separateurCreated with Sketch.

“La plupart des gens voudraient se débarrasser de leur âme”, l’actualité de la lecture de Bernanos

Georges Bernanos.

Georges Bernanos.

whatsappfacebooktwitter-xemailnative
Valdemar de Vaux - publié le 16/05/25
whatsappfacebooktwitter-xemailnative
La première journée littéraire, spirituelle et gastronomique consacrée à Georges Bernanos doit se tenir le samedi 24 mai à Pellevoisin (Indre). Un événement organisé par les Éditions Salvator et la Fondazione per l'Evangelizzazione attraverso i Media pour manifester l’actualité de l’œuvre de l’auteur mort en 1948.

Pellevoisin n’est pas seulement un sanctuaire. Non loin de la chambre dans laquelle Estelle Faguette a vu Notre-Dame de Miséricorde, le cimetière accueille la tombe d’un auteur éminent, l’un des plus grands littérateurs de la première moitié du XXe siècle : Georges Bernanos (1888-1948). Pour honorer sa mémoire, mais surtout pour souligner l’actualité d’une œuvre à la fois romanesque et combative, en particulier dans ses essais et articles, une journée tout entière tout entière consacrée à Georges Bernanos est organisée à Pellevoisin le samedi 24 mai.

L’événement, littéraire autant que spirituel et gastronomique, est organisé par les Éditions Salvator et la Fondazione per l'Evangelizzazione attraverso i Media. Entre la visite du sanctuaire et la messe, le matin, et le recueillement sur la tombe de l'auteur, le soir, les participants dégusteront les plats préférés de Bernanos avant de suivre une série d’échanges sur l’intérêt, pour aujourd’hui, de lire ces ouvrages. Animateur de cette journée, l’auteur Marin de Viry, qui vient de publier Le Continent masculin (Le Rocher) évoque pour Aleteia son lien avec Bernanos et ce qu’il perçoit comme leçons pour ce temps dans une œuvre profuse.

Aleteia : Vous avez publié plusieurs articles qui évoquent Bernanos, comment l’avez-vous connu ?
Marin de Viry :
Ce fut d’abord un intérêt familial car mon oncle et parrain appartenait aux Forces françaises libres (FFL) [dont Georges Bernanos était proche, NDLR]. Bien qu’il ne fût pas tellement catholique incandescent à la manière de Bernanos, il le voyait comme un géant. Voilà pour l’anecdote personnelle !

Où réside, selon vous, l’originalité de cet auteur ?
Je pense qu’il y a une réelle originalité de Bernanos. Personne n’a porté avec autant de force, de profondeur, d’influence sur les esprits, l’esprit évangélique sur la littérature. Il y a bien sûr énormément d’écrits catholiques, mais peu sont aussi forts et aussi exigeants pour la vie du lecteur. Il tient une place originale par la proposition faite au lecteur d’une œuvre inspirée directement de l’Évangile. Il tient cette place également par le caractère extra-lucide de ses ouvrages. Dans les Essais et écrits de combat (La Pléiade), on lit des portraits de Pétain, Mussolini, et même de Maurras très singuliers. Il part de la vie intérieure de ces hommes, explore les stratifications de l’erreur qu’ils font, leur faiblesse, leur amour du prestige et du pouvoir, des décorations. Au fond, si j’ose dire, il fait une lecture psycho-évangélique de leur vie.

Bernanos est d’abord actuel car c’est un homme qui accepte de mourir.

Pourquoi la figure de Bernanos vous semble-t-elle actuelle ?
Peut-être cela va-t-il vous étonner, mais Bernanos est d’abord actuel car c’est un homme qui accepte de mourir. Alors qu’il est réformé, il rentre dans l’aviation pendant la guerre. Dans le même mouvement, il met la littérature à sa place : s’il y a des hommes qui meurent au combat, il n’y a pas de raison que la littérature meure aussi, c’est-à-dire soit secondaire. Elle n’est pas au cœur de l’aventure humaine, celle-ci ne doit pas en dépendre mais elle nourrit l’écriture. On le voit par son existence, c’est un homme qui assume ses engagements familiaux, qui n’a pas d’argent et trimbale femme et enfants en Espagne et au Brésil dans des lieux où la vie est moins chère. À vrai dire, il vit d’expédients à l’intérieur d’un projet transcendant.

