L’Église a reconnu le 20 juin le martyre de cinquante Français, tués par le régime nazi pendant la Seconde Guerre mondiale. Ces futurs béatifiés, venus de tous les diocèses de France, seront-ils des "saints secondaires" dans la grande litanie des saints de notre pays ? Au contraire, assure notre chroniqueur Jean-Etienne Rime, leur enracinement local sera une source essentielle pour le renouveau de la foi de leur terre d’origine.
Dans la grande communion des saints, ils sont des exemples. Par leur courage, ils inspirent nos cœurs endoloris par d’autres guerres d’aujourd’hui, les tensions civiles si nombreuses et les attaques internes comme ces pertes de références morales qui nous conduisent vers une impasse anthropologique. Mais qui sont-ils vraiment ? Louis, Bernard, Gérard… nous ne mémorisons pas le nom de chacun et son engagement inconditionnel pour affirmer et propager la foi du Christ.
Une partie de la France
En analysant leur profil de plus près, l’un ou l’autre peut apparaître comme un modèle pour sa famille et leurs proches, les croyants de la région dont ils sont issus. Sans doute, leur vénération sera plus confidentielle et ils ne seront pas élevés au rang de modèles de foi pour tout notre pays comme les grandes saintes françaises, Jeanne d’Arc, Thérèse de l’Enfant Jésus ou la petite Bernadette, telles les figures de notre France, les saints Louis, Vincent de Paul, François de Sales ou Charles de Foucauld qui, comme tant d’autres, Jean-Marie Vianney, Jean Eudes, Louis Grignon de Montfort, Marguerite-Marie Alacoque… mobiliseront pèlerinages et prières communes. Ceux-là, leurs reliques font l’objet de vénération, ils sont déjà une partie de la France, ils sont reconnus comme les pierres angulaires de notre culture, de nos racines, de nos valeurs… Que faire alors de ces nouveaux bienheureux dont on pourrait penser qu’ils ne sont pas fondamentaux dans la grande litanie des saints de notre pays ?
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Des saints locaux
Ils sont importants, essentiels même dans cette grande chaîne de saints, de martyrs, de docteurs et d’âmes charitables qui tout au long de notre histoire incarnent l’amour total. De siècle en siècle, nous avons des modèles, nous avons des intercesseurs auprès de Dieu — le proche XXe siècle a été fertile et continue de nous donner des exemples. Déjà notre siècle encore jeune a élevé deux figures contemporaines, saint Jean Paul II et le presque saint Carlo Acutis.
Ces nouveaux bienheureux sont importants aussi, tant la piété populaire vénère les saints locaux ; c’est très touchant, plus encore structurant de voir se réunir paroissiens et autres habitants, clercs et élus pour une célébration d’un saint patron local. Si les Nantais vénèrent saints Donatien et saint Rogatien, cela ne touche guère les Toulousains qui fêtent sainte Madeleine. Comme dans d’autres villes et villages, les bannières ressortent, on ose les processions autour d’un saint patron qui incite à la prière et à la fête, débordant souvent le strict cadre religieux. Ces cinquante Français qui sont reconnus comme bienheureux doivent être célébrés à Toulon, à Puylaurens, dans l’Orne ou à Paris, terres de leurs origines, ils seront célébrés par les scouts dont ils étaient issus, les franciscains, les prêtres diocésains, les mouvements d’action catholiques dans lesquels ils se sont impliqués. Ils irriguent notre socle culturel et notre conscience française, fécondent les âmes par leur sacrifice et nous devons les prier, les interpeller, les fêter.
Une page de leur histoire
Les saints locaux inspirent. Ainsi, un prêtre du diocèse d’Angers a eu l’idée de rédiger une neuvaine aux saints de l’Anjou : saints Maurice, Maurille, le bienheureux Noël Pineau ou sainte Jeanne Delanoue… Ils ne sont peut-être pas les saints les plus invoqués au quotidien, mais pour les Angevins, ils représentent une page essentielle de leur histoire, le témoignage d’une grande foi dans la vie et la mort les conduisant à Dieu auprès de qui ils intercèdent. Cette neuvaine s’articule autour d’une rapide présentation du saint et de ses vertus, d’un texte biblique et d’une intention. La méditation est guidée par des saints chers au diocèse. Parmi tant d’autres, ils sont des témoins d’une foi profonde et d’une évangélisation locale féconde à travers les siècles. Ils ont prié, chanté les louanges de Notre-Seigneur, évangélisé, célébré et beaucoup sont morts en témoins de la foi.
Et si chaque diocèse écrivait sa neuvaine, et si chaque mouvement proposait aussi une neuvaine, quelle merveilleuse cohorte de saints pour éclairer notre siècle qui a tant besoin de guides !












