Un label pour redonner aux enfants leur place dans la société. C’est l’objectif que souhaite atteindre Sarah El Haïry, Haut-commissaire à l'Enfance, avec le lancement, le 5 juillet, du label participatif "Le choix des familles". "Nous disons aux familles de France : "Ici, vos enfants ont une place". Accueillir les familles, ce n'est pas du marketing mais un choix de société. Invisibiliser nos enfants est plus que jamais une violence qui leur est infligée", a déclaré Sarah El Haïry. "Je suis très fière d’agir pour éveiller les consciences et de m’engager aux côtés de multiples partenaires pour un mouvement "Pro Kids". Face aux No Kids, assumons le modèle de société qui fait la fierté de notre pays".

La place des enfants, et des familles, est-elle menacée au point de devoir labelliser les établissements qui accueillent les enfants ? Si le phénomène demeure marginal en France, il prend néanmoins de plus en plus d’ampleur, dans les pas du modèle anglo-saxon, au point que le gouvernement s'empare du sujet. Pour les professionnels du marché, il s’agit d’une simple stratégie marketing : la possibilité d’offrir à leurs clients une expérience de calme et de sérénité. Les établissements "adult only" existent depuis les années 1970 aux États-Unis, et n’ont commencé à émerger en Europe qu’il y a une dizaine d’années, en Espagne, avec des adresses aux Baléares et aux Canaries.
Les offres "adult only" en France
En France, de plus en plus d’agences de voyages, d’hôtels, de campings affichent désormais la couleur. L’agence Fram propose ainsi, parmi leurs séjours, une offre "Adult Only" pour "une expérience calme et sereine, loin du bruit et des distractions". Le petit camping de charme "les Armengauds", à Labécède-Lauragais (Aude), assure sur son site internet que dans leur domaine, "le monde tourne autour de vous, plutôt qu'autour de vos enfants ou les enfants d'autres personnes. Même en juillet et en août". "Chez nous, c'est sans enfants. Pour que vous soyez assurés de passer des vacances reposantes !", insistent les hôtes. Sur le site de l’Hôtel Saint-Delis, 5 étoiles, à Honfleur, une fenêtre pop-up précise que "le Saint Delis devient un établissement réservé aux adultes" pour "une expérience toujours plus exclusive et paisible".

Un phénomène contre lequel le Haut-commissariat à l'Enfance est vent debout. "On ne peut pas dire d’un côté qu’il faut accompagner les familles et de l’autre distiller l’idée que les enfants sont une nuisance", dénonçait Sarah El Haïry fin mai au Parisien. Elle entend même lever l'ambiguïté juridique sur la question de fond : un hôtel ou un restaurant a-t-il légalement le droit de refuser les enfants ? Si, en l’état actuel, l’enfance ne constitue pas une catégorie explicitement protégée par le droit du commerce ou du tourisme, comme peuvent l’être le sexe, l’origine ou le handicap, l’article 225-1 du Code pénal interdit "toute distinction fondée sur l’âge ou la situation de famille". Sarah El Haïry affirme étudier la possibilité de poursuites contre certains établissements. Parallèlement, la sénatrice socialiste Laurence Rossignol propose d’inscrire la minorité comme critère légal de discrimination, au même titre que le genre ou la religion, et a déposé une proposition de loi en ce sens.









