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[HOMÉLIE] “Donnez-leur vous-mêmes à manger”

Le miracle des cinq pains et deux poissons, par James Tissot.

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Marc Dumoulin - publié le 21/06/25
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Curé de la paroisse Notre-Dame de Vincennes, Marc Dumoulin commente l’évangile de la solennité du Saint Sacrement. Dans le désert où le soir tombe, Jésus demande aux apôtres de nourrir eux-mêmes les foules affamées. Jésus ne fait rien sans eux, sans nous.

"Nous sommes dans un endroit désert", disent les apôtres à Jésus (Lc 9, 12). Dans cet endroit pourtant, les foules se rassemblent. Jésus leur parle du règne de Dieu et guérit ceux qui en avaient besoin. Annoncer à tous l’Évangile, et avec Lui, prendre soin les uns des autres. L’Évangile dit encore : "Le jour commençait à baisser".  Le désert, la nuit. Le temps vient où l’on ne pourra plus rien faire. Les apôtres, esprits pratiques, demandent à Jésus de renvoyer tout ce monde dans les villages alentour pour y manger et dormir. Comme les apôtres, nous aussi, ne voulons-nous pas congédier ceux qui nous importunent, en estimant ne plus pouvoir rien faire pour eux ?

Jésus dit alors ces paroles stupéfiantes : "Donnez-leur vous-mêmes à manger" (Lc 9, 13). Jésus ne peut rien faire sans les disciples, quand bien même ces disciples attendraient tout de Lui ; et d’abord, qu’en maître avisé, Il prenne la situation en main. Répondant à cette prière, les Douze, pragmatiques, dressent un inventaire : on dispose de cinq pains et deux poissons, ceci pour cinq mille hommes. Ce n’est pas grand-chose ; c’est quelque chose. Les disciples imaginent d’acheter ce qui manque. Jésus ne l’entend pas ainsi ; il leur demande, car il ne fait rien tout seul, que l’on fasse asseoir les gens par groupes de cinquante, assez pour que tous se connaissent, comme le maître de maison fait asseoir les invités pour le repas.

Tous rassasiés

Jésus manifeste le signe de sa présence : il prend les pains et les poissons, lève les yeux au ciel vers son Père, prononce la bénédiction, les rompt et les donne aux disciples qui les distribuent à la foule. Comment ne pas reconnaître en ce geste un autre devenu familier que nous allons, nous aussi, reproduire en consacrant le pain et le vin pour qu’ils deviennent le corps et le sang du Seigneur, et que chacun les reçoive ? Ils mangèrent et ils furent tous rassasiés. Tous, les mauvais comme les bons. Les droits et les tordus. Cinq pains et deux poissons auront suffi pour apaiser la faim de cinq mille hommes, sans rien dire des femmes et des enfants.

Quand nous nous approchons de l’autel du Seigneur, nous recevons nous aussi un petit morceau de pain, une hostie. Croyons-nous qu’en recevant ce pain, le corps du Seigneur, il nous rassasie de toutes nos faims ? L’Évangile ne livre aucun détail sur le moment où le miracle se produit, ni sur la façon dont il se produit. On sait que c’était le désert et aussi la nuit, et que cinq mille personnes mangèrent à satiété.

Notre mission "dans le désert où le soir tombe"

En Église, Église parfois défigurée, ne sommes-nous pas en un endroit désert où le soir tombe ? Ne disposons-nous pas de moyens dérisoires pour notre mission : parler du Règne de Dieu, guérir les malades, loger et trouver des vivres ? Le Seigneur nous prie alors : Donnez-leur vous-mêmes à manger. Plus étonnant, la foule souffrait d’une pénurie de nourriture. La bénédiction de Jésus permet de rassasier chacun. Des morceaux restent et remplissent maintenant douze paniers, autant que d’apôtres, pour que ces apôtres dans leur mission fassent ce que Jésus vient d’accomplir avec cinq pains et deux poissons.

J’ai peu de choses, je ne suis pas capable. Ce n’est pas vrai, notre peu est beaucoup pour Jésus, si nous ne le gardons pas pour nous.

Dans notre monde avide d’amour, souffrant de dégradation et d’abandon, où tant de personnes, âgées ou malades, sont seules, des familles en difficulté, où des jeunes peinent à gagner leur vie et à y trouver un sens, le Seigneur me demande : Donne-leur toi-même à manger. Nous répondons : J’ai peu de choses, je ne suis pas capable. Ce n’est pas vrai, notre peu est beaucoup pour Jésus, si nous ne le gardons pas pour nous. Mettons-nous en jeu. Nous ne sommes pas seuls : nous avons l’Eucharistie, Pain du chemin, Pain de Jésus. 

Le don reçu dépasse notre désir

Aujourd’hui, nous serons nourris par son Corps. Si notre cœur l’accueille, ce Pain libère en nous la puissance de l’amour. Nous nous saurons bénis et aimés. Nous voudrons bénir et aimer, commençant ici et maintenant, dans la ville et les rues que nous empruntons. Le Seigneur vient dans nos rues dire du bien de nous et nous donner courage. Il désire être pour nous bénédiction et don. Dans notre désert, entre jour et nuit, nous pensions avoir peu. De ce peu surgit plus qu’il n’en faut. Nous avions, nous étions moins que rien. De ce rien, Jésus fait déborder sur nos frères une imprévisible démesure. 

Trois ans de vie publique d’un homme nommé Jésus, mort en croix et que certains disent avoir vu ressuscité, auront suffi pour bouleverser à jamais le cours de l’histoire humaine. Croyons-le, avec le Seigneur, le don reçu dépasse notre désir. Le cadeau, toutes nos demandes.

Lectures de la solennité du Saint Sacrement

Gn 14, 18-20 ; 1 Co 11, 23-26 ; Lc 9, 11b-17

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