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Figure lumineuse de la Renaissance et homme d’État, Thomas More a payé de sa vie la fidélité à une conscience droite. Il n’est pas mort pour sa foi, même s’il ne l’a pas reniée, ni pour avoir trahi son roi. Il a simplement refusé de trahir la voix de sa conscience. Sans crispation. De la Tour de Londres, il écrit au docteur Wilson : "Je ne voudrais pas me mêler, et en vérité, je ne me mêlerai pas, de la conscience d'autrui, mais laissant chacun avec la sienne, j'entends avec la grâce de Dieu suivre la mienne" (Lettre au Docteur Wilson, 1534). Voilà le témoignage que nous recevons de More : vivre en vérité, c’est vivre paisiblement selon cette voix intérieure qui nous indique le chemin.
Entre le relativisme et l’intolérance
Et ce chemin il l’a suivi jusqu’au bout. Face à la pression politique, il n’a opposé ni révolte ni violence, nous montrant ainsi que ce n’est pas d’obstination dont il s’agit quand il persévère, mais de fidélité. Une fidélité non pas fermée mais libre, ouverte, humble, en dialogue.
En cela, More est étonnamment moderne car il incarne ce dont notre société a cruellement besoin : une conscience qui ne se laisse pas dévorer par l’idéologie, ni submerger par le relativisme. Une conscience qui, sûre de sa valeur, respecte celle d’autrui et n’imagine pas un seul instant la bâillonner. Nous assistons aujourd’hui, sous couvert d’une ouverture massive des débats, à une ambivalence totalement contraire à cette réalité. À toute déclaration, on réagit soit par un ultrarelativisme au nom duquel chacun peut penser ce qu’il veut puisque cela ne regarde que lui, soit par une véhémente intolérance, sous prétexte que de tels propos sont irrecevables en public. Dans un cas comme dans l’autre la conséquence est la même : le dialogue est rompu. Or le dialogue est le propre d’une conscience "en bonne santé" : apaisée et ouverte. C’est l’activité par laquelle elle s’exprime et grandit en forgeant son discernement.
La fidélité à la conscience, source de paix civile
Tout ceci, More l’avait bien à l’esprit, jusqu’à la dernière extrémité, toujours disposé à échanger avec le roi :
"Lorsqu’à plusieurs reprises ils m’eurent traité d’obstiné et d’entêté pour mon refus de prêter le serment et de déclarer les raisons de ce refus, j’acquiesçai à leur requête en déclarant que, plutôt que d’être taxé d’obstination, j’étais prêt […] à coucher mes raisons par écrit. On me répondit alors que, même si le roi m’en donnait l’autorisation par lettres officielles, cela ne me servirait à rien contre la loi. Sur ce, je déclarais que, si pourtant je les avais, je ferais totalement confiance à l’honneur du Roi, quel que soit le péril encouru" (Lettre à Margaret, 17 avril 1534).
Ce chemin de fidélité à la conscience est la source et le fruit de la paix intérieure, signature d’un agir en conscience. Et la paix intérieure est la source de toute paix civile. Nous aspirons tous à la paix. Mais la paix ne peut venir que d’hommes et de femmes habités par une conscience pacifiée, capables de résister sans haïr, de dire "non" sans crier, de servir sans se renier. La conscience est notre plus précieux bien commun : le creuset singulier et universel de la paix.
Être pleinement soi
Thomas More nous montre qu’il est possible d’être pleinement soi, pleinement libre, sans faire violence à l’autre ni à soi-même. S’inspirer de lui, c’est faire le choix courageux d’une fidélité tranquille, ancrée, qui ouvre un chemin de réconciliation dans un monde éclaté. C’est l’utopie réaliste que, oui, nous pouvons tous vivre ensemble. C’est s’inscrire dans un chemin de liberté que Thomas More a ouvert en étant le premier à demander l’immunité parlementaire au roi Henri VIII :
"C’est pourquoi, il plaira peut-être à votre Bénigne et Dévote Majesté, dans l’abondance de votre grâce, de donner à tous les membres de votre Chambre des Communes, ici assemblés, votre licence et pardon, pour tout homme qui, sans crainte d’encourir votre terrible déplaisir, déchargera librement sa conscience et donnera hardiment son avis, en toute matière qui viendra à être débattue parmi nous (Discours à Henri VIII, 18 avril 1523).
Sauver la conscience… et si c’était cela, aujourd’hui, le véritable acte politique ? Celui dont nous avons besoin en urgence pour poursuivre l’œuvre qui nous est confiée, celle de bâtir un monde qui ni n’échoue, ni ne renonce à être habitable pour chacun et pour tous.
Pratique :
François-Daniel Migeon, La Passion d’une conscience, huit contemplations avec Thomas More, Salvator, mai 2025,
80 pages, 8 €










