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Matthieu Dauchez : “La résilience est l’un des fruits de l’Espérance”

11 min de lecture
PERE-MATTHIEU-DAUCHEZ-©Timothee-de-Feraudy

Crédit : © ANAK tnk

Père Matthieu Dauchez. © ANAK tnk

Le père Matthieu Dauchez s’occupe des enfants des rues et des bidonvilles de Manille depuis plus de 25 ans avec son association ANAK-TnK. Un engagement où résilience et espérance se côtoient étroitement sans pour autant se confondre. "On ne passe pas de l’un à l’autre. Mais je crois que l’on gagne en résilience en plongeant dans l’espérance", assure-t-il à Aleteia. Entretien.

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Depuis plus de 25 ans le père Matthieu Dauchez, arpente les rues de Manille, la capitale des Philippines, pour venir en aide aux enfants des rues et des bidonvilles avec son association ANAK-Tnk. Elle compte aujourd’hui 29 centres d’accueil et 12 écoles et accueils de jour dans les bidonvilles et a permis d’aider depuis sa création près de 60.000 enfants. Une mission difficile mais aussi pleine de joie de laquelle il apprend chaque jour un peu plus sur la résilience et l’Espérance, celle qui ne déçoit jamais. "Le risque est grand d’exalter la résilience quand elle n’est que le fruit de l’Espérance", assure à Aleteia le père Matthieu Dauchez qui a récemment publié un livre Osez l’Espérance, anti-manuel de résilience. "J’ai cette conviction intime qu’il existe une manière plus verticale de comprendre la résilience, plus spirituelle. Si l’espoir est un fruit possible de la résilience, cette dernière est un fruit, elle, de l’Espérance." Entretien.

Aleteia : On parle bien souvent d’entreprise résiliente, de société résiliente etc. Mais comment définiriez-vous la résilience au regard de votre mission au sein d’ANAK-Tnk ?
Père Matthieu Dauchez :
À vrai dire, la résilience m’agace ! On parle désormais de résilience individuelle, de résilience communautaire, de résilience économique, de résilience écologique etc. Le terme est décliné sans filtre et sans limites. Or un concept qui veut tout dire, on le sait, ne veut plus rien dire. Nouvelle notion très à la mode – ce qui n’est pas bon signe – la résilience est brandie inconsidérément pour exorciser le mal et la souffrance. J’ose même penser que ce principe moderne est apparu pour occulter l’Espérance, la cacher, voire l’inhumer. On a voulu tuer Dieu, on veut désormais enterrer l’Espérance ! La résilience, comprise comme capacité à rebondir après un traumatisme, se veut le remède miracle. Elle est donc désormais sur toutes les lèvres et George Orwell l’aurait probablement mis en bonne place dans le dictionnaire de sa Novlangue. Elle m’agace, donc. Mais je dois avouer qu’elle m’intrigue aussi car j’aimerais tant pouvoir offrir aux enfants des rues de Manille ces outils pour "rebondir et reprendre leur développement après le traumatisme". J'utilise ici la définition la plus classique et la plus simple de la résilience. Plus encore, j’aimerais que les enfants des rues soient de nouveau nos maîtres et que ce soient eux, les plus petits, qui nous apprennent à nous relever dans l’épreuve. Ne serait-ce pas justement, en redonnant à la résilience sa vraie place, simple fruit de l’espérance ?