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Alligators, tempêtes et ticuna : frère Paolo, missionnaire en Amazonie

Frei Paolo Maria

Frère Paolo.

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La rédaction d'Aleteia - publié le 17/06/25
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Au cœur de l’Amazonie, le frère capucin Paolo Maria Braghini vit une mission périlleuse mais féconde auprès des peuples autochtones. Naviguant entre tempêtes, alligators et insectes venimeux, il témoigne d’un Évangile incarné, enraciné dans la culture locale.

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Un après-midi, alors qu’il rentre d’un ravitaillement en ville, le frère Paolo Maria Braghini, missionnaire capucin en Amazonie, voit le ciel bleu se couvrir brusquement. Une tempête s'annonce. Pris dans un courant fort, le frêle canot du religieux se renverse. Entraînés dans les profondeurs du fleuve, le frère Paolo et son compagnon ticuna — un membre de la principale ethnie autochtone locale — luttent pour leur vie. Par miracle, ils regagnent la rive à la nage. Trempés, exténués, ils n’ont pourtant pas le droit de s’arrêter : moustiques, fourmis, insectes venimeux rôdent partout. Ils marchent dans la nuit pendant plus d’une heure avant de trouver enfin refuge dans une communauté indigène. "C’est uniquement par la grâce de Dieu que nous avons survécu. Les courants sont puissants, beaucoup s’y noient", confie le frère Paolo à l'édition américaine d'Aleteia.

Ce que d’autres considèrent comme une aventure extraordinaire, le frère Paolo le vit comme un jour ordinaire. Depuis 2005, cet Italien est missionnaire dans la paroisse Saint-François d’Assise, à Belém do Solimões, une zone frontalière entre le Brésil, le Pérou et la Colombie. Il dessert aujourd’hui 72 communautés, réparties sur un vaste réseau de rivières. Les dangers sont constants : alligators, fourmis rouges, serpents, pannes de moteur en pleine jungle… "Une fois, j'ai vu ce que je croyais être un tronc d’arbre flottant. En m’approchant, il ouvre les yeux : c’est un alligator immense. Mon cœur a sauté un battement !"

Vivre avec les peuples autochtones est un privilège. Ce sont des hommes et des femmes d’une grande fraternité, très travailleurs, reliés profondément à la nature.

Quand il arrive à Belém do Solimões, la paroisse est abandonnée depuis 15 ans. Aucun prêtre, aucun sacrement. Seuls quelques laïcs tiennent la foi vivante. Dans certaines communautés, il devient le premier prêtre à célébrer des baptêmes. Face à la violence, à l’alcoolisme, et au désespoir des jeunes, il lance de petites initiatives : cours de guitare, ateliers de couture… Peu à peu, la vie pastorale renaît et l’évangélisation prend racine.

Les Ticuna, cœur de la mission

Les Ticuna forment la plus grande ethnie autochtone de la région, avec environ 40.000 membres. Grâce à un travail patient et enraciné, les communautés célèbrent aujourd’hui la messe en langue ticuna, accompagnée de catéchèse. Un premier diacre autochtone est ordonné, et d’autres vocations naissent au sein des séminaires. "Nous croyons en eux. Ils peuvent et doivent être les pasteurs de leurs propres communautés, avec leur langue et leur culture. Ils le sentent : nous les aimons et nous les respectons."

Le frère Paolo dirige un projet de valorisation de la culture ticuna à travers la musique. Il traduit des chants liturgiques et des prières dans cette langue unique, qui ne ressemble à aucune autre en Amérique. "Depuis notre arrivée, nous traduisons des chants comme le Je vous salue Marie. Aujourd’hui, nous avons plus de 200 chants bibliques traduits par les jeunes." La Bible pour enfants est déjà disponible en ticuna, et elle sert à la catéchèse. La traduction des Évangiles est en cours.

Le village d’Eware I et II (situé dans la municipalité de Tabatinga, à l’extrême ouest du Brésil), où le frère Paolo se rend régulièrement, compte près de 5.000 habitants. On n’y accède qu’avec l’autorisation de la FUNAI (Fondation nationale des peuples autochtones). Seul le fleuve relie les communautés entre elles, et les pirogues en bois servent de moyen de transport. L’unique accès à Internet passe par l’école informatique soutenue par Caritas. "Vivre avec les peuples autochtones est un privilège. Ce sont des hommes et des femmes d’une grande fraternité, très travailleurs, reliés profondément à la nature. Nous, Franciscains, redécouvrons ici le lien entre créature et Création, comme saint François nous l’enseigne. " Le frère Paolo voit dans le Synode pour l’Amazonie — convoqué par le pape François en 2019 pour affirmer la dignité des peuples autochtones et promouvoir une Église enracinée dans leurs cultures — un encouragement providentiel : "Toute l’Église nous rappelle que Dieu s’est fait chair dans chaque culture. Chaque peuple mérite respect et dignité. Quand la voix de l’Église-Mère s’élève, elle nous fortifie. Aujourd’hui, nous avançons sans crainte."

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