separateurCreated with Sketch.

Aleteia a rencontré le plus jeune cardinal au monde

Bishop Mykola Bychok becomes cardinal
whatsappfacebooktwitter-xemailnative
John Burger - publié le 03/07/25
whatsappfacebooktwitter-xemailnative
Originaire de l’ouest de l’Ukraine, à 44 ans, Mgr Mykola Bychok, évêque éparchial de l'Éparchie (équivalent d’un diocèse en Orient, ndlr) catholique ukrainienne des Saints Pierre et Paul de Melbourne, est le plus jeune cardinal au monde. Nommé le 7 décembre 2024 par le pape François, il a exercé son ministère sur trois continents, aux États-Unis, en Sibérie et en Australie, avant de participer au dernier conclave. La première d’un cardinal ukrainien depuis quinze ans ! Aleteia l’a rencontré.

Un parcours atypique. Nommé le 7 décembre 2024 par le pape François à l’âge de 44 ans, Mgr Mykola Buchok est devenu le plus jeune cardinal au monde. Originaire de l'ouest de l'Ukraine, il a auparavant exercé ses fonctions aux États-Unis, en Australie et même en Russie. Né à Ternopil, à deux heures à l'est de Lviv (ville de l’ouest de l’Ukraine, ndlr), le 13 février 1980, il ressent l’appel de la vocation à l’âge de 15 ans et a été ordonné prêtre chez les Rédemptoristes le 3 mai 2005. Il a œuvré dans la vie monastique, la vie paroissiale et le ministère auprès des jeunes en Ukraine, avant d’être pasteur dans une paroisse catholique ukrainienne à Newark, dans le New Jersey. Le 15 janvier 2020, lorsque le père Mykola est nommé par le pape François évêque éparchial de l'Éparchie catholique ukrainienne des Saints Pierre et Paul de Melbourne, il ignore alors qu’il deviendrait cardinal quatre ans après et se retrouverait dans la chapelle sixtine en mai 2025 pour élire le nouveau Pape ! Un parcours inattendu qu’il a accepté de partager auprès d’Aleteia. 

Aleteia : Le pape François vous a-t-il expliqué pourquoi il vous a choisi ?
Mgr Mykola Bychok : Pour moi, comme pour beaucoup d'autres, cette nomination a été une grande surprise. La plupart s'attendaient à ce que ce soit le Patriarche Sviatoslav ou l'un de nos métropolites qui deviennent cardinal. Mais, comme nous le savons, le choix d'un cardinal est une décision personnelle du Pape. Il est difficile de trouver une explication à cela, car chaque pape a sa propre vision et sa manière d'élire certains évêques ou même des prêtres comme cardinaux. La stratégie du pape François est un peu différente de ce à quoi nous sommes habitués. D'un côté, c'est une bonne chose, car historiquement, la plupart des cardinaux venaient d'Europe, en particulier d'Italie. Maintenant, chaque continent a son propre cardinal, ce qui n'était pas le cas auparavant. Je ne sais pas vraiment pourquoi j'ai été nommé. Peut-être que dans quelques années, cela me sera révélé, ou que le Seigneur me le fera comprendre. D'un autre côté, je n'essaie pas vraiment de trouver une réponse à cette question. C'est un peu comme lorsque j’ai été élu évêque. En étant moine rédemptoriste et prêtre, j’étais la personne la plus heureuse du monde parce que tous mes projets et mes rêves se réalisaient. Cependant, le Seigneur avait d'autres plans pour moi, même celui de m’élire évêque, ce à quoi je n'étais pas préparé. 

"L'expérience de service dans différentes villes et pays m'a façonné."

Quelle était votre vie en Ukraine avant de commencer à servir à l'étranger ?
Elle était très similaire à celle de mes frères rédemptoristes — une vie consacrée au service missionnaire et aux soins pastoraux. Après avoir été ordonné prêtre en 2005 à Lviv, j’ai été envoyé pour servir les fidèles ukrainiens en Sibérie, dans la ville de Prokopyevsk (en Sibérie occidentale, ndlr). Les Greco-catholiques ukrainiens y vivent parce qu'en 1947, les autorités soviétiques ont mené ce qu'on appelle l'Opération Ouest, au cours de laquelle de nombreuses personnes — laïcs et clergé — ont été déportées de force en Sibérie pour avoir résisté au régime. À mon retour en Ukraine, j’ai poursuivi mon travail avec les jeunes, et ai été recteur d'un monastère et d'une paroisse à Ivano-Frankivsk, puis j’ai assumé la fonction de trésorier pour la province des Rédemptoristes de Lviv. Je pense que cette expérience de service dans différentes villes et pays m'a façonné, en particulier grâce à la prière et à la vie en communauté, me préparant ainsi aux responsabilités qui ont suivi. En 2015, j’ai été envoyé aux États-Unis, où j’ai exercé pendant plusieurs années en tant que vicaire de la paroisse catholique ukrainienne Saint Jean-Baptiste à Newark, dans le New Jersey. Puis, en 2021, je suis arrivé en Australie pour commencer mon ministère en tant qu'évêque de l'Éparchie catholique ukrainienne des Saints Pierre et Paul de Melbourne.

