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Le coaching dans l’Église, et pourquoi pas ?

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Jean-Étienne Rime - publié le 09/06/25
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Et si les bonnes pratiques du monde de l’entreprise venaient à l’aide des curés de paroisse dans le quotidien de leur mission ? Le service de Dieu n’empêche pas le professionnalisme, explique dom Ludovic Lécuru, moine bénédictin auteur de "Une chance pour vos talents, vivre le coaching dans l’Église" (Salvator).

L’entreprise d’aujourd’hui fonctionne selon des méthodes qui ont évolué au cours de ces dernières années avec des moyens techniques sophistiqués, mais aussi avec des approches humaines différentes, respectueuses et mobilisatrices. Qu’en est-il de "l’entreprise-Église" ? Certes, l’Église n’est pas une entreprise et il ne faut pas comparer, entend-on souvent. C’est vrai, comparaison n’est pas raison, mais inspiration, écoute, observation peuvent l’être. Les bonnes pratiques du monde économique donnent des idées et des pistes constructives pour cette institution à la fois figée et vivante, hiérarchisée et ouverte qu’est notre Église.

Le prêtre, confronté à des difficultés multiples

Prenons un exemple. Un cadre ou un dirigeant qui souhaite évoluer, corriger certaines erreurs ou combler ses lacunes peut disposer d’un coach. Celui-ci l’écoute, l’oriente et l’aide à révéler ses potentiels, reprendre confiance dans les domaines où il semble être plus faible ; la démarche est tout à fait normale, elle est admise par tous comme faisant partie du management global et des ressources de l’entreprise. Qu’en est-il du prêtre ? "Il n’a pas besoin d’aide et encore moins de coach, objecte-t-on, c’est pour le monde de l’entreprise, pas pour les pasteurs." Et pourtant !

Le prêtre, et particulièrement le curé, est un homme seul qui s’affronte des difficultés multiples. Celles-ci sont d’abord spirituelles : il doit mener son troupeau, lequel est inconstant, différent et pas toujours très coopératif. En plus, il est confronté à des difficultés matérielles et organisationnelles : il doit à la fois assurer le catéchisme avec des bénévoles, négocier avec la mairie pour les travaux d’une église ou d’une autre car il en dessert plusieurs s’il est en campagne, assurer l’accompagnement d’une famille en deuil, récolter le denier, assurer les messes dans un Ehpad et tant d’autres missions qui doivent lui laisser le temps de prier. Bien évidemment, il est entouré, épaulé par des laïcs volontaires et bien intentionnés, mais qui a "managé" des personnes de tous âges, aux multiples occupations, sait qu’il n’y a rien de plus délicat que de piloter une équipe de bénévoles. Notre curé n’a pas été formé à toutes ces missions. Il lui faut apprendre vite, en marchant, avec l’expérience acquise.

Les bonnes méthodes d’entreprise

Est-ce qu’un coach ne pourrait pas lui être utile ? Ne serait-il pas aidé en faisant un point régulier qui lui permette de hiérarchiser les tâches, savoir mieux déléguer et contrôler ? On en vient alors aux bonnes méthodes d’entreprise, lesquelles ont trois vertus complémentaires : elles évitent la solitude et la nécessité de prendre une décision sans l’avoir confrontée à des avis éclairants, elles organisent la prise de décision et l’action et enfin, elles donnent confiance et créent de la sérénité, évacuant le stress.

Le père Ludovic Lécuru, moine bénédictin de l’abbaye de Saint-Wandrille s’est penché sur cette question et signe un livre intitulé Une chance pour vos talents, Vivre le coaching dans l’Église (éditions Salvator). Cet ouvrage est destiné aux prêtres ; dans un langage précis et argumenté, il développe les opportunités du coaching assuré par un professionnel, clerc ou non. Cette démarche est originale par la cible tout d’abord : elle est écrite pour les curés et les vicaires. Elle l’est aussi par la nature de la démonstration qui part de la réalité d’une méthode qui fait ses preuves dans le monde de l’entreprise pour l’adapter aux attentes des prêtres, qu’ils en aient conscience ou non.

Oser se faire aider

Coaching mais aussi ressources humaines, management, gestion, conduite de projet… autant de savoir-faire qui pourraient faire l’objet de réflexions et d’adaptations aux réalités d’une Église de France prise entre ses exigences et un monde en mouvement. Certains, à l’image du Père Ludovic proposent des accompagnements — le réseau Talenthéo par exemple ; leurs démarches sont à développer tant elles portent du fruit d’après ceux qui les ont expérimentées.

Chers prêtres, faites-vous aider par des professionnels, d’autres prêtres comme notre moine qui est coach diplômé ou par des laïcs très compétents, formés et bénéficiant d’une expérience approfondie. Ne restez pas seuls, vos appuis ne vous donneront pas toutes les solutions, ils vous feront progresser avec talent et sérénité. Chers laïcs, aidez votre curé et faites-le aider par ces professionnels. C’est une façon d’aimer nos prêtres comme notre pape Léon XIV nous invite à le faire.

Pratique

Une chance pour vos talents, Vivre le coaching dans l’Église, Dom Ludovic Lécuru, préface de dom Geoffroy Kemlin, Salvator, avril 2025, 219 pages, 18 euros.
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