Aller au contenu principal

Et si on faisait du 18 juin une fête nationale ?

7 min de lecture
Michel-Cool.jpg

Crédit : Aleteia

Michel Cool.

Notre chroniqueur Michel Cool plaide pour faire du 18 juin une journée de mémoire et de gratitude. Il y voit dans l’anniversaire de l’Appel de Londres une date pour se laisser interpeller par l'histoire et se demander où nous en sommes chacune et chacun de notre lien avec la France.

Partager sur :

Le 12 juin, les quatre petits-fils du général de Gaulle ont remis le manuscrit original de l'Appel du 18 juin 1940 aux Archives nationales. Il se compose de deux feuilles manuscrites recto-verso, rédigées à l'encre noire et comportant de nombreuses ratures. Le Général avait confié après-guerre ce brouillon à son épouse. Précautionneuse et discrète, Yvonne de Gaulle l'avait soigneusement enfermé dans un coffre-fort. "Je ne l'avais jamais vu", a reconnu Yves de Gaulle un de ses héritiers. Le don à l'État de ce trésor archivistique, comprenant 1.300 autres documents dactylographiés ou manuscrits du Général, n'est pas ressenti comme un arrachement par la famille : Charles de Gaulle "se savait homme d'État, il se savait homme de l'Histoire, et il était parfaitement évident pour lui que tout ce qui concernait son action d'homme d'État appartienne à l'histoire de France", explique Yves de Gaulle. Le manuscrit de l'Appel prononcé sur les ondes de la BBC sera exposé gratuitement, à partir du 18 juin, à l'hôtel de Soubise, siège parisien des Archives nationales, avant de rejoindre, dans une armoire de fer, les documents les plus importants de l'histoire de France.

La flamme de la Résistance

"Symbole du refus de la soumission comme le 14 juillet 1789, du courage et de l'énergie patriotique comme le 11 novembre 1918, le 18 juin 1940 est à juste titre dans la mémoire des Français une des grandes dates, la dernière grande date à ce jour, de notre histoire", écrit un ancien résistant de la France Libre et compagnon de la libération, Jean-Louis Crémieux-Brilhac, dans un des livres relatant avec fidélité cette journée incroyable du 18 juin 1940 et son impact sur le cours de l'histoire. On peut se demander sérieusement si le 18 juin n'aurait pas vocation à devenir une fête nationale, au même titre que le 14 juillet, le 11 novembre et le 8 mai. Une fête nationale, non pas pour rajouter un jour férié à un calendrier déjà bien garni. Mais une fête nationale pour, au moins une fois l'an, raviver chez les Françaises et les Français habitués à cette paix reconquise au prix du sang il y a plus de 80 ans, la flamme de la résistance au fatalisme, incarnée par De Gaulle dans son sublime exil londonien, puis par ces Français de toutes conditions et obédiences qui rallièrent la bannière tricolore marquée de la croix de Lorraine : la flamme du dépassement, la flamme du courage, la flamme de l'espérance, sans lesquelles il est impossible de faire nation. Sans lesquelles on ne peut pas dire, sauf à être un menteur, qu'on brûle d'amour pour la France.

Une amnésie historique

Or, que voit-on en 2025 dans le pays d'où s'envola pour l'Angleterre le général de Gaulle, le 17 juin 1940, pour préparer sa libération et rétablir la République et la démocratie sur les ruines de la tyrannie ? On observe une amnésie historique atteignant des sommets vertigineux dans toutes les catégories de la population. On constate la désuétude dans laquelle on laisse l'instruction civique, provoquant des ruptures de transmission entre les générations et avec des citoyens de diverses origines, dommageables pour vivifier le sentiment national. Ces béances ont ouvert des boulevards, non seulement à l'ignorance, mais à la naïveté dont profitent avidement les falsificateurs et les récupérateurs en tout genre de notre histoire. Ils prolifèrent comme la peste sur l'anxiété collective générée par l'inconnaissance de l'avenir, mais aussi celle du passé. Le désespoir ne naît-il pas de ne pas savoir où l'on va, mais aussi de ne pas savoir d'où l'on vient ? Les imposteurs sont d'autant plus zélés, plus libres de leurs mouvements, que les témoins de ces événements fondateurs de notre liberté ont quasiment disparu : ils ne peuvent plus opposer la véracité et la légitimité de leurs expériences aux présentations fallacieuses qui se répandent partout, avec le gentleman agreement de réseaux de communication leur servant le plus souvent de simples courroies de transmission.

