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Israël veut en finir avec les mollahs

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Des sauveteurs israéliens fouillent les décombres sur le site d'un tir de missile iranien à Bat Yam, le 15 juin 2025.

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Jean-Baptiste Noé - publié le 17/06/25
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Les attaques lancées par Israël contre l’Iran visent deux objectifs : empêcher le pays de se doter de l’arme nucléaire et changer le régime en place. Réussira-t-il ? Personne ne bougera pour soutenir les mollahs, observe le géopoliticien Jean-Baptiste Noé.

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La nature de la guerre qu’Israël mène contre l’Iran, lancée le 13 juin, est différente des interventions précédentes : il ne s’agit pas de riposte contenue ni de frappes symboliques, comme ce fut le cas les derniers mois, où Iran et Israël frappaient chacun leur tour, pour sauver la face. Il s’agit d’une attaque massive et coordonnée, qui vise à changer le régime en Iran et à modifier la carte du Moyen-Orient.

Empêcher l’Iran d’avoir la bombe

Le premier objectif de l’attaque est d’empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire. Selon les autorités israéliennes, Téhéran serait désormais en mesure de produire plusieurs bombes en quelques jours à peine. Une analyse partagée par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), qui a condamné l’Iran pour non-respect de ses engagements. Pour Israël, négocier est désormais inutile : l’Iran avance vers le nucléaire tout en se cachant derrière le paravent de la diplomatie. L’Iran a confirmé son intention de moderniser l’usine de Fordow afin de porter l’enrichissement de l’uranium à plus de 60%. Ce seuil n’a pas de finalité énergétique, mais lui permettrait de pouvoir constituer des bombes. Israël a donc changé de stratégie. Il ne s’agit plus uniquement de détruire les installations nucléaires, mais de changer le régime afin que tout accès à l’arme atomique soit impossible. Pour Israël, l’opération ne peut s’achever qu’avec la fin des mollahs.

C’est la raison pour laquelle plusieurs personnes de haut rang ont été éliminées : le chef d'état-major, le général Mohammed Bagheri, ainsi que son successeur, nommé il y a cinq jours à peine, le chef des gardiens de la révolution, Hossein Salami, et des experts scientifiques de renom : Faridoon Abbasi et Mohammad Tehranchi. Il y a les morts et il y a le message envoyé : Israël est présent partout sur le territoire iranien. Entre les agents du Mossad et les Iraniens au service d’Israël, ce dernier connaît tout, sait exactement où se trouvent les personnes importantes et est capable de les tuer, y compris dans leurs bunkers sécurisés. De quoi créer une psychose totale. L’ayatollah Ali Khamenei n’a échappé que de peu à la mort, Donald Trump s’étant opposé à son assassinat. Mais quand le Premier ministre israélien dit, en conférence de presse, que la mort de Khamenei permettra d’établir la paix en Iran, c’est bien une pression maximale qu’il met sur le dirigeant du pays.

Guerre psychologique

Israël ne fait pas seulement usage d’attaques aériennes, il utilise aussi parfaitement la guerre psychologique dans le but de provoquer un effondrement d’effroi en Iran. Mardi 17 juin, c’est la plus grosse banque d’Iran qui a ainsi été rendue inactive par une attaque cyber : les données sont perdues, les comptes sont inaccessibles. Le même jour, l’ambassadeur d’Israël aux États-Unis a annoncé la couleur des jours à venir dans une sorte de teasing qui transforme la guerre en série Netflix : "Nous avons réussi un certain nombre de surprises. Lorsque la poussière retombera, vous verrez des surprises jeudi soir (19 juin, Ndlr) et vendredi, qui feront que l’opération dite des bipeurs semblera presque simple." Le tableau est dressé : un grand événement surviendra dans la nuit de jeudi à vendredi. Presque une prophétie biblique pour un État hébreu qui a placé cette opération sous le signe des symboles.

Le combat des lions

Le nom de l’opération, "Am Kalavi", témoigne de la dimension politique des frappes. En français, cela peut se traduire par "un peuple qui se lève comme un lion". Dans la Bible, le lion est le symbole de la tribu de Juda. Il exprime la force, la vaillance et la lutte contre l’occupant. Le peuple qui se lève comme un lion peut donc être vu comme le peuple hébreu qui, une nouvelle fois, se lève contre son oppresseur, ici l’Iran. Le nom de l’opération démontre que la guerre est tout autant politique que mystique.

Mais ce lion a une double signification. Il est également le symbole du lion solaire, emblème de la Perse de 1576 à 1979, c'est-à-dire jusqu’à l’arrivée des mollahs. Symbole qui provient de la mystique zoroastrienne, le lion solaire tient un sabre dans sa patte droite, signe de justice et de combat. Le peuple qui se lève comme un lion est donc aussi le peuple iranien, qui remet le lion au centre du drapeau de l’Iran, c'est-à-dire qui renverse le régime actuel pour fermer la parenthèse de la révolution islamique. En choisissant un tel nom pour son opération, Israël fait passer un message clair à l’Iran : le lion va remplacer les mollahs. Après les propos tenus par l’ambassadeur aux États-Unis, c’est peut-être jeudi qu’Israël lancera l’offensive finale.

Personne ne bougera pour soutenir les mollahs

Dans la région, aucun pays arabe ne soutient le régime iranien. Si aucun ne peut se montrer en faveur d’Israël, personne ne bougera pour soutenir les mollahs, comme personne n’a bougé pour soutenir Assad. Les Israéliens ont prévenu : ils veulent changer le visage du Moyen-Orient. Les Américains avaient le même objectif en 2003, ce qui aboutit aux drames que l’on connaît. Vingt-deux ans plus tard, à l’image des nombreuses vidéos qui circulent sur Instagram où l’on voit des jeunes Jordaniens et Libanais qui font la fête sur les terrasses en contemplant les missiles que s’envoient Tel-Aviv et Téhéran, les pays arabes observent la guerre et retiennent leur souffle.

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