separateurCreated with Sketch.

Algérie : dix ans de prison requis en appel contre l’écrivain Boualem Sansal

Une banderole avec une photo de l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal, détenu prisonnier en Algérie, et une de ses citations sur la liberté.

whatsappfacebooktwitter-xemailnative
La rédaction d'Aleteia - publié le 24/06/25
whatsappfacebooktwitter-xemailnative
Le parquet algérien a requis le 24 juin dix ans de prison contre l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, pour "atteinte à l’unité nationale". Âgé de 80 ans et atteint d'un cancer, il est détenu depuis son arrestation le 16 novembre 2024 pour des raisons politiques.

Une peine qui s'alourdit et l'espoir de retrouver la liberté qui se réduit à peau de chagrin. Le parquet algérien a requis ce mardi 24 juin dix ans de réclusion à l'encontre de l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal, lors d'une audience express – dix minutes ! – devant la Cour d'appel d'Alger. Le Parquet "réclame 10 ans de prison et un million de dinars d'amende" (environ 6.600 euros), a déclaré le procureur général de la Cour d'appel. Le verdict doit être connu le 1er juillet 2025.

Plus tôt, le 27 mars, l'écrivain avait été condamné à cinq ans de prison en première instance pour "atteinte à l’unité nationale" et "atteinte à l’intégrité du territoire", parmi d’autres chefs d’accusation, ainsi qu’à une amende de 500.000 dinars (environ 3.700  euros, ndlr). Il avait alors fait appel de sa condamnation au risque de la voir se durcir, tout comme le Parquet qui avait lui-même requis dix ans dès le début du procès.

L'écrivain, âgé de 80 ans et atteint d'un cancer de la prostate, avait été interpellé à l'aéroport d'Alger lors de son retour en France le 16 novembre 2024, avant d'être placé en détention pour des raisons politiques, dans un contexte de grave crise diplomatique entre la France et l'Algérie. À plusieurs reprises, il avait critiqué le régime algérien. Sa dernière prise de position auprès du média Frontières dénonçait une "dérive totalitaire" du pouvoir en place et revenait sur l'histoire des frontières de l'Algérie : il affirmait, entre autres, que des territoires comme Tlemcen, Oran ou Mascara appartenaient historiquement au Maroc avant que la France les rattache à l’Algérie en 1830.

L'espoir d'une grâce présidentielle

Lors de l'audience en appel qui a duré environ 20 minutes, Boualem Sansal s'est présenté sans avocat. Il est apparu en bonne forme et a répondu d'une voix ferme aux questions de la magistrate qui présidait la séance, selon l'AFP. "C'est de la littérature. La Constitution algérienne garantit la liberté d'expression et de conscience. Cela n'a pas de sens", a expliqué l'écrivain à propos de ses déclarations controversées. "La Constitution décrète la liberté d'expression et on fait un procès pour de la littérature. Où est-ce qu'on va comme ça ? ", a-t-il ajouté. Interrogé sur sa déclaration sur les frontières, Boualem Sansal a répondu : "je ne fais pas que de la politique. Je m'exprime aussi sur l'histoire". "La France a créé les frontières (de l'Algérie colonisée à partir de 1830, N.D.L.R.) mais heureusement après l'indépendance (en 1962), l'Union africaine a décrété que ces frontières héritées de la colonisation étaient intangibles", a-t-il ajouté.

"Ces réquisitions constituent de nouveau une violation flagrante des Conventions internationales sur les droits de l'homme ratifiées par l'Algérie dont le Pacte des Nations Unies sur les droits civils et politiques", rappelle le Comité de soutien à Boualem Sensal, présidé par Catherine Camus, fille d’Albert Camus, tout en appelant les présidents Français et Algérien à tout mettre en œuvre pour que l'écrivain recouvre la liberté. Jusqu'à présent, les multiples demandes de libération ou d'une grâce du président algérien, Abdelmajid Tebboune, en faveur de Boualem Sansal provenant de France, y compris du président Emmanuel Macron en personne, sont restées lettre morte. Les deux filles de Boualem Sansal, Nawal (53 ans) et Sabeha (50 ans), ont confié à l’AFP, mi-mai depuis la République tchèque où elles vivent, se sentir "totalement impuissantes" face aux décisions des autorités algériennes, qui selon elles, "emprisonnent des individus pour avoir simplement exprimé librement leur opinion". Ses proches espèrent désormais qu’il pourra bénéficier d’une grâce présidentielle à l’occasion de la fête de l’indépendance algérienne, le 5 juillet.

Vous avez aimé cet article et souhaitez en savoir plus ?

Recevez Aleteia chaque jour dans votre boite e−mail, c’est gratuit !

Vous aimez le contenu de Aleteia ?

Aidez-nous à couvrir les frais de production des articles que vous lisez, et soutenez la mission d’Aleteia !

Grâce à la déduction fiscale, vous pouvez soutenir le premier site internet catholique au monde tout en réduisant vos impôts. Profitez-en !

(avec déduction fiscale)