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Mal-être des jeunes, euthanasie des vieux, “tout va très bien, madame la marquise” !

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Paul Airiau - publié le 25/05/24

Après avoir créé les conditions du mal-être des moins de 25 ans, les 40-60 ans au pouvoir arrangent la paisible disparition de leurs géniteurs, observe l’historien Paul Airiau. Demain, l’euthanasie sera-t-elle une solution parmi d’autres à toutes les souffrances ?

La chose est connue et observée plus ou moins largement par tous et par les services publics de santé : l’état psychologique et psychique d’une partie des 11-24 ans est mauvais, voire très mauvais. Anxiétés, angoisses, dépressions, troubles d’humeur, avec tous les troubles associés d’auto dépréciation et d’idées suicidaires, sont bien ancrés, spécialement chez les 18-24 ans, avec un quasi-doublement des dépressifs entre 2017 et 2021 — et sans vraie amélioration depuis. Face à cette situation, les pouvoirs publics se sont mobilisés, disent-ils, de manière exceptionnelle, disent-ils : cinq vidéos ont été diffusées sur les réseaux sociaux pour inciter à prendre soin de sa santé mentale, sans compter un site Internet et de l’écoute à distance, tous les jours de 9h à 23h.

La solution digitale

Financer l’intégralité d’un traitement psychiatrique ou psycho-thérapeutique ? Augmenter le nombre de psychiatres, de psychologues et de psychothérapeutes ? Donner des moyens dignes aux services de santé psychique ? Avoir des lieux d’accueil et de soin où l’on accepte que le traitement soit lent, long, incertain, voire chaotique ? Être disponible toujours, tout le temps, partout ? Pour quoi faire ? Tout cela n’alimente en rien la politique de l’offre ni ne représente un investissement productif au service du Choose France. Aussi, une fois encore, une fois de plus, puisqu’il faut faire des économies, puisque l’essentiel demeure la sainte croissance du PIB censée régler tous les problèmes, la digitalisation est la solution aux difficultés sociales. Le techno-solutionnisme a frappé, la start-up nation sachant désormais que le numérique a réponse à tout.

C’est ainsi que la société libérale avancée que la France dit être s’occupe de la jeunesse censée être son avenir. Comme si l’inquiétude face aux incertitudes climatiques, que l’État lui-même transmet par le biais des programmes scolaires et dont il affirme sans rire traiter avec vigueur et efficacité les causes et conséquences, n’existait pas. Comme si les effets de la pandémie de Covid-19, qui entre 2020 et 2021 a vu un confinement partiel désocialiser plus particulièrement les étudiants et spécialement ceux débutant leurs études supérieures, n’avait pas eu lieu. Comme si les transformations géopolitiques, qui articulent contestation radicale des valeurs occidentales et usage de la force guerrière d’une brutalité sans limites et brouillent toute perspective de paix prospère, ne s’étaient pas produits.

Une mort plaisante

Il est vrai qu’il est des questions plus importantes à traiter, car la liberté et le progrès n’attendent pas, pas plus que l’absolue souveraineté de l’individu sur lui-même. Car, au moment où vont mal ceux qui vont entrer dans la vie active et qui paieront par leurs cotisations sociales les systèmes de retraite et de santé, la cambre des députés, par la volonté du gouvernement, du président de la République et, dit-on, de l’opinion, débat du futur de l’autre spectre de la pyramide des âges, les “vieux”. Et alors qu’il n’est pas véritablement question d’apaiser les souffrances des jeunes, ou de les soigner, on entend s’occuper bien de ceux qui s’apprêtent, de manière inéluctable, à devoir abandonner leur carcasse aux vers ou aux flammes. Mais, comme il s’agit d’une génération qui, dans les années soixante, a révolutionné l’usage des plaisirs et les normes sociales, comme il s’agit de ceux qui ont bénéficié des Trente glorieuses et de ses possibilités de consommation, de confort et d’ascension sociale, on ne peut les laisser partir comme le tout-venant, comme ceux d’avant.

La pulsion de toute-puissance qui a caractérisé leur vie pourra s’exprimer jusqu’au bout sans en payer le prix en terme de souffrances ni de responsabilité morales.

On s’apprête donc à leur offrir une mort aussi plaisante que leur vie. Leurs enfants devenus responsables politiques leur organisent un service public de la mort aux petits oignons, où la pulsion de toute-puissance qui a caractérisé leur vie pourra s’exprimer jusqu’au bout sans en payer le prix en terme de souffrances ni de responsabilité morales : la mise à mort par autrui, légalisée, légitimée, remboursée. Paradoxe : après avoir organisé en 2020 et après un confinement radical destiné à éviter que la mort soudaine de centaines de milliers de “seniors” ne submerge un système de santé plus ou moins à l’agonie, après avoir créé les conditions du mal-être des moins de 25 ans, les 40-60 ans au pouvoir arrangent la paisible disparition de leurs géniteurs, anticipent leur propre effacement anesthésié et demeurent indifférent à leurs propres enfants.

L’effet cliquet

Encore que, peut-être pas. Car, c’est le jeu de la vie, tout est possible. Certes, la “Commission spéciale pour l’examen du projet de loi relatif à l’accompagnement des malades et de la fin de vie” a décidé que le futur service public de la mise à mort ne serait utilisable que si l’on souffrait d’une maladie “grave et incurable” et “en phase avancée ou terminale”. Certes, les abondantes discussions ont entendu circonscrire son usage à une souffrance physique, en précisant régulièrement que l’article 8 du projet de loi excluait ceux souffrant d’une maladie psychique altérant leur discernement. Mais on verra ce qu’il en sera lors de la discussion générale. D’abord parce que des parlementaires poussent à la roue dans le sens de la consécration de l’absolue souveraineté de l’individu sur lui-même que la société devrait reconnaître, jusque dans la création d’un droit à la mort. Ensuite parce que les législateurs n’ont jamais compris ce qu’était un effet cliquet et l’effet du choix premier, qu’illustrent fort bien les transformations des législations euthanasiques aux Pays-Bas, en Belgique, au Luxembourg, en Espagne et au Canada : une fois la mutation législative opérée, la pente est à la consolidation et à l’élargissement sans limites des conditions.

Ainsi, déjà peut-être par le biais du débat parlementaire qui vient, ou alors dans les cinq ans qui suivront, le problème de la souffrance psychique et psychologique des “jeunes” pourra être traitée selon la dignité de l’homme moderne : par le service public de la mort administrée. On aura donc, pour chacun, un futur possible. Mais y aura-t-il encore un avenir ?

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Tags:
EuthanasieFin de vieSanté
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