Tout a été dit sur les événements qui ont suivi la victoire du Paris-Saint-Germain à la Ligue des champions. L’indignation de notre pays a été à la hauteur des faits lamentables perpétrés à l’issue d’un match qui n’aurait dû générer que de la joie. Est-ce un instant imaginable que la victoire d’une équipe sportive ait pour conséquence deux morts, de nombreux blessés dont des membres des forces de l’ordre, des pompiers, sans compter les dégradations de toutes sortes sur ce qui est convenu d’appeler la plus belle avenue du monde mais aussi dans villes et les sous-préfectures de la France rurale ? Magnifique victoire et indignation. Alors que l’on devrait complimenter les joueurs, leur entraîneur, les soutiens de l’équipe, la joie se mêle à l’indignation et la peine, et l’image de notre France, déjà bien entachée, ne resplendit pas de cette victoire.
Que faire ?
Essayons d’analyser au-delà des faits. Qui est responsable de ces actes qui se multiplient ? Car il n’y a pas que le football : la peinture verte sur le mémorial de la Shoah et tant d’autres actes violents, racistes, haineux qui font tristement notre quotidien. Est-ce que les politiques n’auraient pas une part de responsabilité ? Certainement, et l’attitude de ce député qui explique que le ministre de l’Intérieur a organisé le chaos est caractéristique : on absout les fauteurs de troubles comme on a innocenté le jeune Nahel, ce jeune automobiliste mort après un refus d’obtempérer, en allant jusqu’à observer une minute de silence à l’Assemblée nationale.
Les policiers tués ou blessés qui tentent si souvent de faire stopper la délinquance n’ont pas autant de prévenances. Nos élus ont oublié de penser ou plutôt, ils ne pensent qu’à l’élection suivante en utilisant les faits de société pour les condamner, les soutenir, mais pas souvent pour trouver des remèdes aux déviances. Ils ne sont pas seuls. Les enseignants, parents, éducateurs, magistrats… ont une responsabilité dans cette dérive des couteaux et machettes, des refus d’obtempérer, chantages et autres incivilités. Que faire ? Subir en râlant et se désolant, ou réagir ?
Mobilisation et désolation
La réaction est délicate mais regardons moins d’un an en arrière. Le sport avait une autre tenue et la France entière se réjouissait de ces Jeux olympiques différents et joyeux. Cette parenthèse enchantée s’est vite refermée, mais elle a créé des vocations : des jeunes se sont engagés dans des équipes, ont dépensé leur énergie à vaincre l’adversaire sur un tatami, un stade ou à vélo sur les routes, et non dans la rue un soir de fête. Ils ont appris la discipline et le dépassement de soi. Le sport sauve une jeunesse sans repères et donne une direction, un sens et un esprit de solidarité. Paradoxe : joie des Jeux Olympiques et mobilisation, joie de cette coupe d’Europe et désolation.
Les constantes du sport
Et si nous surfions sur cette vague constructive du sport ? Je propose aux footballeurs du PSG de parler à cette jeunesse sans bornes et sans maîtres. Qu’ils disent leur joie de la victoire et aussi celle des petits matins d’entraînement, l’effort qui est le leur chaque jour et la satisfaction de se savoir solidaire et acteur d’une équipe. Bien sûr, peu arriveront à ce stade (et ce salaire), mais les joueurs de division régionale ont autant de bonheur à s’investir dans leur sport, le foot ou autre. Qu’ils parlent aussi et recrutent les jeunes, tous les jeunes et même les casseurs.
Dans le sport, on retrouve des constantes qui ne peuvent conduire à des actes de folie meurtrière comme nous le constatons si tristement. Le sport rompt la solitude et nécessite un travail commun, des objectifs partagés même dans les disciplines individuelles. Il demande un effort suivi et régulier pour acquérir une condition physique déterminée par un mental fort. C’est un lieu d’éducation et les entraîneurs et cadres sportifs, très souvent bénévoles, ont un rôle formidable pour compenser les lacunes civiles et civiques de nombreux jeunes. Bien sûr, il ne s’agit pas d’une solution miracle mais cet élan de certains pour donner une espérance à beaucoup.
Ceux qui civilisent
Certes, nous sommes indignés, car on ne peut s’habituer aux folies dévastatrices d’une petite minorité. Une réaction est nécessaire avec le sport, la musique et les arts. Ces activités sociales sont la marque d’une civilisation et les barbares des siècles passés sont devenus des sages vivant en société apaisée au contact des Romains puis des clercs et de l’Église missionnaire. Observons d’ailleurs que les prêtres d’aujourd’hui sont ces missionnaires nouveaux : combien de jeunes sauvent-ils avec les patronages, les formations, les camps ? Comme eux, passons de l’indignation aux encouragements actifs auprès de ceux qui civilisent.










