L’exercice du pouvoir d’un pape a souvent l’apparence d’un échec, mais la question n’est pas de savoir si le pape que nous pleurons a été un bon pape ou non. Il a fait de son mieux, assure le père Benoît de Sinety, rendant à Pierre son visage de pécheur pardonné, sans oripeaux, responsable de la communion de ses frères.
Il y a douze ans, l’archevêque de Buenos Aires devenait évêque de Rome. Nous étions alors en plein carême. Dans quelques semaines, la Ville éternelle recevra son nouvel évêque au cœur du temps pascal. D’un pape à l’autre, nous traversons les temps liturgiques. Bien malin qui pourra dire plus que cela sur le futur successeur de Pierre.
Humilité et prière
François, pape du carême, a quant à lui cherché de toutes ses forces à sortir l’Église de cet autoréférencement dans lequel — souvenirs des puissances temporelles d’hier ? inquiétudes devant un monde qui fragilise les croyances "de toujours" ? confusion des sentiments ? — elle était en train de s’empêtrer. Humilité devant la patience de Jésus vis-à-vis de lui-même et de nous tous. Prière, pour qu’à l’intercession des saints et de Marie tout particulièrement, nous nous laissions façonner et conduire.
Beaucoup de catholiques ont vécu le renoncement de Benoît XVI avec un sentiment d’abandon et d’incertitudes. Beaucoup de non-pratiquants et même de non-chrétiens ont accueilli les premiers gestes et paroles de François avec reconnaissance et enthousiasme. Ce paradoxe ne doit pas cependant nous égarer : l’exercice du pouvoir a souvent finalement l’apparence d’un échec. Car ce sont toujours les failles et les erreurs que l’on mettra en exergue. Surtout si l’on place sur le nouveau venu des attentes prométhéennes, reflets de nos egos et de nos illusions.
De son mieux
La rhétorique trumpiste qui consiste à cataloguer les pays et les hommes en "gentils" et "méchants", pour immature qu’elle soit, semble être celle que nous utilisons communément sans même nous en apercevoir. La question n’est pas de savoir si le prochain pape, ou celui que nous pleurons aujourd’hui, est ou a été "bon" ou pas. François n’a pas été un "gentil" pape, pas plus que Benoît n’a été un "méchant", ou l’inverse. Ils ont essayé de faire de leur mieux avec leurs caractères, leurs marottes, leurs talents et leur péché. Qui tient jamais ses promesses ? Même le Fils de l’homme, sur la croix, semblait avoir oublié les siennes. Jusqu’au matin de Pâques.
Pâques, c’est donc précisément en ce temps de fête que le nouveau pape va être désigné. Le successeur dévoile toujours d’une manière ou d’une autre l’œuvre de son prédécesseur, dans les ombres comme dans les lumières.
Responsable de la communion
Il y a quelques mois, le Document final du synode sur la synodalité était présenté au monde par François comme à recevoir en tant que fruit du magistère ordinaire de l’Église. Reconnaissant d’emblée que "son application nécessitera plusieurs médiations", le pape défunt inaugurait ainsi un nouveau mode de gouvernement. Il prenait acte du travail commun de baptisés qui se mettent ensemble à l’écoute de l’Esprit et cherchent le Bien. Il ne prétendait pas se placer au-dessus de cette dynamique commune vécue comme une mise en œuvre du dernier concile.
Cette décision rejoint l’une de ses dernières apparitions publiques, dans la basilique Saint-Pierre, revêtu d’un pancho argentin et d’un pantalon de toile, sans calotte blanche ni rien le distinguant d’un vieillard malade ordinaire. Dans un cas comme dans l’autre, cet homme, conscient de son image et du poids de ses décisions, savait très bien ce qu’il faisait : libérer l’Église des oripeaux qui, selon lui, l’entravent. Rendre à Pierre son visage de pécheur pardonné pour qu’il paraisse parmi ses frères non pas comme un souverain, mais comme le responsable de leur communion en un même Sauveur.



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