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Relire Gaston Fessard dans une époque de tensions

FOULE DANS LA RUE

Foule dans la rue

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Alban Massie - publié le 24/06/25
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Face aux nationalismes, aux tensions politiques et aux fractures sociales, la pensée du jésuite Gaston Fessard (1897–1978) s'avère d'une étonnante actualité pour guider notre discernement, explique le père Alban Massie, sj, organisateur du colloque international sur la pensée du père Fessard aux Facultés Loyola les 26-27 juin.

Comment le père Fessard réagirait-il à la guerre en Ukraine, aux décisions nationalistes de Donald Trump ou à la crise de Gaza, lui qui fut l'artisan de la résistance chrétienne au nazisme, le veilleur qui mit en garde contre le totalitarisme brun ou rouge ? Il offrirait des clés de discernement non seulement politique mais avant tout spirituel. Alors qu'un colloque va discuter de ces sujets les 26 et 27 juin à Paris, je me propose de rappeler quelle fut la vie de ce penseur libre, qui fut traqué par la Gestapo pour ses écrits contre le régime de Vichy, censuré par l'Église pour son refus d'une théologie figée, ou critiqué pour sa clairvoyance devant les idéologies de son temps.

Une vie placée sous le signe du discernement

Entré chez les jésuites à seize ans en 1913, envoyé au front dès 1915, Gaston Fessard (1897-1978) traverse son siècle dans une vigilance spirituelle lucide, interprétant les tensions historiques comme autant d'appels à la liberté dans le Christ, tant individuellement qu'au plan de la société. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il prend une position radicalement critique vis-à-vis de la collaboration et rédige clandestinement le premier Cahier du Témoignage chrétien, "France, prends garde de perdre ton âme", en 1941. Il avait publié Pax nostra en 1936, examen de conscience collectif pour fonder une paix véritable sur la justice et la vérité, contre les illusions du pacifisme abstrait ou du nationalisme aveugle.

Ce discernement se prolonge après-guerre dans l'analyse de la société moderne, oscillant entre libéralisme et socialisme. L'histoire est toujours un lieu de tension entre l'absolu de Dieu et les prétentions totalitaires humaines, rappelle-t-il dans Autorité et Bien commun. À ce titre, le chrétien est appelé à une vigilance permanente : "Il n'y a pas de vérité chrétienne de l'histoire. Il n'y a que la vérité du Christ dans l'histoire." Il s'agit de trouver le point d'attache entre le politique et le spirituel, entre le moral et le religieux, et ainsi entre la morale et le droit.

Des sources spirituelles et philosophiques originales

Fessard puise dans une triple tradition : ignatienne, hégélienne et blondélienne. À la suite de saint Ignace de Loyola, il voit dans les Exercices spirituels un schéma de discernement qui forme la liberté. Il développe une lecture dialectique de l'histoire du salut, structurée autour des conflits fondamentaux qu'il a perçus chez saint Paul (Ga 3,28) : la dialectique du maître et de l'esclave, issue de son analyse de Hegel, permet de déployer le rapport de la justice à la charité ; celle de l'homme et de la femme, qu'il perçoit dans ses lectures de Marx, lui permet de discuter des rapports de paternité et de fraternité au niveau social ; la dialectique du juif et du païen constitue le principe de résolution des conflits du monde car c'est, selon Fessard, le symbole "surnaturel" qui permet de résoudre les antinomies précédentes. Cette triple anthropologie relationnelle irrigue ainsi ses lectures des régimes politiques et de l'histoire des idées.

Écouter Fessard aujourd'hui

Alors, comment réagirait-il Fessard aux conflits de notre temps ? Y verrait-il les figures du "Prince-esclave" en Ukraine, la résurgence d'un faux bien commun aux États-Unis, la négation de la liberté dans l'Alliance dans la violence d'Israël, à Gaza ? Dans les trois cas, Fessard aurait jugé les événements selon une double fidélité : fidélité à l'histoire concrète (il n'évacue jamais la politique, la stratégie, l'économie) et fidélité au mystère chrétien (il éclaire le politique par la foi, sans le sacraliser). À l'heure où les catholiques sont pris dans des tensions idéologiques nouvelles — de l'ultralibéralisme aux recompositions identitaires —, la figure de Fessard se présente à la fois enracinée dans la tradition et ouverte à l'analyse critique du présent.

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