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Dans une tribune récente du journal La Croix, à l’occasion du décès du pape François, Marine Tondelier, secrétaire nationale d’Europe Écologie-Les Verts (EELV) déclare avec beaucoup d’à-propos : "On peut craindre que s’éteigne avec le pape François la lumière qu’il a contribué à allumer." Le lecteur la découvre comme une grande admiratrice du défunt pontife romain, en particulier pour son engagement écologique, au travers de sa découverte de l’encyclique Laudato si’ dont nous fêtons le dixième anniversaire en cette année 2025. "Cette lecture est une révélation, écrit-elle. Et une source de courage pour beaucoup de militants écologistes qui se sentent de plus en plus isolé." Cela dit, elle termine sa tribune avec la même critique que d’autres militants écologistes avant elle ont pu faire au moment de la sortie de l’encyclique Laudato si’ :
"Pour autant, je me garderai bien de toute tentation hagiographique. Comme ses prédécesseurs, François n’a pas fait preuve d’une grande ouverture sur les questions de société. La communauté LGBTQIA+ en sait quelque chose, François ayant déclaré que si l’homosexualité n’était pas un crime, elle restait un péché."
Accord et désaccords
Dès qu’il s’agit des questions de bioéthique, d’éthique familiale, d’éthique sexuelle et affective, des questions de genre, on se désolidarise explicitement du propos pontifical ! Je pense important sur ce point d’apporter quelques éléments de réflexion afin d’avoir, je l’espère un point de vue nuancé. Tout d’abord, le propos de Marine Tondelier n’est pas isolé, il est même très représentatif de la réception de l’encyclique Laudato si’ dès sa sortie le 18 juin 2015. Le journal Environnement magazine proclamait le premier juillet suivant : "Habemus papam ecologicum." Sur leur site, les membres d’EELV déclarèrent même : "Enfin un pape qui défend nos idées !" Les écologistes ont confirmé l’analyse pontificale sur la situation écologique de la planète (cf. Emmanuelle Réju, "Les écologistes en accord sur (presque) tout avec le pape François", La Croix, 19 juin 2015). Mais, il demeurait pour eux deux secteurs de désaccord qui sont la démographie et de l’avortement…
L’activiste canadienne athée Naomi Klein déclare dans le quotidien The Guardian : "L’encyclique redonne force à un argument moral qui est un outil puissant pour le mouvement de désinvestissement [dans les énergies fossiles], peu importe ce qui se passe vraiment au Vatican », et « à l’intérieur de ces coalitions, nous ne nous entendons pas sur tout – mais ce n’est pas grand-chose. Mais nous comprenons que les paris sont élevés, que le temps est court et que la tâche est si immense que nous ne pouvons pas nous permettre de laisser ces différences nous diviser" (1er juillet 2016). Cela signifie que pour elle, l’objectif et l’enjeu de la lutte contre la crise écologique nécessitent que l’on passe au-dessus des querelles éthiques et anthropologiques – nous allons le voir, métaphysique – pour faire front commun. La bonne nouvelle est donc que les catholiques sont des partenaires crédibles dans cette lutte qui concerne l’humanité tout entière.
La position écologiste libertaire
D’autres exemples très intéressants situent la problématique de l’avortement comme une pierre d’achoppement à une réunion plus engagée des courants écologistes à l’Église catholique. Les militants écologistes libertaires ne comprennent pas les positions catholiques sur la bioéthique, comme le respect du début de la vie humaine comme de sa fin, par le refus de l’avortement et de l’euthanasie ou du suicide assisté. Des militants historiques comme Alain Lipietz, ancien député européen (EELV), se sont exprimés sur le sujet, de même Corinne Morel-Darleux, alors conseillère régionale en Auvergne Rhône-Alpes et secrétaire nationale du Parti de Gauche en 2017 et que je cite ici : "Mais cette dimension universelle, […] est hélas ici aussi écornée par les considérations sur l’avortement, inacceptables pour des féministes, impossibles à entendre pour tous les progressistes" ("Une lecture écosocialiste de Laudato si’", in Fabien Revol (dir.), La réception de l’encyclique Laudato si’ dans la militance écologiste, Cerf-Patrimoine, 2017, p. 110).
Insupportable "loi naturelle"
Car c’est un fait que, fidèle à la tradition de ses prédécesseurs, François a considéré dans Laudato si’ que les questions de morales familiale et affective, les questions de bioéthique et de démographie et de genre faisaient partie de l’écologie humaine, elle-même part de l’écologie intégrale. Toutes les problématiques de l’humanité sont interdépendantes les unes des autres et ne peuvent pas être traitées séparément. Or le respect de l’écologie humaine passe par ce que la grande tradition de théologie morale appelle la loi naturelle dont les papes saint Paul VI et saint Jean Paul II ont été les chantres. On appelle loi naturelle la loi morale éternelle inscrite par Dieu, par création, dans la rationalité de la nature humaine. Elle est ainsi accessible par les moyens naturels de la raison, quelles que soient les croyances religieuses de la personne. Et c’est là tout le problème.
