Il s’agira sans doute de la plus petite sainte de l’histoire de l’Église. Le 20 juin, Léon XIV a reconnu comme vénérable une laïque italienne, Anna Fulgida Bartolacelli (1928-1993), atteinte de nanisme et de fragilité osseuse, contrainte à rester en fauteuil roulant toute sa vie. Un nanisme particulièrement sévère puisqu’elle ne mesurait que 58 centimètres à l’âge adulte (alors qu’une personne souffrant de cette pathologie mesure en moyenne 130 centimètres, plus du double). Sa maladie provoquait des fractures articulaires fréquentes et très douloureuses. Mais sa petite taille et ses graves problèmes de santé ne l’ont pas empêchée de rejoindre, dans sa jeunesse, l’Action catholique, puis de s’investir corps et âme au service des malades à travers l’œuvre du bienheureux Luigi Novarese, les Ouvriers silencieux de la Croix.
Anna Fulgida Bartolacelli est née en 1928 dans la province de Modène, en Italie, dans une famille modeste. Atteinte, comme sa sœur aînée, d'une grave forme d'ostéoporose provoquant un nanisme et une fragilité osseuse, elle ne peut se déplacer qu'en rampant ou en déplaçant la chaise sur laquelle elle est assise. Ce n'est que dans les dernières années de sa vie qu'un artisan de Bologne lui construit un fauteuil roulant sur mesure – même les plus petits étaient trop grands pour elle – qui lui permit une certaine mobilité.
Son handicap l'empêche d'aller à l'école. Elle apprend à lire et à écrire à la maison, avec ses parents. Plus tard, la famille déménage à Montagnana, dans la même province de Modène. Leur maison est proche de l'église paroissiale, ce qui permet à Anna d'assister à la messe dominicale et de s'inscrire à l'Action catholique. Pour subvenir à ses besoins et aider son frère dans ses études, elle se consacre, avec sa sœur, à la broderie. Elles ouvrent un atelier dans lequel elles confectionnent des trousseaux et des broderies sur mesure.
Une expérience spirituelle bouscule sa vie
Sa vie bascule en 1956, lorsqu’elle rencontre le bienheureux Luigi Novarese, fondateur de l'Association des Ouvriers Silencieux de la Croix, et participe à des exercices spirituels organisés par le Centre Volontaire de la Souffrance (CVS). À travers cette expérience, elle découvre les fruits que peut apporter la souffrance d’un point de vue spirituel et réalise la contribution que chaque malade peut apporter au bien commun.
Elle se sent profondément aimée du Seigneur et lui offre ses souffrances afin qu'elles servent à la réparation des péchés, à l'Église, au Pape, aux évêques, aux prêtres et au salut des âmes. "Ce n'est qu'avec la douleur, écrit-elle, que je peux recueillir un collier de perles précieuses pour la gloire de Dieu." Elle décide de devenir un membre actif des Ouvrières Silencieuses de la Croix. Après son noviciat, elle est admise dans l'Association et se consacre à l'apostolat des malades. Elle est consacrée le 8 décembre 1964.
Pour avoir la force de supporter ma souffrance, je regarde constamment la croix de Jésus.
Anna avait une vie intérieure profonde qu'elle nourrissait par la messe, l'adoration eucharistique, la confession fréquente, la prière personnelle, la Liturgie des Heures et le Rosaire. Les exercices spirituels étaient pour elle des moments privilégiés pour raviver sa foi et passer plus de temps avec Jésus. Son amour pour la Vierge était constant et elle effectua plusieurs pèlerinages à Lourdes.
Apôtre de l'Évangile de la souffrance
Anna crée un groupe de bénévoles pour l'aide aux malades à Modène et en devient responsable. Dès lors, son activité s'intensifie. Malgré son état physique, elle se rend chaque jour au siège du centre des Volontaires de la Souffrance pour suivre les activités du groupe dont elle est responsable. Elle prend personnellement soin de nombreux malades, leur rendant visite à domicile ou à l'hôpital. Malgré ses modestes ressources financières, elle verse chaque mois une partie de sa pension d'invalidité aux Volontaires de la Souffrance.
En 1967, elle organise un congrès de malades dans son diocèse. Une initiative qui se perpétue tous les ans. Elle se rend régulièrement dans les paroisses pour des rencontres, des réflexions et des témoignages. Les témoignages recueillis lors de son procès de béatification montrent le charisme qu’elle avait auprès des jeunes. Nombre d'entre eux sont attirés par son exemple.
En 1992, son état de santé s'aggrave. Elle est hospitalisée pour des problèmes cardiaques et respiratoires et meurt le 27 juillet 1993 avec une réputation de sainteté, encore largement répandue dans son diocèse. "Pour avoir la force de supporter ma souffrance, écrivait-elle, je regarde constamment la croix de Jésus : seul le Crucifix explique le sens de la douleur du monde."