Devoir de gratitude

Le 18 juin mérite donc bien de devenir une fête nationale. De Gaulle ne l'avait pas voulu de son vivant. Sa famille n'y serait peut-être pas favorable. Elle a été élevée dans le culte de la grandeur et du silence par celui qui voulut rester à jamais "général de brigade à titre temporaire". Je persiste cependant dans l'idée d'inscrire le 18 juin parmi nos fêtes nationales. Par devoir de mémoire. Par devoir de gratitude. Par devoir d'esprit civique aussi. Il ne suffit pas de commémorer des actes de bravoure, de relire des pages glorieuses, ou d'honorer des personnages héroïques pour se considérer en citoyen comme il faut. Commémorer ne se réduit pas à être un spectateur admiratif de dépôts de gerbes, de défilés superbes, de sonneries aux morts et d'émissions de télé spéciales au débit interminable. Commémorer n'a vraiment de sens et d'utilité que si on retient de l'histoire des leçons qui nous aident vivre et à relever maintenant nos défis collectifs.

Comment ? En nous demandant, par exemple, comment le programme de salut public énoncé par de Gaulle, en juin 1940, pour relever la France qui avait roulé plus bas que terre, ne pourrait pas être aujourd'hui "une source d'ardeurs nouvelles", comme c'est écrit dans les Mémoires de guerre. Ce programme tenait en trois principes : "L'honneur, le bon sens, l'intérêt supérieur de la Patrie." Que signifient ces mots pour nous à présent ? Ont-ils encore rang d'idéaux ? Quelle place leur accordons-nous dans la hiérarchie de nos souhaits politiques ? Quelle est l'estime réelle, l'attachement sincère que nous portons à notre pays ? Pour Charles de Gaulle, la France était une personne. En laïc chrétien, il la comparaît même à "la madone aux fresques des murs". Quand Paris fut libéré en 1944, il insista pour qu'on chantât à Notre-Dame, non pas un Te Deum, mais un Magnificat. Sa vision mystique et amoureuse de la France lui était inspirée par Charles Péguy dont il avait tout lu pendant sa jeunesse. "Il sentait les choses exactement comme je les sentais", confia-t-il plus tard à Alain Peyrefitte.

Mais revenons à nous et à l'actualité permanente de l'Appel du 18 juin. Que représente pour nous la France ? Nous attendons souvent beaucoup d'elle. Mais que sommes-nous prêts à faire pour elle dans ce monde menaçant et menacé ? Que sommes-nous disposés à lui donner simplement par affection ? Par amour ? Ces questions sont importantes et à ne pas prendre à la légère. De nos réponses, ajoutées les unes aux autres, dépendent au fond le visage que nous donnons tous ensemble à la France, la force dont nous peuplons son âme — car "une nation est une âme, un principe spirituel", affirmait Renan —, et l'écho de sa voix dans le vaste monde. Ce n'est donc pas rien que de nous interroger sur l'état de notre relation personnelle avec ce pays qui nous a vus naître ou qui nous a accueillis. L 'anniversaire du 18 juin 1940 est la date appropriée pour se laisser interpeller par l'histoire et se demander où nous en sommes chacune et chacun de notre lien avec la France. Ce travail de mémoire et de reconnaissance vaut bien une fête nationale. Et le 18 juin en est la date symbolique tout indiquée et idéale.