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L’Eurovision, machine de guerre

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Shutterstock I EUPA-IMAGES

Le chanteur suisse Nemo est le vainqueur de l'Eurovision 2024.

Louis Daufresne - publié le 17/05/24

Conçue pour faire chanter ensemble les peuples européens, l’Eurovision est devenue une machine de guerre pilonnant les mœurs et les goûts de nos contemporains, constate notre chroniqueur. "Une sorte de pride pour tous". Comment en est-on arrivé là ?

Avec sa jupette satinée saumon et sa veste à plumes froufroutée, le chanteur suisse Nemo ne ressemblait guère à l’image virile que je me faisais du capitaine du Nautilus, personnage en barbe et vareuse imaginé par Jules Vernes. Certes, je ne voguais pas dans Vingt mille lieues sous les mers mais dans les abysses culturelles de l’Eurovision. “Ce n’était pas un concours de talent musical, mais un concours de laideur, de vulgarité, de grossièreté, d’exhibitionnisme.” Ses mots de Ségolène Royal sont relayés par Têtu, le magazine des exégètes du sexe. À la vérité, l’égérie du socialisme chic exagère. L’événement n’était pas grossier mais hyper soigné, avec des performances scéniques au top niveau et des chorégraphies millimétrées, le tout sublimé par une réalisation télévisuelle parfaite. Samedi 11 mai, 160 millions de téléspectateurs ont regardé la finale de l’Eurovision, soit une 1 personne sur 4 sur notre si Vieux continent.

Faire chanter les peuples d’une seule voix

Une controverse à tiroirs a émaillé cette 68e édition du concours européen de la chanson — qui avait eu la mauvaise idée d’aller se fourrer à Malmö, “cœur du foyer islamiste suédois”, selon le JDD. En plein conflit à Gaza, il y avait mieux à faire. Hasard du calendrier, dit-on. À ce choix s’est ajoutée l’inclusion d’Israël et le boycott de la Russie. Un poids deux mesures. L’un a été agressé et l’autre agresseur. Certes. Mais ni les Israéliens ni les Russes ne sont comptables des errements de Netanyahu et de Poutine. 

Imaginé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’Eurovision entendait renouer les liens entre les peuples européens.

Cette partialité bafoue l’esprit même de l’Eurovision qui, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, entendait renouer les liens entre les peuples européens. Car il s’agit de les faire chanter ensemble et d’une seule voix. L’Europe s’unit par ses différences linguistiques, c’est tout le paradoxe de cette manifestation. Le sens politique est très fort. Au passage, chaque pays devrait chanter dans sa langue et non en anglais. Remercions Slimane, le tricolore arrivé quatrième, d’avoir livré une prestation en français, même si sa cantillation traînante et haut perchée faisait penser au chant du muezzin. 

Une machine de guerre

Que dire sinon de ce déluge dégoulinant de mélopées niaises et sucrées ? Certes, la musique d’ascenseur tranche avec l’humeur martiale du front ukrainien ou gazaoui. Ça nous change. Quoique. Car, à sa manière, l’Eurovision, du moins ce qu’elle est aujourd’hui, est une machine de guerre pilonnant les affects, les mœurs, les goûts de nos contemporains, toutes générations confondues. C’est une sorte de pride pour tous, en accès libre, un produit d’appel. Relisons Têtu : l’Eurovision “a confirmé son statut de grand-messe queer internationale”. Ah bon ? Mais qui l’a voulu ainsi, au juste ? Marcel Bezençon (1907-1981), ancien directeur de l’Union européenne de radio-télévision (UER) et inspirateur de ce concours, aurait-il apprécié de voir ainsi détourné le sens de cette fête ? L’évolution n’est pas nouvelle : Nemo, “artiste non-binaire, a suscité les réactions queerphobes qu’on avait déjà entendues lors de précédentes victoires à l’Eurovision d’interprètes appartenant à la communauté LGBT+, comme celle de Conchita Wurst il y a dix ans”, indique Têtu. L’Eurovision est donc devenue une sorte une showroom qui n’a rien d’anodin et qui sert à mettre en orbite médiatique les étoiles d’un nouveau genre comme Bilal Hassani. 

La tenue de Nemo

Rien qu’à voir la tenue de Nemo, vainqueur de l’édition 2024, on se dit qu’ils ont dû y passer des heures pour affûter leur flèche de Cupidon pour inoculer en nous de nouveaux désirs. Avec Nemo, c’est comme dans les fonds marins où l’on croise des créatures bizarres, ici mi-homme mi-femme. La jupette érotise son corps masculin à la manière des jeunes filles espiègles des années soixante qui n’allaient plus être innocentes pour longtemps. Son giga décolleté donne à penser qu’il y a quelque sein à voir, donc à cacher. Cette féminisation se mélange à une apparence plus masculine, à l’image des plumes de sa veste dignes de Papageno, l’oiseleur de la Flûte enchantée. Comme elles gonflent ses épaules, on pourrait aussi le croire revêtu d’une sorte de peau de bête bigarrée. Nemo se dédouble : a-t-il réinventé le neutre par la conciliation des contraires ? Peut-être. À côté de lui, Slimane a une dégaine rébarbative, même si son chemisier en tulle flottant sur son torse fait l’effet d’une moustiquaire. Tout de blanc vêtu, on le dirait en combinaison anti-Covid. Vous avez droit de penser que je raconte n’importe quoi. Mais je ne vois pas comment je pourrai faire autrement.

Tags:
EuropeGenreMusique
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