Car d’un côté nous avons les catholiques qui vont défendre, sur le plan de la vérité philosophique, une métaphysique de la nature humaine qui sera porteuse de manière intemporelle de cette loi naturelle inscrite en elle. De l’autre, des écologistes libertaires pour lesquelles, toute idée de "nature" est insupportable ! Oui, vous avez bien lu : toute idée de nature (et non pas de Nature - par distinction de la Nature comme environnement, de la nature d’une chose sur le plan métaphysique, NDA) est, sur le plan métaphysique, insupportable aux écologistes libertaires pour lesquels tout être vivant est un phénomène contingent et aléatoire issue de la poussée évolutive dans laquelle tout n’est que flux. Dans ce flux, toute différentiation est contingente et sans valeur morale particulière, encore moins hiérarchisée. Donc pas de nature humaine, ni de nature canine ni de nature florale, etc., pas même bactérienne.
Une anthropologie chrétienne en dialogue
Ce point d’interprétation — contestable — de la philosophie évolutionniste se redouble par l’intégration de l’existentialisme sartrien pour lequel l’existence précède l’essence dans la négation de toute nature de quoique ce soit sur le plan métaphysique. Nous avons donc ici une opposition frontale qui se redouble d’un malentendu quand on suppose que l’autre adopte implicitement les mêmes fondements philosophiques que les siens. En d’autres termes, ça n’a pas de sens d’agiter le spectre de la nature humaine comme argument universel devant un écologiste pour qui cet argument n’a, par essence… aucun sens. Sommes-nous dans une impasse ? Tant que l’on continuera à dire que la position de l’autre est absurde et contradictoire, oui, certainement. Tant qu’on ne cherchera pas à comprendre de l’intérieur la position de l’autre, oui, certainement. Car dans ces deux derniers cas nous ne serons pas équipés pour chercher les points de dialogue et les éventuels terrains d’entente.
Pourtant on peut être évolutionniste et ne pas être sartrien, des théologiens catholiques comme le frère Marie-Dalmace Leroy op au XIXe siècle et le P. Henri de Dorlodot au XXe avaient déjà fait des propositions métaphysiques pour interpréter chrétiennement les propositions théoriques de Darwin, sans parler de la figure iconoclaste du jésuite Pierre Teilhard de Chardin. Le positionnement de François dans Laudato si’ ébauche justement une anthropologie chrétienne en dialogue avec la pensée écologique (et non pas écologiste) quand il rappelle comme un refrain que "tout est lié". Tout existe parce qu’il est relié à autre chose. "Quand on ne reconnaît pas, dans la réalité même, la valeur d’un pauvre, d’un embryon humain, d’une personne vivant une situation de handicap — pour prendre seulement quelques exemples — on écoutera difficilement les cris de la nature elle-même. Tout est lié." écrit le Saint-Père en LS, 117. Pourquoi ?
Un "anthropocentrisme situé"
D’un côté, il rappelle le point de vue traditionnel de l’Église : "L’écologie humaine implique aussi quelque chose de très profond : la relation de la vie de l’être humain avec la loi morale inscrite dans sa propre nature, relation nécessaire pour pouvoir créer un environnement plus digne" (LS, 155). Et de l’autre, il inscrit cette dignité dans ce qui porte l’humain : l’enchevêtrement des relations écologiques qui le constitue en tant que personne à travers les processus de l’évolution de la vie sur la terre et qui participent de cette même loi naturelle : "Nous et tous les êtres de l’univers, sommes unis par des liens invisibles, et formons une sorte de famille universelle, une communion sublime qui nous pousse à un respect sacré, tendre et humble" (LS, 89). C’est pourquoi le pape François en appelle à un anthropocentrisme situé, conforme au christianisme :
"La vision judéo-chrétienne du cosmos défend la valeur particulière et centrale de l’être humain au milieu du concert merveilleux de tous les êtres, mais aujourd’hui nous sommes obligés de reconnaître que seul un “anthropocentrisme situé” est possible. Autrement dit, reconnaître que la vie humaine est incompréhensible et insoutenable sans les autres créatures" (Laudate Deum, 67).
Tout l’enjeu est de maintenant développer une pensée et des arguments ancrés dans la Révélation qui permettront d’étayer cette proposition pontificale avec le projet de pouvoir entrer en dialogue respectueux et fructueux avec qui résistent aux enseignements de l’anthropologie chrétienne sur la dignité de la personne. Ce faisant, il sera alors possible de continuer paisiblement et avec enthousiasme à faire front ensemble dans la lutte contre la crise écologique, parce que ses conséquences nous menacent tous. Il en va du respect de la famille humaine.
Pratique :










