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Guérisons de Lourdes : “Il y a un avant et un après. C’est cela, la signature du miracle”

Grotte de Massabielle, Notre-Dame de Lourdes.

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Mathilde de Robien - publié le 19/06/25
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Actuellement membre du Comité Médical de Lourdes (CMIL), le Docteur Patrick Theillier a été directeur du Bureau des Constatations Médicales du Sanctuaire de Lourdes de 1998 à 2009. Il raconte à Aleteia comment une guérison est reconnue comme miraculeuse.

Depuis les apparitions de la Vierge à sainte Bernadette en 1858, 72 guérisons ont été reconnues comme miraculeuses, sur plus de 7.000 dossiers de guérisons déposés au sanctuaire de Lourdes. Parmi ces 72, plus de 80 % concernent des femmes. La majorité des personnes a été guérie au contact de l’eau de Lourdes, la plupart aux piscines. La dernière reconnaissance officielle est récente : elle remonte au 16 avril 2025. Il s’agit d'Antonietta Raco, une Italienne atteinte de Sclérose Latérale Primitive (SLP), une maladie neurodégénérative réputée incurable. Il y a 16 ans, en 2009, elle entreprend un pèlerinage dans la cité mariale. Après avoir été baignée dans les piscines du sanctuaire, elle témoigne auprès d'Aleteia avoir ressenti une sensation de paix inhabituelle. De retour chez elle, elle recouvre l’usage de ses jambes. Antonietta Raco est la 72e personne reconnue comme guérie miraculeusement par l’intercession de Notre-Dame de Lourdes depuis Catherine Latapie.

Au point de départ de la reconnaissance d’une guérison, la déclaration spontanée de la personne guérie au Bureau des Constatations Médicales, créé en 1883 pour recueillir le témoignage des pèlerins guéris. Qu’est-ce qui fait qu’une guérison est reconnue comme miraculeuse ? Comment se passe la procédure ? Qui décide ? Aleteia a interrogé le Docteur Patrick Theillier, directeur du Bureau des Constatations Médicales de 1998 à 2009, qui a lui-même instruit deux dossiers dont les guérisons inexpliquées ont été reconnues comme miraculeuses par l’Église catholique, celle de Jean-Pierre Bély, le 66e miraculé de Lourdes, et celle d’Anna Santaniello, la 67e.

Aleteia : Comment êtes-vous arrivé à Lourdes ?
Docteur Patrick Theillier : Pendant 25 ans, j’ai été médecin généraliste. Puis Mgr Jacques Perrier, ancien évêque du diocèse de Tarbes et Lourdes, m’a employé comme médecin responsable du Bureau des Constatations Médicales. J’y suis resté jusqu’à ma retraite en 2009. J’étais le seul médecin permanent attaché au sanctuaire mais j’étais entouré des médecins qui passent à Lourdes. Environ 3.500 médecins passent à Lourdes chaque année. Ils signent un registre pour indiquer qu’ils sont au sanctuaire, et lorsqu’il y a une déclaration intéressante, je les convoquais pour qu’ensemble, nous nous fassions une idée sur la déclaration de guérison.

Quelle est la mission du Bureau des Constatations Médicales ?
J’étais là en premier lieu pour recevoir les déclarations volontaires et spontanées des personnes estimant avoir bénéficié d’une grâce de guérison par l’intercession de Notre-Dame de Lourdes. C’est à elles de venir frapper à la porte du Bureau des Constatations Médicales. J’en recevais à peu près une par semaine. Sur la cinquantaine de déclarations reçues chaque année, une dizaine faisait l’objet d’une étude plus approfondie. Je recevais aussi toutes les personnes qui avaient déclaré leur guérison les années précédentes.

bureau des constations médicales à Lourdes
Bureau des constations médicales à Lourdes.

Sur quels critères jugiez-vous une déclaration "intéressante" ?
Quand je recevais une déclaration, j’avais tout de suite en tête les critères qui permettent éventuellement de reconnaître une guérison comme miraculeuse. Ces critères précis et très restrictifs sont appelés les "critères de Lambertini" pour avoir été établis entre 1734 et 1737 par le cardinal Prospero Lambertini, futur Benoît XIV, et sont au nombre de sept : la maladie doit être grave, connue de la médecine. Il faut que cette maladie soit organique, lésionnelle, avec des critères objectifs, biologiques, radiologiques. Il ne faut pas qu’il y ait de traitement qui vienne interférer dans la guérison. La guérison doit être subite, soudaine, instantanée et sans convalescence. C’est un critère intéressant parce que cela ne se voit jamais en médecine. Après la guérison, il faut que ce ne soit pas simplement une régression des symptômes mais bien un retour de toutes les fonctions vitales, et enfin, que ce ne soit pas simplement une rémission mais bien une guérison parfaite, totale et définitive. Cela suppose donc du temps. Généralement, les personnes reviennent l’année suivante pour valider ces critères.

