Des histoires en tous genres, on en lit dans la Bible, et notamment dans le cycle de David (1 Samuel, 16 ; 1 Rois, 2) où ce célèbre roi de l’Israël ancien nous est tour à tour présenté comme un jeune berger, un talentueux musicien, un homme choisi par Dieu mais aussi un fin et ambitieux stratège ; comme un homme vaillant à la guerre mais aussi comme un fuyard rackettant de riches propriétaires ; comme un cœur impulsif capable de revenir de son désir de vengeance ou d’exprimer du repentir mais aussi habile à manipuler ; comme un père démissionnaire et un vieillard préparant l’avenir de son fils… Mais c’est peut-être parce qu’il nous ressemble que les artistes l’ont si souvent retenu pour sujet de leurs œuvres, qu’ils aient illustré les scènes de son combat avec Goliath, de sa présence apaisante auprès de Saül, de son onction par le prophète Samuel ou de sa danse devant l’arche mais aussi celles de son adultère avec Bethsabée ou de sa mort. Ce roi, dont il est si peu dit en dehors des textes bibliques, a acquis des dimensions légendaires dans la mémoire collective. Parions qu’il puisse éclairer la vie de croyants encore aujourd’hui.
Élection divine ou stratégie politique ?
Les scénarios de l’accession de David à la royauté sont multiples. 1 Samuel 16 en présente une version théologale, Dieu désignant celui qui doit recevoir l’onction. Dans le clan de Jessé, le choix du roi par Dieu se dévoile par éliminations successives. Il s’agit de comprendre que Dieu ne regarde pas l’apparence mais le cœur. En 1 Samuel, 2 et 2 Samuel, 5, il est question d’onctions par des représentants du peuple, ce qui suggère que l’onction modifie les relations entre l’oint et le peuple (non entre l’oint et Dieu). On touche là peut-être à une tradition selon laquelle David se lie une peuplade en lui faisant largesse ou en s’engageant à la protéger. Enfin, en 1 Samuel, 17 c’est David lui-même qui prend l’initiative de combattre le géant philistin Goliath et qui fait ainsi son premier pas dans l’ascension qui le mènera du troupeau au trône. À la figure d’un jeune homme choisi par Dieu est donc d’emblée juxtaposée celle d’un homme habile et entreprenant, plein de ressources.
Ainsi, l’agencement des épisodes nous apprend que le projet de Dieu d’avoir un roi s’accomplira en étant aux prises avec la liberté de David. La tension entre élection divine et stratégie politique parcourt l’entier récit le concernant. On apprend de là, qu’au travers de l’affrontement des libertés humaines, avec toutes leurs ambiguïtés et leurs opacités, la volonté divine se fraie un chemin et garde la maîtrise des événements.
L’exercice du pouvoir
Le premier acte royal de David est de se choisir une capitale. Le choix de Jérusalem est stratégique car la ville se situe à la frontière entre Israël et Juda. Outre qu’elle est donc géographiquement bien située et politiquement neutre, elle est peuplée d’une population d’origine cananéenne, qui n’aurait pas été chassée lors de la conquête de la terre par les Hébreux. Autrement dit, selon le récit de 2 Samuel 5, David s’empare d’une ville qu’il ne retire pas à son peuple pour en faire sa capitale.
2 Samuel 6 raconte le transfert de l’arche, une sorte de sanctuaire transportable, à Jérusalem. Le récit indique que David est vêtu d’un pagne de lin, qu’il danse, offre des holocaustes, bénit son peuple et sa maison. David danse pour obtenir la bénédiction pour son peuple et sa maison. Il célèbre le Dieu qui est source de vie et distribue au peuple du pain, des dattes et des gâteaux de raisins secs. Toutefois, le récit signale une autre raison à la danse de David : il danse parce que Dieu l’a préféré à Saül. Où on retrouve les motivations à la fois religieuses et politiques de David. Il n’est pas un héros de légende, toujours positif, et pourtant Dieu toujours l’assiste.
Un époux infidèle et un père démissionnaire
C’est, sans contestation, avec l’épisode bien connu de l’adultère avec Bethsabée et du meurtre de Urie (2 Samuel, 11) qu’apparaît le plus mauvais côté de David. Après cet épisode, sa maison va connaître bien des déchirements : passion dévorante, désir de vengeance et démission paternelle. Il y aura le viol de sa fille Tamar par Amnon, que David laisse impuni parce qu’il s’agit de son fils aîné ; puis le meurtre d’Amnon par son frère Absalom à l’encontre duquel David n’agit pas plus. Il paiera cher cette clémence, puisque Absalom déclenchera plus tard une série de révoltes. Absalom mourra de façon violente et David en sera fortement attristé.
Dans sa vieillesse, David apparaîtra faible et vulnérable face aux intrigues de Bethsabée et de Natân pour faire monter Salomon sur le trône (1 Rois, 1). On peut se demander toutefois s’il lâche vraiment prise et ce, même s’il cède de son vivant le trône à son fils Salomon. Dans son discours testamentaire, David invite ce dernier à garder les lois et les commandements de Dieu. En même temps, il lui impose un rôle qui rompt des engagements pris de son vivant, comme la promesse d’épargner ses opposants. David pour le meilleur et pour le pire…
Oui, David est un héros bien imparfait. Il ne nous est pas donné pour modèle mais pour compagnon. Dans son itinéraire, c’est une forme de miroir qui nous est offert, une carte aussi pour choisir comment orienter nos vies. Car ce qui se dévoile de David, et à David à l’intérieur du récit, pourrait également valoir pour le lecteur.
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