Êtes-vous retourné en Ukraine depuis l'invasion russe de 2022 ? Quels sont vos sentiments sur la façon dont cette guerre pourrait se terminer ?
En été 2024, j’ai eu l'occasion de visiter l'Ukraine, où j’ai participé au Synode des Évêques de l’Église gréco-catholique ukrainienne qui s'est tenu début juillet au Centre Spirituel Marian à Zarvanytsia (à Ternopil, dans l’ouest de l’Ukraine, ndlr). C'était ma première visite dans le pays depuis le début de la guerre à grande échelle et mon déménagement en Australie. Il était très important pour moi de rendre visite et de soutenir les personnes qui ont peut-être le plus souffert de ce conflit et qui continuent d'en subir les conséquences. J’ai été à Slavutych (ville de l’oblast de Kiev, ndlr), à Tchernihiv (au nord de Kiev, ndlr) et à Kharkiv. J’ai vraiment voulu comprendre ce que les gens ressentent au quotidien.

"L'Église doit jouer un rôle actif en tant que médiatrice pour un monde juste."

Lors de mon premier jour à Kharkiv, j’ai entendu de nombreuses explosions. Ces bruits assourdissants m’ont accompagnés toute la journée, que ce soit pendant la liturgie à l'église ou dans la rue. Les explosions se mêlaient aux sirènes. Des habitants de Vovchansk (ville de l’oblast de Kharkiv, ndlr) ont partagé des témoignages impressionnants de leurs expériences. Ils ont vu de leurs propres yeux le métal fondre et la terre presque en feu. Ces personnes disent avoir tout perdu ; elles n'ont pratiquement plus de lieu où vivre. Et elles souhaitent retourner sur leur terre. Malgré le danger, je tenais vraiment à être présent sur place, à ressentir l'atmosphère, mais aussi à montrer à mon peuple que ces mondes lointains — l'Australie, la Nouvelle-Zélande et l'Océanie — ne sont pas si éloignés. Ils sont peuplés de nos semblables. Cette année, j’ai également visité l'Ukraine et, comme auparavant, j’ai rencontré des personnes qui souffrent chaque jour de l'agression russe. Nous prions pour que cette guerre prenne fin et qu'une paix juste s'installe, où la victime de l'agression sera rétablie dans ses droits et l'agresseur puni comme il se doit.

Comment vont votre famille, vos amis et vos anciens collègues en Ukraine en cette période difficile ?
Lors de ma récente visite en Ukraine, où j’ai été à Lviv, Kyiv, Zaporizhia et Slavutych, j’ai rencontré mes frères rédemptoristes ainsi que des évêques et des prêtres qui œuvrent dans les zones de front. Les conséquences de cette guerre sont incalculables et terrifiantes : des centaines de milliers de morts, des dizaines de milliers de blessés, des familles brisées, un million de personnes déportées de force en Russie, des traumatismes psychologiques, ainsi que des pertes sociales et économiques. La reconstruction prendra des décennies. Le 19 juin, lors de mon voyage de l'Ukraine à Rome, j’ai visité un centre de réhabilitation près de Lviv, où des soldats et des personnes libérées de captivité se rétablissent avec leurs familles. Les paroles d'Artur, un soldat qui a aidé à défendre l'Azovstal, une aciérie à Marioupol assiégée par les forces russes, m’ont particulièrement marqué. Artur a passé trois ans en captivité. Il a dit : "Maintenant, en liberté, j'apprécie chaque promenade dans la ville, je respire l'air frais, je regarde le drapeau ukrainien et je savoure chaque lever et coucher de soleil." Pour beaucoup d'entre nous, ce sont des choses simples, mais pour lui, ce sont des instants de liberté. Je pense que c'est ce que ressentent sa famille et ses amis en Ukraine. Malgré toutes les difficultés, ils font tout leur possible pour garder l’espérance et essaient d'apprécier chaque journée de leur vie.

