En plein bouleversement géopolitique et sociétal, le discernement entre ce qui passe et ce qui demeure ne va pas de soi, analyse l’écrivain Xavier Patier. L’Occident a brouillé son message, et s’il fait de l’antiwokisme un moralisme à l’envers, ce ne sera pas un progrès, prévient-il.
C’est une chance rare que de vivre un changement d’époque en direct. Le coronavirus, le conflit ukrainien et le retour au pouvoir de Donald Trump ont été les accélérateurs d’évolutions géopolitiques et sociétales déjà sensibles, déjà annoncées, mais que nous avions tendance à traiter comme des perspectives abstraites. À présent, le vent de l’Histoire siffle dans nos oreilles. Les échéances redoutées sont derrière nous, une page imprévisible s’est ouverte. Le monde redevient ce qu’il n’avait jamais cessé d’être : un espace de surprises et de dangers. Au milieu des bouleversements dont les commentateurs nous rebattent les oreilles, il est difficile de discerner les constantes auxquelles nous pouvons encore nous accrocher. Cependant, comme dit l’oraison du dix-septième dimanche, les signes des temps nous engagent à "faire un bon usage des biens qui passent pour mieux nous attacher à ceux qui demeurent".
Le discernement entre ce qui passe et ce qui demeure ne va pas de soi car l’urgence ressentie obscurcit les intelligences : depuis quelques semaines tout le monde se met à dire la même chose sur la métamorphose du monde, ce qui n’est pas bon signe. Comment savoir ? Du côté de ce qui passe, nous vivons une double évolution, dans deux ordres différents : nous découvrons que l’Occident n’existe plus et que le cadavre du mâle blanc bouge encore. Du côté de ce qui demeure, nous expérimentons que le Christ a besoin de nous.