Dans le cas où le Bureau constate une guérison inexpliquée, que se passe-t-il ensuite ?
Si la guérison est effectivement constatée par le Bureau des Constatations médicales, le dossier est transmis par le médecin permanent au Comité Médical International de Lourdes (CMIL), lors de sa réunion annuelle. Le CMIL nomme un de ses membres expert de la maladie en question pour approfondir l’examen du dossier. Ce médecin "rapporteur" peut consulter qui il veut. Il fait appel à tout ce que la littérature a publié sur le sujet. Il peut soumettre des pièces du dossier, en aveugle, à des confrères pour recueillir leur appréciation. Cela peut prendre un an ou deux. Il expose ensuite son avis au Comité qui vote alors s’il est d’accord pour parler de guérison inexpliquée en l’état actuel des connaissances médicales. Il y a un vote secret et il faut une majorité aux deux-tiers.

La nature miraculeuse de la guérison est signée par le fait que la personne est transformée.

Pourquoi certains cas ne sont-ils pas validés ?
Il y a d’abord des raisons sur le plan médical : souvent, le diagnostic n’est pas assez étayé, or il faut être sûr que la personne était vraiment malade. Aujourd’hui, les maladies graves sont traitées donc il faut aussi se demander si le traitement n’a pas suffi. Et puis il y a des raisons ecclésiales. Après validation par le Comité, le dossier est envoyé à l’évêque du lieu où réside la personne guérie. C’est lui qui décide de faire ou non une reconnaissance canonique de miracle. Certains évêques demandent de reprendre les examens médicaux, ou bien classent l’affaire.

Il arrive de voir des rémissions spontanées de maladie grave. Quelle est la différence avec une guérison inexpliquée ?
Oui il y a des rémissions spontanées de maladie grave qui surprennent les médecins et démontrent que la médecine n’est pas une science exacte, mais elles n’ont rien à voir avec des guérisons inexpliquées. Dans le cas d’une guérison miraculeuse, la personne sait au tréfonds d’elle-même qu’elle a guéri d’une maladie grave à un moment donné de sa vie. Il y a une transformation de sa personne. Elle est guérie dans tout son être physique certes, mais aussi psychique et spirituel. C’est en cela qu’une guérison miraculeuse se distingue d’une guérison banale. La nature miraculeuse de la guérison est signée par le fait que la personne a vécu une expérience très forte intérieurement, qui la transforme. Il y a un avant et un après. C’est cela qui pour moi est la signature du miracle. Tout repose sur le témoignage de la personne.

Cette expérience très forte, comment se manifeste-t-elle ? Antonietta Rico évoque un sentiment de paix ainsi qu’une voix qui l’a invitée à se lever. Est-ce toujours le cas ?
Les personnes miraculées ressentent toujours quelque chose. Cela peut être une vague de chaleur, une parole qu’elles reçoivent, un sentiment de sérénité. Sœur Bernadette Mouriau, la 70e miraculée, était en prière devant le Saint-Sacrement lorsqu’elle a eu une parole intérieure lui disant : "Lève-toi, enlève tes attelles, enlève ton corset". Quant à Jean-Pierre Bély, le 66e miraculé, souffrant d’une sclérose en plaques, il a ressenti une douce chaleur qui a commencé dans ses orteils et est remontée dans tout son corps quand le Saint-Sacrement est passé devant lui.

Comment réagissent les personnes guéries ?
Il y a souvent cette grande interrogation : "Pourquoi moi ?" C’est le grand mystère du choix de Dieu. On ne sait pas pourquoi Dieu guérit certaines personnes et pas d’autres. Mais dans tous les cas, les pèlerins de Lourdes ne repartent pas comme ils sont venus. Le passage à Lourdes aide à mieux vivre la maladie, à mieux l’accepter. Il y a quand même une onction sur eux qui est réelle.

Vous avez été témoin de centaines de guérisons. Est-ce qu’on s’habitue ?
Non, on ne s’habitue jamais ! C’est toujours impressionnant, très fort. Je ne peux pas oublier. C’est pour cela que mon cœur est toujours à Lourdes ! Ces guérisons demeurent un mystère, surtout pour un médecin ! Elles sont une preuve que Dieu agit toujours aujourd’hui.

Est-ce qu’un jour, avec les progrès de la médecine, on pourra "expliquer" une guérison qualifiée aujourd’hui d'inexpliquée ?
Non. Encore aujourd’hui, la médecine ne peut pas expliquer les 72 cas de guérisons de Lourdes, et ils continueront à être inexplicables dans l’avenir. Je préfère d’ailleurs parler de guérisons "inexplicables" plutôt qu’ "inexpliquées" dans l’état actuel de la médecine" car cela apporte une restriction scientiste. Comme si un jour la médecine allait expliquer les miracles. Certains remettent en question les guérisons miraculeuses de la tuberculose, mais on ne guérit pas instantanément de la tuberculose ! On ne pourra jamais expliquer, ou alors on tombe dans le scientisme : "la science l’expliquera un jour". Non, ce sont deux choses différentes. Une guérison miraculeuse, c’est l’intervention de Dieu dans la vie de quelqu’un.

Pratique

Lourdes, terre de guérisons, Docteur Patrick Theillier, Artège, juin 2019, 9,50 euros.
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