Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a annoncé mercredi 25 juin que les forces de sécurité avaient contrecarré une tentative de coup d’État, qu’il impute à un ecclésiastique et un opposant politique. "Les agents des forces de l’ordre ont déjoué un sinistre plan à grande échelle du clergé criminel oligarchique pour déstabiliser la république d’Arménie et prendre le pouvoir", a écrit Nikol Pachinian sur Telegram, dénonçant une collusion entre une partie de la hiérarchie religieuse et des forces d’opposition.
Au centre de ces accusations se trouve l’archevêque Bagrat Galstanian, figure religieuse influente et chef de file d’un mouvement de contestation contre le gouvernement. Le religieux avait mené en 2024 un important mouvement de protestation contre le Premier ministre, lui reprochant notamment des concessions territoriales à l’Azerbaïdjan. Selon le comité d’enquête arménien, l’archevêque, "avec l’accord préalable de plusieurs membres du mouvement, avait acquis les moyens et outils nécessaires pour mener des actes terroristes et prendre le pouvoir". Des perquisitions ont été menées aux domiciles de l’archevêque et d'une trentaine de ses proches collaborateurs.
Ces accusations ont été vigoureusement rejetées par ses soutiens. Le député Garnik Danielian, proche de Galstanian, a dénoncé une tentative d’intimidation politique de la part d’un "régime dictatorial". Selon lui, ces actions s’inscrivent dans une dérive autoritaire du pouvoir en place. Les tensions surviennent dans un contexte déjà explosif. Vendredi dernier, plusieurs membres de l’opposition liés au mouvement de Galstanian ont été arrêtés, coïncidant avec une visite diplomatique du Premier ministre en Turquie, pays historiquement en conflit avec l’Arménie.
Tensions avec l'Eglise apostolique arménienne
Après de violents affrontements autour de la région du Haut-Karabagh, majoritairement peuplée d’Arméniens, la reconquête de cette enclave par Bakou en septembre 2023 a porté un coup dur au gouvernement arménien, déjà fragilisé par les défaites militaires successives. Les Arméniens du Haut-Karabagh ont été contraints de fuir la région. Deux ans plus tard, les négociations autour d'un traité de paix entre Bakou et Erevan ont aggravé les tensions déjà existantes, et les relations entre Nikol Pachinian et l'Église apostolique arménienne, dont dépend Bagrat Galstanian, se sont nettement détériorées. Début juin, le Premier ministre avait même appelé les fidèles à renverser le catholicos Garéguine II, chef suprême de l'Église, en affirmant que ce dernier aurait rompu son vœu de célibat monastique. En retour, Garéguine II avait demandé la démission de Pachinian, l'accusant d’avoir failli à défendre les intérêts nationaux avec la perte du Haut Karabagh.