De quelles manières prévoyez-vous de servir l'Église universelle en tant que cardinal ?
Tout d'abord, l'Église doit jouer un rôle actif en tant que médiatrice pour un monde juste. Cela concerne non seulement l'Ukraine, mais également le Moyen-Orient et d'autres régions du monde touchées par la guerre et les conflits. Ensuite, nous devons lutter contre la sécularisation. En tant que prêtre ayant exercé aux États-Unis et évêque en Australie, j’ai pu constater l'impact de la sécularisation sur la société et l'Église. Nous sommes appelés à être des missionnaires, à aider les gens à redécouvrir l'amour de Dieu et de son fils Jésus-Christ. J’ai réalisé que l'Église est un lieu de rencontre avec le Dieu vivant, surtout à travers les Sacrements — la Confession et la Sainte Communion. Ces deux tâches sont bien sûr liées. La paix dans le monde ne pourra être atteinte que lorsque les gens auront la paix dans leur cœur. Une véritable paix, qui provient de l'amour du Christ.

Parlez-nous de votre expérience lors de l'élection du nouveau Pape. Qu'avez-vous ressenti ? Que pensiez-vous apporter à ce conclave en tant que représentant d'une tradition orientale ?
Participer au conclave a été à la fois un immense privilège et une lourde responsabilité pour moi, mais ça a été aussi le meilleur moment de ma vie. Mon téléphone est resté éteint pendant deux jours et demi. Cette période a été un temps de prière intense, en particulier pour l'Église, pour les cardinaux électeurs, et aussi pour la personne qui serait élue comme le prochain Saint-Père. Pendant le conclave, j’ai ressenti beaucoup d'émotions, et j’ai eu ce que les gens appellent des "frissons" à deux reprises. Le premier moment marquant a eu lieu dans la chapelle Saint-Paul, d'où les cardinaux ont ensuite défilé vers la chapelle Sixtine. Quand le chœur a commencé à chanter et que la procession a débuté, j’ai ressenti des frissons. Je me suis demandé ce qui allait se passer dans les quelques minutes qui ont suivies. Au moment où on allait entrer dans la chapelle Sixtine et se tenir sous la fresque du Jugement Dernier peinte par le célèbre Michel-Ange ; les portes allaient se fermer. On se préparait alors à élire le nouveau successeur de Pierre. C'était un moment profondément émouvant pour moi.

Le cardinal Mykola Bychok, éparche de la communauté gréco-catholique ukrainienne d’Australie, benjamin du collège cardinalice - 45 ans - se retrouve dans un selfie pris par le cardinal portugais Américo Aguilar (51 ans) avec le cardinal d’Oulan-Bator Giorgio Marengo, préfet apostolique d’Oulan-Bator (50 ans) en habits liturgiques dans la basilique Saint-Pierre, en amont du conclave, le 26 avril 2025.

La deuxième fois, c'était après l'élection au moment de l'annonce du nouveau Saint-Père et du nom qu'il avait choisi : Léon XIV. C'était vraiment incroyable. Quand on se tient sur le balcon et que l’on regarde en bas, on voit des centaines de milliers de personnes rassemblées pour entendre cette nouvelle joyeuse, avec des caméras et des journalistes sur la place, sur les toits, et dans tous les espaces disponibles. La vue depuis le balcon de la basilique Saint-Pierre était tout simplement époustouflante.

Quelles sont vos réflexions sur ce qui attend le Pape Léon XIV, et comment pensez-vous qu'il pourrait réagir face à cela ?
Pour être honnête, pendant le conclave, je n’ai pas eu l'occasion de parler en tête-à-tête avec le cardinal Prevost. J’ai cependant entendu certaines de ses déclarations publiques. Lorsque je l’ai ensuite rencontré pour la première fois quand il a été élu Pape, je me suis présenté en disant : "Je suis l'évêque des Ukrainiens en Australie. Vous avez des salutations d'Australie. Je vous assure de nos prières pour votre pontificat." J’ai également demandé au Saint-Père de se souvenir de l'Ukraine et de prier pour une paix juste et la fin de la guerre. Je pense que la position du Pape sur la guerre en Ukraine n'est un secret pour personne. Il a évoqué plusieurs fois l'Ukraine dans ses discours et ses prières. Son premier message était déjà un signe fort. Il a commencé par dire : "Que la paix soit avec vous tous." Je crois que nous avons une grande espérance — non seulement parce que l'année 2025 y est dédiée, mais également parce que le Pape Léon XIV ne se contentera pas de parler d'espérance ; il la vivra. Et elle va se manifester dans son engagement pour une paix juste en Ukraine, et dans toutes les régions du monde où la guerre fait rage. Il ne s'agit pas simplement de la paix que le monde offre, mais d'une paix qui vient du Christ Lui-même. Je suis convaincu que le Pape Léon restera profondément fidèle à l'Évangile et aux enseignements du Christ. Être fidèle au Christ, c'est se tenir aux côtés de ceux qui souffrent, de ceux qui sont oubliés ou rejetés. Cela signifie également promouvoir l'unité, car le Christ nous a enseigné l'amour, la fraternité et le désir que "tous soient un".

Vous avez aimé cet article et souhaitez en savoir plus ?

Recevez Aleteia chaque jour dans votre boite e−mail, c’est gratuit !