Apparues depuis une quinzaine d’années, les cryptomonnaies sont devenues un phénomène de société. Aujourd’hui, entre 10% et 12% des Français détiennent au moins un crypto-actif, soit environ 5,5 à 6,5 millions de personnes. Un Français sur trois envisage d'en acquérir en 2025. Qu’est ce qui explique un tel engouement ?
Revenons au départ. À l’origine, il y a le bitcoin, apparu en 2009 à la suite de la crise financière comme une réponse à celle-ci pour protéger les détenteurs contre les effets des politiques monétaires des banques centrales. Toutes les cryptomonnaies se caractérisent par le fait qu’elles sont émises sans nécessiter la présence d’une banque ou d’une banque centrale ni de présence humaine. Elles sont utilisables au moyen d'un réseau informatique décentralisé basé sur la technologie blockchain intégrant de la cryptographie pour les processus d'émission et de règlement des transactions. C’est donc avant toute chose une révolution informatique et technologique dont les cryptomonnaies sont la représentation visible. Longtemps assimilés à la monnaie des pirates informatiques et au blanchiment d’argent du fait de leur pseudonymie (c’est-à-dire que l’on connaît l’adresse Internet du détenteur de chaque cryptomonnaie mais pas forcément son identité) et de leur origine anti-système, l’environnement des cryptomonnaies est de plus en plus réglementé, en France et en Europe d’abord mais aussi dans les principaux pays du monde.
Un produit attirant
Aujourd’hui, il existe plus de 25.000 cryptomonnaies représentant plus de 3.500 milliards de dollars de capitalisation boursière. Comparativement aux actifs financiers, le montant reste modeste : à elle seule, Microsoft vaut plus de 3.500 milliards de dollars ! Mais le volume de transaction dépasse le volume traité conjointement par Visa et MasterCard (soit 27.000 milliards de dollars en 2024) ! Une des caractéristiques des cryptomonnaies est leur très forte volatilité, c’est-à-dire avec des évolutions de cours à la hausse et à la baisse très forte d’une journée ou d’une semaine à l’autre. Mais sur la durée, c’est-à-dire depuis sa création, chaque année (ou presque…) la valeur du marché des crypto-actifs a augmenté. Ce qui en fait un produit attirant pour toute une catégorie de la population, estimant qu’il s’agit d’une possibilité de gagner facilement de l’argent en investissant (spéculant ?) sur les crypto-actifs. D’autant plus que l’on peut les acheter et vendre juste en quelques clics ! Mais la réalité est plus complexe. Ce marché jeune présente plusieurs risques qui, non connus ou mal maîtrisés, peuvent conduire à de très fortes déconvenues.
Il ne s’agit pas de monnaie
La première chose à regarder est le type de cryptomonnaies. À cet égard, le terme de cryptomonnaies n’est pas exact et porte à confusion dans la mesure où il ne s’agit pas de monnaie. Si on veut essayer de les classer, on peut les présenter de la manière suivante : tout d’abord, les crypto-actifs dits de première génération, comme le bitcoin ou l’ether, qui ne sont adossés à aucune réserve d’actifs et qui représente la contrepartie du processus informatique de validation opéré par ce que l’on appelle des « mineurs ». Le bitcoin et l’ether représentent plus de 75% de la valeur de marché des crypto-actifs dont 60% pour le seul bitcoin.
À côté de cette première génération et afin de remédier à cette volatilité, est apparue une seconde catégorie de crypto-actifs : les « stablecoins », comme ceux émis par Tether ou Circle. Il s’agit de crypto-actifs adossés à une réserve d’actifs, par exemple le dollar ou l’euro, permettant de stabiliser la valeur. Leur usage est multiple, mais pour l’essentiel, ils servent à effectuer des paiements plus rapides, moins chers et plus sécurisés que les opérations bancaires, notamment dans les transferts internationaux d’argent et aussi dans les pays qui connaissent une forte inflation et une dévalorisation de leur monnaie. Mais ces stablecoins sont aussi utilisés pour effectuer des opérations sur les plateformes d’échanges de cryptoactifs : ils permettent de convertir des euros (ou dollars) avant d’acheter un crypto-actif. Et inversement, ils permettent au moment de la revente, de convertir le bitcoin ou un autre cryptoactif en un support lié à l’euro ou au dollar.
Fraudes et attaques informatiques
Le deuxième risque est la fraude. L’histoire récente de ce marché est hélas pleine de cas d’arnaques et de fraudes où des personnes se font passées pour des experts, ou même votre banquier pour vous demander d’envoyer de l’argent vers un site de crytpo-actifs, généralement dans un pays peu regardant. Et après quelques semaines ou mois prometteurs, votre portefeuille de crypto-actifs disparaît… Le troisième risque est lié au choix des plateformes auprès desquelles les cryptoactifs achetés sont conservés. Ces plateformes peuvent être réglementées, mais toutes ne le sont pas : dans ce dernier cas, elles ne sont pas contrôlées par l’AMF ou un autre régulateur boursier équivalent.
Le quatrième risque concerne encore les plateformes qui peuvent être elles-mêmes l’objet d’attaque par des pirates informatiques qui dérobent toutes les crypto-actifs des clients. Pour éviter ce risque, il est possible de garder soi-même ses crypto-actifs dans une petite clé USB sécurisée, mais là aussi les risques existent : perte ou vol de la clé, sans même parler du risque de kidnapping comme on l’a vu récemment en France.
Diversifier son portefeuille
Ce ne sont là que les principaux risques ! Alors ? que conclure ? Les crypto-actifs tout comme les stablecoins sont une réelle avancée technologique dans le monde de la finance et des paiements. Investir dans les cryptoactifs présente des risques, comme dans tout autre actif. Parfois plus, si on ne regarde pas de près le nom de l’intermédiaire. Il faut donc rester prudent et comme à chaque fois en matière d’investissement, diversifier son portefeuille et ne pas tout investir dans un seul actif.










