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Marie Aimée de Jésus, l’humble carmélite qui osa répondre à Ernest Renan

Marie Aimée de Jésus, l’humble carmélite qui répondit à la “Vie de Jésus” de Renan

Collection particulière

Yves-Marie Ménage - publié le 03/05/24

Il y a cent-cinquante ans, le 4 mai 1874, mourait sœur Marie-Aimée de Jésus, une humble carmélite qui osa répondre à Ernest Renan sur sa négation de la divinité de Jésus. Sa voie mystique prépara la doctrine de Thérèse de Lisieux et ses méditations sur l’âme du Christ inspirèrent l’œuvre anthropologique d’une autre carmélite célèbre : Édith Stein.

Qui ne connaît la prière de saint Ignace de Loyola Âme du Christ ? Pourtant les chrétiens considèrent rarement le fait que le Christ a une âme, de même que les hommes de notre temps pensent peu à leur âme. Or le Christ, vrai Dieu et vrai homme, a une âme humaine comme chacun de nous. Une hérésie des premiers siècles appelée « apollinarisme » fut condamnée, car son propagateur, Apollinaire de Laodicée, prétendait que le corps du Christ était animé par le Verbe lui-même et donc que le Christ n’avait pas d’âme. Il importe au contraire de tenir que Jésus-Christ est pleinement homme, corps et âme unis, mais que son âme ne fut jamais atteinte en quoi que ce soit par le péché originel. Tout en elle était ordonné, pacifié ; jamais une passion, que ce soit l’émerveillement ou la tristesse, ne dépassait en lui la mesure. Sa colère même, au Temple, fut totalement contenue par sa volonté. Autant dire que tenter un discours sur l’âme du Christ est délicat. C’est à cette méditation que s’essaiera une humble carmélite, sœur Marie-Aimée de Jésus (1839-1874).

Naissance d’une vocation

Dorothée Quoniam n’avait pas fait d’études. Née à Rozel près de Cherbourg en Normandie en 1839, elle avait suivi sa famille dans l’exode rural qui l’amena dans la capitale. Dans son Autobiographie, elle rapporte l’un des premiers mots qui la frappèrent quand elle n’avait que 4 ans. Elle entendit sa mère prononcer le nom du Très Haut : 

« Un jour, je fus vivement frappée d’un nom dont elle l’appelait et qui lui convient si bien, le Très-Haut ! L’entretien fini, je me retirai à l’écart pour le méditer à souhait. Le Très-haut, répétais-je en regardant le ciel, le Très-haut ! Puis abaissant les yeux sur moi-même : que je suis petite, me disais-je. Mon Dieu posait en moi la base de ses opérations, l’humilité. Le Très-Haut, repris-je, mais cette fois en déployant sous le souffle de l’Esprit Saint les ailes de mon âme, et étant ainsi arrivée à Celui qui m’attirait, le Père, je fus par lui fiancée à son Fils. J’avais environ quatre ans » (ch. 1, p. 4-5).

Le fiancé incomparable

À l’âge de 10 ans, elle perd ses deux parents et est accueillie dans l’orphelinat des Filles de la charité de la paroisse Saint-Roch. C’est là que germe sa vocation de carmélite qui la conduit en 1859 au monastère de l’avenue de Saxe à Paris (à l’emplacement actuel du Bon Conseil), qui est maintenant installé à Créteil. Un oncle aura bien essayé de lui trouver un bon parti, mais l’échec fut cuisant pour le prétendant :

« J’avais dix-huit ans et demi : la conversation tomba, évidemment à dessein, sur un sujet qui jusque-là avait été complètement négligé ; on finit par me faire à mots couverts une vraie proposition de mariage. L’inconnu rougit et baissa les yeux, car j’avais répondu par un sourire ironique qui avait atterré les témoins. Qu’était-il arrivé ? Mon divin Fiancé s’était montré aux yeux de mon âme en tant qu’homme dans tout l’éclat de sa jeunesse et de sa virginale beauté. Il s’était placé à côté de son rival, et du regard, oh ! quel regard ! il me dit : compare… Or, la différence était insoutenable… » (ch. 8, p. 173).

L’Âme du Christ

Au Carmel, durant sa retraite de profession solennelle, le 10 avril 1861, elle reçoit une vision intellectuelle de l’âme du Christ. C’est à partir de ce moment qu’elle en fait l’objet constant de sa méditation. Comme elle le rapporte dans son Autobiographie, elle se sait appelée à « personnifier » cette âme humaine du Fils de Dieu (p. 927), c’est-à-dire à reproduire en elle la vie et les sentiments du Christ. Elle aspire aussi à rappeler aux hommes qu’ils ont une âme (p. 896), ce qui rend son message très actuel. Dans cet amour passionné du Christ et ce souci du salut des âmes, elle accomplit pleinement sa vocation de carmélite. Quand en 1863, elle apprend la publication de la Vie de Jésus d’Ernest Renan, elle n’hésite pas à prendre la plume pour défendre la divinité du Christ et finit par composer un ouvrage en six volumes qu’elle intitule Jésus-Christ est le Fils de Dieu. Une version remaniée et corrigée de ce dernier sera publiée en 1909 sous le titre Notre SeigneurJésus-Christ étudié dans le saint évangile puis rééditée plusieurs fois jusqu’en 1974.

En 1870, à son instigation, la communauté prononce un vœu à l’Âme sainte et se voit protégée pendant le siège de Paris et la Commune. En contemplant l’âme de Jésus dans les évangiles, elle va pouvoir enseigner ses sœurs, notamment les novices qui lui sont confiées à la fin de sa vie (1871-1874). Des évangiles, elle tire ainsi nombre d’enseignements sur la vie religieuse et la vie chrétienne en général.

Préparer le chemin de sainte Thérèse ?

Sa vie toute simple de moniale est marquée par de nombreuses grâces d’ordre mystique et l’amour passionné du Christ son Époux. Sœur Marie-Aimée est aussi un jalon, au XIXe siècle, qui prépare la doctrine de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus. Elle laisse plusieurs pages sur le thème de l’enfance spirituelle, qui prendra une grande envergure dans la petite voie thérésienne. Il s’agit de devenir enfants en revivant l’état du Christ enfant :

« Ô âmes, c’est la base de notre future grandeur, qui se pose en nous, c’est l’humilité du Christ qui agit en nous, c’est sa petitesse qui nous raccourcit à la taille spirituelle de l’enfant, laissons-lui faire son œuvre si nous voulons entrer dans le royaume des cieux » (Notre Seigneur Jésus Christ étudié dans le saint évangile. Sa vie dans l’âme fidèle, t. V, Vie publique, 2e p., ch. 59). 

Cet esprit d’enfance conduit à la véritable virilité. Jésus a en effet conservé l’esprit d’enfance à l’âge adulte ; dès lors « [que l’âme] prenne bien garde en avançant dans la virilité de Jésus-Christ de perdre l’esprit de sa sainte enfance ».

Sœur Marie-Aimée de Jésus meurt le 4 mai 1874, il y a cent cinquante ans. Elle laisse un beau témoignage de vie carmélitaine par sa fidélité et son zèle à défendre son Époux quand il est attaqué, par sa simplicité et sa ferveur. Elle nous rappelle aujourd’hui encore que nous avons une âme, une âme à sanctifier par l’imitation du Christ et en particulier de son enfance.

Pour aller plus loin

Fascinée par l’âme sainte de Jésus, Soeur Marie-Aimée de Jésus, 830 pages, 27 euros, Editions du Carmel

Tags:
ÂmecarmelitesSaintsThérèse de Lisieux
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