Qu’est-ce qui, dans le monde dans lequel nous vivons, nous rapproche de la première moitié du XXe siècle dans laquelle il vécut ?
Je répondrai en citant une œuvre, qui montre comment son temps est indiscutablement proche du nôtre : La France contre les robots. Il y a là-dedans l’actualisation d’une très vieille inquiétude catholique sur la reconfiguration de l’âme à partir de bases mécaniques. Bernanos y traite du consentement de l’homme à la disparition de sa propre liberté, du confort que l’on a de se débarrasser de son âme. La plupart des gens voudraient s’en débarrasser… encore aujourd’hui.

Remarquez-vous une évolution dans la lecture faite des œuvres de Bernanos depuis leur publication ?
Dans l’œuvre de Bernanos, je distinguerais des textes "éternels", qui appartiennent au trésor de la tradition littéraire, comme Le Journal d’un curé de campagne, des œuvres plus marquées historiquement rassemblés dans les Essais et écrits de combat, ses articles pendant la guerre pour le soutien de la France libre. Aujourd’hui, beaucoup de jeunes tombent sur ces écrits en se disant, en quelque sorte, "c’est aussi rock que Houellebecq !" même s’il est vrai que Bernanos est sujet, soit de rejet, soit d’adoration. Car cette lumière spirituelle qu’on y lit a quelque chose de trop. Certes c’est trop, et l’on ne voit plus de vies catholiques extrêmes comme il les décrit, mais la jeunesse accepte volontiers les choses extrêmes.

Les œuvres de l’homme du nord peuvent sembler ténébreuses, où se trouve leur lumière ?
Il y a, à l’intérieur de chacun de ses personnages une histoire de salut : cela vient du noir mais la lumière apparaît dans des moments qui sont des saillies, des échappées. Et l’attractivité du texte vient même de cette noirceur. Quand la lumière arrive, elle est plus prégnante encore.

Bernanos accorde une place prépondérante à l’intelligence, qui n’est pas le fait de l’intellectuel, mais la capacité de regarder au fond de soi et d’accepter d’être aidé, ici par la grâce.

Bernanos est-il l’apanage des lecteurs catholiques ? Peut-on le comprendre correctement sans croire ?
Ce dont je suis sûr, c’est que ce n’est pas le souci de Bernanos. Comme catholique, il témoigne d’une vocation universelle. Advienne que pourra ! Quant à la réception par les non-catholiques, je constate qu’il est très difficile de rester indifférent à la manière dont il met toute sa vie, de façon "profane" pourrait-on dire, dans un projet qui n’est pas religieux mais profondément ancré dans le monde.

Que leur dit-il spécifiquement sur la manière d’être disciple du Christ dans la société contemporaine ? Bernanos accorde une place prépondérante à l’intelligence, qui n’est pas le fait de l’intellectuel, mais la capacité de regarder au fond de soi et d’accepter d’être aidé, ici par la grâce. "Voir ce que l’on voit" pour reprendre Péguy, partir de l’observation honnête, réelle, voilà le cœur de tout. Son rapport aux évangiles est commandé par une forme de bonne volonté de l’intelligence.

Lire Bernanos a-t-il été pour vous un moyen de nouer une relation personnelle avec Dieu ? Pour ma part, la lecture de ses œuvres est plutôt une méthodologie de lecture des Écritures. J’y apprends quelque chose de très bénéfique voire de rassurant : on peut ne rien y comprendre (par exemple passer des heures et des heures à lire l’Apocalypse), et en même temps se laisser infuser, ce qui n’est pas se laisser manipuler. Lire Bernanos m’appelle à une lecture directe, simple, débouchant sur une méditation silencieuse et non savante.

Pratique

Journée Georges Bernanos, le samedi 24 mai au sanctuaire de Pellevoisin : Inscription obligatoire ici

Programme :
10h45 : visite du sanctuaire
11h30 : messe
12h30 : déjeuner Bernanosien
14h30 – 16h30 : conférence avec Sébastien Lapaque, auteur d’Échec et mat au paradis (Prix Renaudot Essai 2024) et rencontres animées par Marin de Viry, chroniqueur au Figaro
17h00 : recueillement sur la tombe de l’écrivain
Conférences gratuites – Déjeuner à 25 €
Vous avez aimé cet article et souhaitez en savoir plus ?

Recevez Aleteia chaque jour dans votre boite e−mail, c’est gratuit !

Vous aimez le contenu de Aleteia ?

Aidez-nous à couvrir les frais de production des articles que vous lisez, et soutenez la mission d’Aleteia !

Grâce à la déduction fiscale, vous pouvez soutenir le premier site internet catholique au monde tout en réduisant vos impôts. Profitez-en !

(avec déduction fiscale)