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Lorsque nous fêtons l’anniversaire d’un évènement ce n’est pas tant sa commémoration qui attire notre attention mais les fruits portés par cet évènement. C’est aussi dans cette perspective qu’il faudrait aborder le 10e anniversaire de Laudato si’, rendue publique officiellement le 18 juin 2015. Quels sont les fruits de cette lettre encyclique ? Comment ce texte a "grandi" pendant dix ans ? Mais comme un texte est d’abord fait pour être lu, il faut se demander plutôt, comment ce texte a "grandi" chez ses lecteurs ?
Le "cri de la terre"
Laudato si’ est sans doute un document qui a le plus marqué le pontificat du pape François. Il est encore trop tôt pour faire un bilan sur ses écrits majeurs mais nous pouvons risquer une telle aventure en mettant déjà cette encyclique parmi ses textes phares. Très attendu, ce document a été accueilli avec beaucoup d’enthousiasme et d’espoir. À la fois à l’intérieur de l’Église mais aussi à l’extérieur, car il touchait une des problématiques majeures du monde actuel : tous se sentaient concernés par les questions abordées. Grâce aux paroles du souverain pontife, certaines initiatives internationales, locales et individuelles ont été renforcées ; d’autres projets sont nés.
Certains disent que l’homme a raté sa mission, et qu’il est désormais le grand ennemi de la nature. La foi catholique invite à un dépassement de ce pessimisme moderne car, malgré tout, Dieu continue de faire confiance à l’homme.
Sur un ton assez dramatique, François a décrit les symptômes d’une véritable crise écologique mais sans y rester enfermé. En empruntant le schéma traditionnel de la doctrine sociale de l’Église, il a d’abord porté son regard sur le monde dans sa réalité concrète, tel qu’il se présente ici et maintenant ; il a voulu amener son lecteur jusqu’aux racines profondes de la crise qui a provoqué le "cri de la terre". Ce qu’a voulu le pape, c’est que ce cri soit entendu. Mais entendu par qui ? Par celui à qui toute la création a été confiée, à savoir l’homme. Oui c’est à lui que Dieu a confié la terre pour qu’elle soit cultivée. Aucune crise écologique ne peut nous faire oublier cette vérité que nous lisons dans les premières pages de la Bible et que François nous rappelle dans le deuxième chapitre intitulé "L’évangile de la création".
Une écologie intégrale
Certains disent que l’homme a raté sa mission, et qu’il est désormais le grand ennemi de la nature. La foi catholique invite à un dépassement de ce pessimisme moderne car, malgré tout, Dieu continue de faire confiance à l’homme. Si la racine profonde de cette crise se trouve dans l’homme, peut-être la solution viendra aussi grâce à lui. Il ne s’agit pas de recommencer les erreurs du monde moderne qui mettait toute sa foi en l’homme autonome, fermé sur lui-même, et qui a engendré l’anthropocentrisme dénoncé par François. Mais il s’agit d’emprunter le chemin d’un homme nouveau qui réalise que tout changement ne peut venir que d’"une profonde conversion intérieure" (LS 217).
Quelle est cette conversion ? Le pape François parle d’une conversion écologique qui n’est authentique que lorsqu’elle est intégrale. Tout d’abord, cela veut dire que l’écologie environnementale et l’écologie humaine ne forment qu’une seule écologie. "La dégradation de l’environnement comme la dégradation humaine et éthique sont intimement liées" (LS 56), c’est pourquoi il faut les traiter ensemble. Même si les symptômes sont différents il ne faut pas oublier que les causes sont les mêmes. Pourtant il faudrait préciser encore ce terme "intégral" qui, de nos jours, a été bien appauvri et possède une connotation plutôt quantitative que qualitative.
La conversion écologique n’est pas d’abord dans l’action mais dans la contemplation.
Ce n’est pas en rassemblant tous les éléments que l’homme parviendra à trouver des solutions. Un discours politique penche plutôt dans cette direction qui veut susciter une action commune de tous. L’Église aussi s’adresse à tous et veut l’engagement de tous mais son regarde porte d’abord sur l’homme, créé à l’image de Dieu, et sa capacité de répondre personnellement à cet appel. L’intégralité dont il est question concerne surtout la qualité de l’homme, c’est-à-dire sa maturité, sa profondeur. Un tel homme sera capable d’avoir une relation juste avec les hommes et la création. Paul VI parlait du développement intégral qui doit "promouvoir tout homme et tout l’homme" (Populorum progressio, 14). Le pape François, à son tour, parle d’une anthropologie adéquate qui est au cœur du problème écologique et qui doit être le principe de l’écologie humaine. C’est pourquoi la conversion dont il est question est d’abord anthropologique. "Il n’y a pas d’écologie sans anthropologie adéquate" (LS, 118).
Seule, la contemplation
Mais en fin de compte la conversion écologique n’est pas d’abord dans l’action mais dans la contemplation. Une action qui n’est pas fondée dans un regard contemplatif qui cherche la vérité, tombe dans un activisme hâtif et s’épuise avant qu’il ne parvienne à atteindre ses objectifs. Ce n’est qu’une "contemplation reconnaissante du monde" (LS, 214) qui peut donner des repères à l’action juste de l’homme. Romano Guardini, un grand maître du pape François, cité à plusieurs reprises dans son encyclique, montre le dilemme qui se présente à l’homme moderne : dominer ou servir. Il s’agit de deux manières d’exercer sa puissance. Soit comme dominateur, et nous voyons les conséquences désastreuses que cela a provoqué ; soit comme serviteur fidèle qui participe à la gouvernance de son Dieu et mène la création à son accomplissement. Seule la contemplation préserve l’homme d’une domination perverse et manipulatrice et permet d’accomplir la tâche qui lui a été confiée.
Peut-être les fruits de cette encyclique se trouvent dans les germes contemplatifs qui mènent à la louange de son Créateur. Peut-être que ces germes ont permis à son lecteur de grandir et de s’élever vers Dieu. Les premiers mots de l’encyclique sont importants et donne le ton à tout le reste. Si la lettre encyclique du pape François a commencé par une louange et non pas par un soupir, c’est pour que reste sur les lèvres de son lecteur cette seule phrase : "Loué sois-tu".










