béton dans cette France défigurée, banale et affligeante, quel vent de fraîcheur souffle à la découverte du beau, de ces monuments multiples que nos ancêtres ont planté de village en village, de ville en ville, semant comme des graines dans les campagnes, manoirs et châteaux, moulins et chapelles !
Paysages et métiers
Comment les architectes d’aujourd’hui et les maîtres d’ouvrage, publics pour beaucoup, peuvent-ils construire ces laids pavillons, ces éphémères immeubles de béton en sachant parfaitement qu’ils seront détruits dans une cinquantaine d’année et ne resteront que comme témoins d’un siècle sans goût ? Oublions-les ou feignons de les ignorer. Le Tour de France est une invitation à découvrir les paysages de tant de métiers qui nous sont essentiels au quotidien et de formidables témoignages d’un passé à la gloire des compagnons et bâtisseurs. Et si nous en profitions pour apprécier et valoriser ceux qui nous nourrissent, et si cela pouvait inspirer architectes et maîtres d’ouvrage pour récréer le beau ? Sans oublier d’encourager les formidables coureurs !










