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Ce qui est reçu de sa mère n’est jamais perdu

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Jean-François Thomas, sj - publié le 04/06/24

La mère qui gagne le premier regard du nouveau-né par son sourire est aussi celle qui attire le dernier, même lorsqu’elle n’est plus là pour consoler son enfant, devenu homme. Ce qui est reçu de sa mère finit toujours par porter du fruit.

Le nouveau-né découvre le monde en contemplant le visage de la mère qui l’a porté et dans le sein de laquelle il a été façonné. Hans Urs von Balthasar écrivit quelques-unes de ses plus puissantes pages sur ce thème. Toutes les émotions du bébé, chaotiques et désordonnées, alors qu’il surgit dans un environnement inconnu et hostile, sont reçues par sa mère qui les met en ordre et les lui renvoie pour son apaisement et sa croissance. Ce n’est point ici psychologie mais mystère surnaturel. L’enfant se forge comme une personne et il le fera d’autant plus facilement si l’image de sa mère est celle de l’équilibre et du véritable amour. 

Le miracle demeure

Tout se dit en cet instant en un sourire. Ce dernier rassure l’enfant et lui permet d’accepter le reste du monde. Ainsi va-t-il acquérir son indépendance. Plus cette dernière va grandir, plus il aimera vraiment sa mère, dans un processus à l’inverse de la confusion et de la possession. En résultent une union et une distinction à l’image de la Création que Dieu a voulues ainsi, à la fois proche de Lui et volant de ses propres ailes. La beauté du sourire de la mère découle de la beauté du geste créateur de Dieu. Le sacrifice du Christ sera le geste ultime et parfait pour nous sortir du désordre du péché et nous permettre de devenir semblables à Lui.

Dès la première femme et mère, Ève, malgré la Chute, le miracle demeure, préparant peu à peu la Nouvelle Ève qui est fille de la première, mais sans le péché originel. Charles Péguy fait ainsi parler Jésus, à longueur de strophes envoûtantes (ennuyeuses diront des esprits chagrins) dans Tapisserie, Ève 

“Et moi je vous salue ô la première femme
Et la plus malheureuse et la plus décevante
Et la plus immobile et la plus émouvante
Aïeule aux longs cheveux, mère de Notre Dame
[…] Vous n’avez enfanté qu’une race plaintive,
Tantôt rivée au sol, tantôt victorieuse,
Tantôt martyre et sainte, et sage ou furieuse,
O mère et c’est ma race et la race captive.”

Sur toute l’humanité blessée

Et poursuivant plus loin, à propos des hommes, passant en revue toutes les fidélités de cette vieille mère exilée prenant soin comme elle le peut de toute l’humanité blessée : 

Et quand ils passeront sous la vieille poterne,
Aurez-vous retrouvé pour ces gamins des rues,
Et pour ces vétérans et ces jeunes recrues,
Pour éclairer leurs pas quelque vieille lanterne ;
Aurez-vous retrouvé dans vos forces décrues
Le peu qu’il en fallait pour mener cette troupe
Et pour mener ce deuil et pour mener ce groupe
Dans le recordement des routes disparues.
[…] Ô femme qui fermez les regards des mourants
Sur le dernier aspect qu’ils auront eu du monde,
Et qui les refermez sur cette nuit profonde,
Ô femme qui cueillez des souffles expirants.

La mère qui gagne le premier regard par son sourire est aussi celle qui attire le dernier, même lorsqu’elle n’est plus là pour consoler son enfant, devenu homme, expirant sur le champ de bataille ou sur un lit de douleur. Combien de soldats n’ont-ils pas prononcé ce nom, “Maman”, à l’instant de remettre leur âme sur le grand balancier. À qui s’adressent-ils en cet ultime imploration ? Sans doute à la fois l’aïeule désormais délivrée des limbes, et puis leur mère de chair, et enfin leur Mère du ciel. Le lait qui les a nourris durant leurs premiers mois n’était pas différent de celui qui nourrit le Sauveur ayant revêtu notre nature humaine. Les peintres les plus religieux ne s’y sont pas trompés, au temps de l’âge d’or de la foi. L’Enfant Jésus qui suce le sein maternel croît peu à peu en taille. Chaque être humain est abreuvé aussi par le lait virginal et il acquiert ainsi la sagesse.

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Vierge allaitant l’Enfant entourée de quatre anges en prière, vers 1495, musée de Cluny.

Celle qui délie la langue

À propos de la langue que nous pratiquons depuis nos premiers balbutiements, nous parlons de langue maternelle (et non point paternelle). La mère est celle qui délie la langue. Généralement, le premier mot de l’enfant sera : “Maman”. Encore faut-il bénéficier, à notre époque qui marche la tête à l’envers, d’un père et d’une mère, de parents homme et femme formant un couple unique, indivisible, inaltérable. La moindre faille dans ce modèle voulu par Dieu ne pourra qu’avoir des conséquences parfois dramatiques sur le développement de l’enfant. Cette langue maternelle va de pair avec la terre paternelle, la patrie. 

Albert Camus, mort prématurément tandis qu’il poursuivait un cheminement spirituel impressionnant, écrivit sur son double amour de la terre nourricière et de la figure maternelle, l’une s’unissant à l’autre. Lorsqu’il reçut le prix Nobel de littérature en 1957, il évoque le drame algérien et il répond à ceux qui lui reprochent d’avoir abandonné le parti communiste : “Je suis pour la justice, mais je préfère ma mère à la justice. “Son ouvrage majeur, laissé inachevé par sa mort accidentelle, Le Premier Homme, reviendra sur la piété envers sa mère et sur la foi de cette dernière. Il la décrit, regardant le crucifix, et il notre qu’elle avait tout compris. Et un homme de foi comme Mgr Athanasius Schneider dédie son compendium de la foi catholique, Credo,  “[…] aux mères de tous les temps, et spécialement de notre époque, qui, même au milieu des persécutions, ont transmis à leurs enfants la Foi catholique pure et immuable avec le lait et l’amour maternels”. Ce n’est pas par hasard si l’Église est dite Mère. Certes, par ses hommes, elle risque d’apparaître comme défigurée, comme marâtre, de façon accidentelle, mais cela ne change point sa nature sainte et maternelle. La maternité de l’Église ne peut être affectée par l’imperfection de ses membres. Étonnant de réaliser que cette Église Mère est le Corps même du Christ.

Ce qui est reçu n’est jamais perdu

Et puis, ce sont aussi les larmes maternelles versées inlassablement à travers tous les temps et tous les espaces, semblables à celles de la Mère des Douleurs sur le Golgotha, ou bien celles de sainte Monique pour un Augustin qui est encore bien éloigné de la sainteté. Les larmes maternelles brisent les murs du Paradis. Elles sont portées dans des fioles de cristal par les anges jusqu’au Trône de Dieu. Aucune souffrance maternelle n’est vaine, n’est perdue. Chaque larme est comme une goutte de sang s’ajoutant dans le calice du sacrifice. Toutes ces mères qui perdent un enfant savent, y compris parfois dans la révolte, qu’elles sont très proches du Cœur de Dieu.

Puisse chaque enfant conçu connaître un jour le regard et le sourire de sa mère charnelle, image de la Mère du ciel. Puisse le lait maternel faire grandir en taille et en sagesse. Ce qui est ainsi reçu n’est jamais perdu et finit par porter du fruit lorsque l’homme adulte est capable de reconnaître tous les bienfaits accordés depuis sa première heure sur cette terre.

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ÉducationEnfantsMaternitéVierge Marie
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